La transhumance dans notre région

La transhumance, migration périodique du bétail de la plaine vers la montagne et retour, est pratiquée depuis des millénaires.

La situation de notre région entre Pyrénées et Massif central répond bien à cette nécessité.

Cette coutume est devenue, depuis quelques années, une véritable fête.

Dans cet article nous évoquons :

-la pratique de la transhumance

les transhumances dans notre région

-les fêtes de la transhumance en Occitanie-Pyrénées Méditerranée

La pratique de la transhumance

Sa définition

La transhumance désigne le déplacement saisonnier d’un troupeau en vue de rejoindre une zone où il pourra se nourrir (Larousse).

L’étymologie du mot composé de « trans » (au-delà) et « humus » (le pays, la terre) exprime le voyage qui conduit au-delà du pays d’origine.

Son histoire

Selon l’historien et académicien Fernand Braudel, cette pratique, qu’il nomme « nomadisme assagi », remonte à plus de 4000 ans; le mot de transhumance n’apparaît qu’à la fin du XVIIIème siècle.

On en trouve des traces dès l’âge du fer et à l’époque romaine.

Elle se pratique sur tous les continents.

La transhumance semble avoir disparu pendant le Haut Moyen Âge, sans doute pour des raisons d’économie et d’insécurité.

Les communautés montagnardes la remettent en pratique au XIIème siècle : ne pouvant nourrir leurs nombreux troupeaux durant les longs hivers, une transhumance descendante vers les plaines s’organise. Les grands monastères du sud, qui possèdent des terres en plaine et en montagne, s’en inspirent au XIIIème siècle, imités par de nobles et riches familles au XIVème siècle ; d’importants troupeaux quittent les plaines méditerranéennes desséchées par le soleil pour la fraîcheur et l’herbe riche des montagnes.

Au XVème siècle la pratique se démocratise et de nombreux troupeaux, de taille plus modeste, migrent au printemps et à l’automne.

A la fin du XIXème et au XXème siècles, les gros propriétaires se tournent vers d’autres sources de profits agricoles (vignes, céréales…) et réduisent leurs cheptels ; le transport par bétaillère se généralise; malgré une consommation croissante de viande, le cheptel français diminue pour atteindre son minimum en 1950.

Une politique productiviste permet une croissance de production de viande dans les années 1960-1970 mais l’amélioration des transports frigorifiques, l’augmentation d’importation de viandes à bas prix vont affecter l’élevage.

A partir de 1980, la politique agricole commune intervient. Les exploitations agricoles se diversifient et la culture de foins s’adjoint aux élevages. La transhumance connaît un déclin progressif.

Son intérêt

La transhumance présente un intérêt écologique. Les animaux transportent dans leurs toisons, leurs sabots, leurs tubes digestifs des graines et des particules animales, végétales, spongiques qui entretiennent la diversité de l’environnement.

Les routes de transhumance représentent un corridor biologique entretenu par leur pratique.

Les freins à la transhumance

Les constructions de nouvelles routes, autoroutes, ont détruit des passages de transhumance.

Les propriétaires clôturent de plus en plus leurs terrains ce qui met un frein aux passages des troupeaux.

Les contraintes vétérinaires s’intensifient pour éviter la transmission de maladie des troupeaux.

La rude vie des bergers en estive et la diminution de la population agricole rendent plus difficile la transhumance.

L’industrialisation du traitement du lait et de la fabrication des fromages, du marché de la viande ont renforcé la sédentarisation des troupeaux.

La transhumance, si elle a lieu, est plus rapide en camions.

Le renouveau de la transhumance

Toutefois la transhumance trouve aujourd’hui un regain d’intérêt dû à plusieurs facteurs.

Sa diminution a entraîné un recul des herbages au profit des landes, puis de la forêt allant jusqu’à la fermeture de certains paysages. De nouveaux acteurs tels que les Parcs nationaux, les administrateurs de l’Agriculture et de l’Environnement, ont ajouté à l’intérêt économique de la transhumance, un aspect environnemental et patrimonial.

transhumance;pyrenees;occitanie;

wikimedia.org

La multiplication des « loisirs verts » entraîne une forte demande des populations urbaines ; les espaces de montagne demandent à être entretenus; le rôle de l’agriculture dans ce domaine est reconnu.

L’image des pâturages de montagne, des produits de terroir qui en découlent est très appréciée par le public ; de plus il ressent un engouement pour les « savoirfaire anciens ».

Le côté folklorique de la pratique et son rappel de la tradition lui apportent un attrait supplémentaire.

Les transhumances dans notre région

Les routes de transhumance

De par sa géographie , les routes de transhumance de notre région vont des plaines vers les Pyrénées ou le Massif Central, et inversement.

Les pâturages de montagne prennent le nom d’estives (de l’occitan estieu, estiu =été) dans les Pyrénées et le Massif Central.

Les troupeaux empruntent pour ce voyage des chemins souvent tracés depuis très longtemps; certains sont d’anciennes voies romaines, d’autres des sentiers entre des murs de pierre, parfois devenus aussi des sentiers de randonnées  qu’en Occitanie-Pyrénées Méditerranée on nomme des drailles (ou drailhes ; de l’occitan dralha =piste), ou des carraires .

Draille en Aubrac

pinterest.fr

Les troupeaux

Les animaux qui transhument dans notre région sont des moutons, des vaches, des chèvres et des chevaux.

Leurs proportions varient d’une zone à l’autre.

Des moutons et des chèvres du Languedoc quittent les plaines chaudes et arides l’été,pour se diriger vers les Causses de Lozère ou les montagnes cévenoles ; des troupeaux de bovins , en particulier de la race Aubrac, quittent l’Aveyron ou le Lot, pour rejoindre les plateaux de l’Aubrac, de la Margeride, dans le Massif Central.

transhumance;occitanie;cevennes;

wikimedia.org

Dans les Pyrénées centrales, les vallées d’Ossau, d’Aspe, du Barétous, reçoivent moutons, vaches des plaines du Béarn et du Comminges.

tanshumance;pyrenees;occitanie;

wikimedia.org

Les Pyrénées orientales et ariégeoises accueillent moutons et chevaux, en particulier de race Merens et de Castillon.

mrens;transhumance;occitanie;

flikcr.fr

Afin de faciliter l’organisation , le matériel nécessaire (machines à traire ou à fabriquer les fromages) est désormais acheminé jusqu’aux estives par hélicoptères.

Les fêtes de la transhumance en Occitanie-Pyrénées Méditerranée

La fête

Depuis les années 1990, des animations s’organisent autour de la transhumance. Les villages des vallées sur le passage des troupeaux organisent une véritable fête autour de cette migration.

Salons de produits du terroir, foires, organisation de randonnées qui permettent au public d’accompagner les troupeaux, repas, animations par des groupes folkloriques, rencontres avec des éleveurs, démonstrations de dressage des chiens de berger et de tonte de moutons, bénédictions des animaux, s’organisent à chaque étape.

Le public attiré par les traditions est de plus en plus nombreux.

Les animaux sont décorés pour l’occasion de pompons, de fleurs, munis de cloches.

Depuis décembre 2019, la transhumance est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Vers les Pyrénées centrales

Les vallées pyrénéennes d’Aure, du Louzun, du Val d’Azun, drainent un grand nombre de routes de transhumance vers le Tourmalet, le lac d’Estaing, etc.

Villes et villages sur le passage organisent moultes festivités.

transhumance;occitanie;

wikimedia.org

Vers les Pyrénées Orientales et ariégeoises

En Ariége, dans la vallée de Massat, le Haut-Salat et le Couserans, dans les Pyrénées-Orientales vers les hauts plateaux de Cerdagne, la transhumance est aussi une fête.

transhumance;merens;chevaux;occitanie;

destination-cheval.com

Les chevaux, de race Mérens ou Castillon font partie du voyage et des cavaliers bénévoles se font un plaisir de se joindre au déplacement.

Vers le Massif Central

Le plateau de l’Aubrac et les hauts plateaux de Lozère voient arriver les troupeaux de vaches et de moutons, du Lot, de l’Aveyron.

transhumance;fete;occitanie;aubrac;

tourisme-aveyron.fr

Les Causses de Lozère, des Cévennes, la Montagne Noire, reçoivent moutons et brebis de tout le Languedoc.

transhumance;occitanie;cevennes;

wikimedia.com

Le bémol de 2020

En raison de la pandémie mondiale due au Covid-19, 2020 restera une année particulière pour les fêtes de la transhumance.

En effet les règles de prudence et de distanciation, ont limité les regroupements de personnes et de nombreux sites ont réduit voire supprimé les manifestations liées à la transhumance.

En attendant leur retour rapide , j’espère que cet article vous a plu. Ne manquez pas une de ces traditions si vous passez par là.

S’il vous a intéressé, donnez vos commentaires, vos suggestions ; faites connaître ce blog autour de vous !

Si ce n’est déjà fait, inscrivez vous et vous recevrez personnellement, en plus, mes « billets hebdomadaires ».

JE M’INSCRIS

https://fr.m.wikipedia.org/

https://www.cnrtl.fr/

http://www.reveeveille.net/

http://www.reveeveille.net/

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

https://www.routard.com/

https://www.tourisme-couserans-pyrenees.com/

http://www.randocheval.com/

https://www.irouicome.com/

https://cerpam.com/

https://www.franceinter.fr/

http://www.xn--voyagetroistemps-2lb.fr/

Transhumance et estivage en Occident: Des origines aux enjeux actuels de Pierre-Yves Laffon

Bergers des Cévennes de Anne-Marie Brisebarre