Occitanie...découvertes

Pas à pas…découvrez les coutumes…entrez dans les spécificités de cette région…pour la découvrir et l'aimer.

Un accent? oui et j’en suis fière

Un accent? oui et j’en suis fière

 Mon accent ? J’ai un « acceng »…sans aucun doute et vous ?

En France nous parlons tous le français, langue officielle, mais dans chaque région, nous utilisons des expressions « locales » et parlons avec un « accent » particulier…

français-occitan

                                                                 ladepeche.fr

En Occitanie nous avons nos spécificités…

Dans cet article , essayons de comprendre notre langage….

– Un état des lieux de notre langue

– Des ébauches de volonté d’uniformisation de notre langue

– Le statut du français et une résistance passive

– Une avancée par la discrimination et l’unification finale

– Notre accent occitan et la « norme »

– Notre accent, ses spécificités, ses charmes, ses critiques

Un état des lieux de notre langue

Jusqu’au règne de François Ier, la France vit avec ses diversités de langages, les langues vernaculaires.

Avec 20 millions d’habitants, la France est le pays le plus peuplé d’Europe et le roi de France assied son autorité.


fr.wikipedia.fr

Suite aux nombreux conflits militaires du XVème siècle, le roi de France dispose d’une armée permanente dans laquelle des populations masculines de différentes régions se rencontrent. Chacune parle sa langue d’origine….

Paris domine la vie économique ; l’Église et l’Université y exercent leurs principales activités ; les grandes familles du commerce et de la banque y ont leurs quartiers généraux ; le Parlement, le Grand Conseil, la Chambre des Comptes, la Chancellerie sont là !

En 1528, François Ier décide de s’installer à Paris avec la Cour.

La Cour parle le dialecte de l’ Ile de France et des bords de Loire où elle réside au gré des chasses du roi, de château en château.

Toute une population influente s’installe à Paris et parle le « françoys » du roi.

Le parler populaire de ce langage est l’actuel « parisien » (celui du « titi »), utilisé par les artisans, les ouvriers, les manœuvres, les serviteurs, les petits marchands.

Le parler « cultivé », ce « françoys » est le langage de la religion, de la bourgeoisie, de l’enseignement, du droit et de l’administration.

Des ébauches de volonté d’uniformisation de notre langue

La monarchie, soucieuse d’asseoir son pouvoir par rapport à l’Église catholique qui utilise le latin universel, choisit sa langue, le « françoys » comme moyen d’uniformisation juridique du pouvoir administratif.

Déjà en décembre 1490, par l’ordonnance de Moulins, Charles VIII oblige l’emploi du « langage françoys ou maternel », en remplacement du latin, dans les interrogatoires et procès verbaux du Languedoc.

En 1510, Louis XII exige que « les procez criminels et les dites enquestes,….soient faites en vulgaire et langage du pais ».

En 1535, l’ordonnance d’ Is-sur-Tille de François Ier prescrit que les actes soient rédigés en « françoys ou à tout le moins en vulgaire dudict pays ».

Le statut du français et une résistance passive

L’ordonnance royale de Villers-Cotterets (1539) assoit le statut du français.

Elle est une façon de réduire le pouvoir de l’Église en augmentant celui de la monarchie qui a désormais, de ce fait, les plus grands pouvoirs administratifs.

Cette pénétration du français est limitée à la langue écrite.

L’imprimerie précipite cet usage .

Néanmoins, comme le fait remarquer Charles de Bovelles (1479-1553), dans un ouvrage sur les « langues vulgaires » : »il y a actuellement en France autant de coutumes et de langages humains que de peuples, de régions et de villes ».

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languesdoil.org

Les érudits de l’époque contribuent à associer la notion de « dialecte » et de « patois » à un usage inférieur par rapport à la « langue »française jugée supérieure, raffinée, royale !!!!

Au XVIème siècle lorsque l’Académie française est créée, l’un des premiers académiciens, Claude Favre de Vaugelas définit le « bon usage » en français : «  La façon de parler de la plus saine partie de la Cour ».

Bien qu’encore assez différente du français contemporain, notre langue officielle s’installe.

Le peuple continue d’ignorer cette langue qui commence à se codifier dans la région de Paris.

La population paysanne est massivement illettrée et dans les campagnes, seuls les notables lisent et écrivent le français.

A la veille de la Révolution française, un quart seulement de la population parle français ; le reste parle au nord la langue d’oïl, au sud la langue d’oc et leurs différents dialectes ou patois , mais aussi le breton, le basque, le catalan, l’alsacien, le flamand, le francique lorrain….

Une avancée par la discrimination et l’unification finale

La Révolution française va au-delà de l’ordonnance de Villers-Cotteret : les Jacobins imposent le français comme « langue universelle des lumières » et comme langue maternelle pour tous. L’usage des patois et dialectes est synonyme de « régression sociale ».

L’unification du français débute par Talleyrand et se poursuit par Jules Ferry.

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herodote.net

Elle s’impose assez rapidement dans les régions de langue d’oïl mais plus difficilement ailleurs.

Au début du XXème siècle un bilinguisme coexiste avec le français.

Pour éliminer le breton, l’occitan, le catalan, le basque, le corse, etc…des méthodes coercitives sont mises en œuvre allant jusqu’à des humiliations des jeunes élèves dans les écoles, le mépris, des actions et discours visant à rendre honteux l’usage des dialectes et patois.

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Dans notre région, et d’autres sans doute, on constate la coexistence de :

– la génération des arrière-grands-parents monolingue (langage régional),

– des grands-parents bilingues (langue régionale/français),

– des parents bilingues passifs (langue régionale comprise mais non utilisée/français),

– et enfin celles des enfants monolingues francophones.

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L’occitan est couramment parlé dans notre région jusqu’ avant la Seconde Guerre Mondiale mais il y a à cette époque des régions où le français n’est parlé qu’à l’école.

Cela laisse des traces jusque dans notre parler actuel.

Ce rapide tour de l’histoire de notre langue française et sa relative « jeunesse » dans nos usages en région explique la subsistance de nos accents et de nos expressions locales.

Notre accent occitan et la « norme »

Le mot « accent » signifie étymologiquement « pour le chant » (ad cantum en latin). Derrière ce mot se trouve l’idée qu’on peut reconnaître de quelle région est originaire un individu à sa prononciation du français.

Notre accent, dit méridional ou du sud, est bien sûr influencé par la langue d’oc mais ce n’est pas si simple ! Il est diversifié !

Le provençal fait partie de l’occitan mais présente des variantes : le marseillais , le toulonnais….

Dans notre actuelle Occitanie, lorsqu’on se dirige vers l’ouest des modulations sont perceptibles…les « r », deviennent « rrr » ou « rr »… les «v » évolue vers des « b » et les « b » vers des « p »…le sud du Massif Central et les versants pyrénéens ont également leurs spécificités…( tiens toi bien à taple = tiens toi bien à table).

La reconnaissance d’un accent fait appel à deux processus : celui de l’évaluation d’un écart plus ou moins marqué vis-à-vis d’une norme et celui de l’identification .

En France, l’État et les médias sont très centralisés et les « professionnels » de la parole publique incarnent la « norme ».

Un accent « méridional »peut être présent sur les ondes ; toutefois il semble être seulement toléré dans des rôles tels que l’annonce de la météo, le commentaire sportif ou la critique gastronomique ; il est rarement entendu dans les rubriques dites « sérieuses » telles que la politique ou l’économie !

Mais que serait le français sans accent ? Un plat sans sel, une recette avec un seul ingrédient, un chant terne et monocorde…

Notre accent, ses spécificités, ses charmes, ses critiques

Ses spécificités

Notre accent occitan appuie sur les fins de mots et accentue toutes les syllabes.

La prononciation des « i » devient « ing », le pain est « paing ».

Le « e »final s’accentue (bonnE) ; les « o » s’ouvrent en « au »( la rose = « rause ») ; les « ai » restent « é » ( le lait=le « lé ») ; le « s » final se prononce (moins = « moinsse ») ; les « a » ou « â » ne se distinguent pas ( la patte et les pâtes ont le même son).

A ces différences de prononciation s’ajoutent :

– nos mots dits « francitans » : ça « pègue » pour ça colle

– les usages locaux : « adieu » pour bonjour ou « beaucoup » pour « très » (j’ai « beaucoup » faim pour j’ai « très » faim)

– nos variantes grammaticales :  « faire » de l’essence pour mettre de l’essence

– la prononciation des « e » caduques : jE tE lE donne au lieu de j’te l’donne

– le refus de la diphtongue : pe-neu pour pneu, le ca-mi-on pour le ca-mion

– la disparition de certaines différences : paume et pomme, jeûne et jeune.

Ses charmes

Notre accent occitan est décrit comme chantant. Il suscite , d’une manière générale de la sympathie, des sourires et parfois une gentille moquerie. Il est jugé ensoleillé, convivial, chaud et pour beaucoup rappelle le sud et les vacances….

Ses critiques

Il est parfois, plus rarement, méchamment moqué mais hélas encore toisé voire méprisé par certains intellectuels bo-bo qui se croient supérieurs à la moyenne.

Mon accent, mon identité

Selon le sociolinguiste Philippe Blanchet «  rejeter un accent, c’est toucher à l’identité de l’être ».

Oui mon accent est mon identité : il est mon héritage le plus cher !

Mon accent n’appartient qu’à moi : il contient

– le roulement de l’  Ariège  de ma grand-mère maternelle sur les rochers des Pyrénées,

– un peu du chant basque de mon grand-père maternel,

– l’odeur de la vigne héraultaise de mon grand-père paternel,

– la rugosité de la Lozère   de ma grand-mère paternelle,

– les intonations de ma jeunesse des hauts cantons de l’Hérault, légèrement, très légèrement patinées par un passage à Toulouse, d’ autres à Nancy et à Marseille.

Mon accent est unique comme mon ADN ! Je l’aime et j’en suis fière ! Il fait sourire mes amis ! Il est, avec ma voix, mes expressions de langage qui ont les mêmes origines que lui, mon signe de reconnaissance.

Je suis certaine que vous pouvez dire la même chose du votre, que vous soyez d’ici ou d’ailleurs.

J’espère que cet article vous a plu et pour conclure je vous invite à écouter ceci Mon Accent

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  1. Anne Marie Carrion

    Merci pour ce très bel article,fort intéressant.
    Chagrin faī ta mala!!!!

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