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Un village de l’Hérault et ses traditions

Un village de l’Hérault et ses traditions

Un village héraultais de la métropole montpelliéraine, Cournonterral, mérite qu’on s’arrête sur sa fidélité à ses traditions.

Soucieux de les maintenir, les habitants du village s’efforcent de les rendre vivaces.

Deux histoires (ou légendes??) sont à leur base.

Dans cet article, je vous présente :

-le village

-ses histoires

-les traditions qui en découlent

– et d’autres encore…

Le village

Le village aujourd’hui

Le village de Cournonterral (Hérault) est situé à 15 km à l’ouest de Montpellier, à 20 km de Sète, à 12km de la plage des Aresquiers.

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ville-cournonterral.fr

La commune appartient au canton de Pignan ; elle est membre de Montpellier Méditerranée Métropole.

Cournonterral est construit entre vignes et garrigues, sur les bords du ruisseau du Coulazou, un affluent de la Mosson (elle-même affluent du Lez, fleuve côtier).

Peuplé de près de 6 000 habitants, ce village dynamique compte une soixantaine d’ associations et reste profondément attaché à ses traditions.

Un village millénaire

Des grottes, un tumulus, des poteries du néolithique ont été découverts près du village datant son origine de cette époque.

Près du village coule une source qui bénéficie d’un débit constant ; elle a pour nom le Théron de The du grec Thot (dieu) et Roon (qui coule sans arrêt) .

Pendant la seconde guerre punique (218 à 201 avant Jésus-Christ) qui oppose Rome à Carthage, Hannibal quitte l’Espagne pour l’Italie et utilise la voie de terre. Un de ses lieutenants aurait proposé une halte à la source ; Hannibal aurait répondu « Cur non »(« Pourquoi pas » en latin).

Cette anecdote historique serait à l’origine du nom du village auquel Terral (qui signifie en occitan « terre battu par le vent du nord-ouest ») a été ajouté.

Des histoires

Une légende

Au XIIIème siècle les habitants sont affamés par les périodes de disettes et les contraintes infligées par leur seigneur ; l’esprit de révolte gronde, mais la désunion règne dans le village. Le seigneur afin de renflouer ses caisses détruit le four communal et oblige les villageois à payer pour l’utilisation du four banal. Le seigneur ignore que dans ce village, une bête sommeille dans son antre, infernale, terrifiante au poil hirsute, aux dents aiguisées à la gueule sanglante et fumante, une espèce de loup à trois têtes : Trivus Lupis.

Cette bête sort de son antre pour défendre les Cournonterralais et leur donne la force et la volonté de lutter.

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Collection personnelle

De nuit la Bête s’approche du bourg.

Trivus Lupis passe devant le four détruit, se dirige vers le château où dort sereinement le seigneur. Des hurlements impressionnants le réveillent, lui glacent le sang ; affolé il passe sa tête par la lucarne et voit une foule, torches et armes en mains. En tête la bête, se dresse sur ses pattes arrières, l’une de ses têtes est à hauteur de la lucarne, la gueule ouverte rageuse. Le seigneur terrifié se barricade dans l’enceinte du château. Le siège dure toute la nuit ; au petit jour il rend les armes et les soldats le livrent aux insurgés.

Il franchit, fier et hautain, le seuil de son domaine mais face à l’adversaire, à la vue des trois gueules, résigné il s’allonge sur le sol face contre terre et demande grâce. Il lui est ordonné de se lever, lecture lui est faite de l’édit du roi Philippe le Bel lui intimant de reconstruire le four rapidement, et conseil lui est donné d’entendre à jamais chaque revendication de celui qui subit l’abus ou l’injustice.

Cette histoire est finie, mais la Bête sommeille dans son antre et ressort depuis des siècles et encore de nos jours pour défendre le droit, l’égalité et la justice pour tous !

Une rivalité entre villages

Depuis un temps immémorial les habitants de Cournonterral sont autorisés à couper leur bois dans les forêts communales et seigneuriales attenantes à celles d’Aumelas. Les habitants d’Aumelas, considérant le chêne vert comme leur seule source de revenus, entretiennent une haine sourde contre les Cournonterralais qui viennent se servir. Un jour de 1346 , les habitants de Cournonterral ont décidé de couper du bois et les Aumelassiens les accueillent à coups de fronde et de flèches. Il y a plusieurs blessés. Les consuls et le seigneur du lieu , informés, ordonnent au bayle (gouverneur) « Pailhas» de faire cesser cette rivalité.

Le bayle trouve un substitut et s’inspirant sans doute de son nom, il propose d’ habiller une centaine de gardes en épouvantail et la troupe se dirige vers les bois. Lorsqu’elle aperçoit l’ennemi en train de dévaster la forêt, elle s’éparpille et fonce en hurlant ; les gens d’Aumelas paniqués, cernés et roués de coups jurent de respecter à l’avenir, les gens et les biens de Cournonterral. De retour à Cournonterral, le Seigneur Guillaume de  Cournon les félicite et leur offre des barriques de vin. L’orgie est telle que les gardes ivres morts éventrent les barriques, s’aspergent de vin et se roulent dans le vin répandu à terre.

Les traditions qui en découlent

De ces deux histoires naissent deux traditions que les villageois maintiennent depuis des décennies.

Un animal totémique

La tradition des animaux totémiques date du XVIe siècle, mais leur origine remonte aux légendes du Moyen Age. Vers le XVe siècle, il est fait état de processions d’animaux gigantesques, de monstres et de dragons, à l’occasion de carnavals ou de fêtes votives. En Occitanie cette tradition est très vivace dans le département de l’Hérault où près de soixante villages possèdent un animal totémique. Leur forme est parfois très originale et fantaisiste ; leur poids, leur taille sont variables.

Ils sont souvent constitués d’une structure en bois, recouverte de toile, à l’intérieur de laquelle des porteurs se placent pour les faire avancer lors des processions ou défilés. Le maniement de ces bêtes géantes accompagnées de chivalets (« chevaux-jupons » portés par une seule personne) et de musiciens (hautbois, fifres, tambours…), obéit à un rituel précis, quelquefois transmis depuis plusieurs siècles.

La légende du Trivus Lupus a donné naissance à celui de Cournonterral.

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Collection personnelle

Les pailhasses

La seconde histoire se perpétue dans une manifestations dont la notoriété dépasse les frontières départementales !!!

Tous les mercredis des Cendres , Cournonterral célèbre sa victoire de 1346 sur Aumelas. Ce jour là s’opposent les « Blancs », représentant les Aumelassiens et les « Pailhasses», représentant les Cournonterralais aidés par les « Sales ».

Les festivités avant-coureuses

La journée des Pailhasses clôture les festivités du carnaval qui débutent le dimanche de l’Épiphanie et se poursuivent selon un calendrier bien établi jusqu’au Mercredi des Cendres :

– pendaison des « pépettes » (un mannequin blanc et un pailhasse) au balcon de l’Hôtel de ville le dimanche de l’Epiphanie ;

– le marché des Pailhasses , le samedi matin qui précède le Mardi Gras, permet d’acheter les costumes de Pailhasses et de Blancs ; le samedi soir se déroule le bal des Pailhasses ;

– le dimanche précédant le Mardi Gras, le Corso, voit défiler chars et habitants déguisés dans les rues du village ;

– le soir du Mardi Gras a lieu le Bal de l’échelle, bal costumé qui se termine par l’apparition de six jeunes qui, ayant passé la tête au travers d’un drap qui recouvre une échelle, vont multiplier leurs facéties en crachant sur les participants une mixture à base de vin, gâteaux secs et autres ingrédients…

Le jour J

Le Mercredi des Cendres est le jour réservé aux Pailhasses.

Dès le matin, les anciens dépoent des comportes remplies de lie de vin  dans le centre du village. L’animation va grandissant ; les fanfares se font entendre ; les commerçants et les habitants commencent à protéger leurs vitrines et façades à l’aide de grandes bâches en plastique…l’apéritif servi dans les bars du village aide à la montée de l’effervescence…

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Galerie Collectif des Garrigues

La gendarmerie se met en place , prête à fermer le village….

Jusqu’à 14h30 les Pailhasses se font « farcir »publiquement sur l’esplanade du village. Par-dessus leurs vêtements, ils enfilent un large sac de jute, ouvert de façon à pouvoir passer la tête et les bras ; ce sac est alors rempli de paille devant et derrière, est serré aux reins par une corde. Ils coiffent un gibus, se masquent le visage, agrémentent le tout de plumes d’oie ou de dinde et de rameaux de buis. Ainsi costumés, ils ressemblent à des épouvantails !

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Galerie Collectif des Garrigues

Les Blancs sont vêtus d’un pantalon blanc, d’une chemise blanche ornés d’une cravate, d’une ceinture rouge et d’un béret rouge ; ils représentent les habitants d’Aumelas.

A partir de 14h30, le défilé se met en marche ; les Blancs encadrés par les Pailhasses, suivis par les Sales et les carrioles, vont parcourir les rues du village en chantant, accompagnés par la fanfare locale, le Réveil Cournanterralais.

cournonterral-occitane-tradition-paillassesGalerie Collectif des Garrigues

A 15h précises après un roulement de tambour, la musique cesse et les hostilités commencent !

Les spectateurs (s’il reste quelques imprudents non avertis…le village est fermé de 15h à 18h) et les Blancs s’enfuient dans les rues.

Les anciens versent les comportes de lie sur la place et les Pailhasses après s’être roulés dans la flaque et munis de « peilhes »(chiffons) imprégnés de lie de vin, se lancent à la poursuite des Blancs… pendant trois heures le village leur appartient…les Blancs sont traqués sans pitié…gare aux badauds égarés.

Après trois heures d’une course effrénée les Blancs sont ramenés sur la place, roulés et baignés dans la lie gluante et puante. Pas rancuniers ils donneront le baiser symbolique à leurs bourreaux !

Les service de la voirie, les lances à eau se mettent en action ; les habitants et commerçants débâchent leurs façades et leurs vitrines ; le village retrouve son aspect habituel !

A 21h30, Monsieur Pailhasse est jugé sur la place puis brûlé avec Monsieur Blanc au son des fifres et tambours et entourés d’une farandole.

A noter que la journée des Pailhasses est réservées aux Cournonterralais : pas de spectateurs, ni journalistes, ni touristes !

…et d’autres encore

Outre cette tradition des Pailhasses, spécifique à Cournonterral, et les semaines festives qui la précèdent, le village perpétue d’autres traditions :

– le martelet et le fougasset

– la fête votive annuelle

– la pratique du jeu de tambourin.

Il contribue aux activités du festival régional Total Festum.

La « bouvine » n’est pas en reste et  « bandidos » et « abrivados » y trouvent également leur place.

J’espère que cet article vous a plu et éclairé sur une de nos nombreuses coutumes régionales.

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Sources:

http://www.ville-cournonterral.fr/

http://www.pailhasses.com 

http://jc34.eklablog.com/

http://georges.borg.free.fr 

https://www.lesamisdetribusetduchevalet.com/histoire-de-tribus

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  2. Voilà un pan d’histoire on ne peut plus « vivante » et l’ethnographie a de quoi s’occuper avec les Cournonterralais. Enfin l’origine onomastique du nom de la commune est plus qu’intéressante et il est à souhaiter évidemment que ces traditions persistent !

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