Etienne Roda-Gil, un libertaire inspiré

Etienne Roda-Gil est un auteur de chansons et dialoguiste né à Montauban (Tarn-et-Garonne). Il a écrit plus de 700 chansons que tout le monde connaît, qui ont fait le succès de leurs interprètes et dont pourtant on ignore souvent l’auteur.

Dans cet article découvrons ce personnage

  • sa vie

  • son œuvre

Sa vie

Ses parents

Son père Antonio Roda-Vallès, est né à Vinaros, commune espagnole de la province de Castellon, dans la région de Valence, le 13 juin 1908.

Sa mère Léonor Gil-Garcia, est né à Badalona, commune espagnole de Catalogne, le 15 août 1915.

Tous deux, républicains, fuient le franquisme et  rejoignent la France où comme la majorité des réfugiés républicains espagnols, ils sont internés dans des camps : Antonio dans le camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne) et Léonor dans celui d’Argelès (Pyrénées-Orientales).

Antonio est un homme engagé; combattant, résistant, maquisard, il intègre la 2ème division blindée du général Leclerc (2èmeDB), une des premières à entrer dans Paris en août 1944 pour participer à la libération de la ville. Militant libertaire, il adhère à la Confédération Nationale du Travail (CNT), confédération syndicale de type révolutionnaire et anarchiste.

Ses jeunes années

Estèvo (Etienne) Roda-Gil naît le 1er août 1941 à Montauban (Tarn-et-Garonne). Ses parents sont probablement alors dans le camp d’internement de Réalville, où a été créé le 533ème Groupement de Travailleurs Étrangers.

La famille vit dans des conditions précaires et Estèvo est atteint du scorbut. Sa mère le sauvera et lui permettra de garder ses dents grâce à une petite ration de citron , obtenue au prix d’autres privations, qu’elle lui fait absorber chaque jour.

Après la guerre, la famille s’installe à Montauban, puis en 1953 déménage en région parisienne, à Antony (actuellement Hauts-de-Seine). Etienne y découvre le racisme et la xénophobie.

Un libertaire

Sa famille est modeste ; son père est un ouvrier, peintre en voiture  .

De langue maternelle catalane, bon élève, passionné de littérature, amoureux de la langue française, Étienne poursuit ses études, passe une licence de lettres; il rêve de devenir enseignant.

Grand admirateur de son père, il partage ses idées; il fréquente la Fédération ibérique des jeunesses libertaires. Il participe régulièrement aux manifestations organisées par la CNT et plus particulièrement à celles du 1er mai à Paris, pour la journée internationale des travailleurs.

CC BY-NC-SA 2.0

« Ni Dieu, ni maître » est sa devise et celle de sa famille.

Il garde de ses origines un esprit de révolte et de contradiction.

Il est un grand admirateur du poète espagnol, Antonio Machado et de Manuel Azania, dernier président de la république espagnole, mort et inhumé à Montauban en novembre 1940.

Appelé sous les drapeaux pendant la guerre d’Algérie , il refuse et s’exile en Angleterre où il continue de fréquenter les milieux libertaires espagnols. Bien qu’insoumis, il obtiendra de l’Ambassade de France un certificat de nationalité.

Dans les années 1966-1967, il contribue à la fondation des Jeunesses Anarchistes Communistes. Le 10 mai 1968 il participe à la nuit des barricades.

Une vie modeste et le début d’un grand amour

Au décès de son père, il vit avec sa mère dans un HLM d’Antony.

Adolescent, il rencontre une jeune peintre issue de la bourgeoisie, Nadine Delahaye. Héritière de la famille Delahaye (les célèbres automobiles d’avant-guerre) cette artiste , éprise de liberté, n’a pas hésité à quitter sa prestigieuse famille.

C’est le début d’un grand amour qui ne le quittera jamais, même après la mort de Nadine des suites d’une leucémie, en 1990.

Ils se marient en 1965.

Elle partage avec lui le domicile familial. Pour nourrir la famille, Étienne devient visiteur médical.

Ils ont deux fils, Numa et Vladimir.

Étienne Roda-Gil vénèrent les femmes; ils les louent dans les paroles de ses chansons :

« dans un monde où tous les hommes se croient debout, je suis le seul à me vanter de me traîner à tes genoux » (Ballade d’un fou, Loco, loco) Il se vante de pouvoir toutes les séduire mais le seul grand amour de sa vie restera sa femme Nadine dont il dit « Cette femme m’a appris la liberté ».

En 1998 il a une fille , Louise-Alma, avec sa dernière compagne Nathalie Perrette, une jeune femme discrète qui travaille dans la publicité.

Une vie en double teinte

Étienne Roda-Gil est sans doute le parolier le plus prolixe du XXème siècle.

Ses chansons ont fait la célébrité d’un grand nombre de chanteurs : des poèmes, des chansons d’amour, des textes engagés, des chansons indémodables qui ont du succès encore aujourd’hui.

Décrit comme un homme généreux, amical, Étienne Roda-Gil est également, fidèle à son histoire, un être engagé, impétueux, révolté, écorché, parfois mystérieux.

Cette personnalité si complexe en fait un poète et un parolier de génie, un puriste exigeant mais aussi un homme d’affaires qui bien que non conformiste et détaché du matériel, ne dédaigne pas l’argent. Il n’a pas d’agent et gère lui-même ses droits d’auteur sans complaisance.

Sa dernière compagne témoigne :

« Avant de se rendre à un rendez-vous dans une maison de disques, il disait en plaisantant : « Je vais faire un casse.» Même à 4 heures du matin, après dix whiskies, il restait lucide. Il n’en faisait qu’à sa tête, pour tout. C’était lui le boss et c’est plutôt lui qui roulait les autres, il était responsable de ses actes, comme de sa désinvolture. ».

Il se dit lui-même « poète industriel » mais est fier de ses morceaux populaires et des droits d’auteurs qu’ils génèrent ; revanche d’un destin ? Son père, combattant républicain, a trimé toute sa vie dans un garage et lui gagne des fortunes avec sa plume…Ce n’est pas juste mais c’est le système , et en bon anarchiste, Étienne Roda-Gil l’exploite à fond !

Ce génie tourmenté a cependant sombré dans les excès , et sa descente s’est accélérée après la mort de l’amour de sa vie, Nathalie Delahaye, dont il ne s’est jamais vraiment remis.

Il décède le 28 mai 2004 à Paris, à 62 ans, d’un accident vasculaire cérébral. Il est enterré au cimetière du Montparnasse auprès de sa femme.

Son œuvre

Des chansons à succès

Les nombreux textes de chansons écrits par Étienne Roda-Gil sont des tubes qui ont fait la gloire de leurs interprètes.

Son interprète favori reste Julien Clerc. Ils se rencontrent en 1967 à « L’Ecritoire » près de la Sorbonne.

CC BY 2.0

De leur première rencontre naissent « La Tarentelle » et très rapidement « La Cavalerie » ; ce dernier titre est diffusé à la radio le 18 mai 1968 et connaît le succès qui dure encore…Titres et réussites vont ainsi s’enchaîner pour les deux hommes pendant plus de 12 ans : « La Californie », « Ce n’est rien », « Si on chantait », « Le Patineur », « Niagara »,  « Le cœur volcan »….mais en 1980 Julien Clerc travaille avec d’autres auteurs (Jean-Loup Dabadie, Maxime Le Forestier) et Étienne Roda-Gil en prend ombrage...

CCO 1.0

Ce dernier écrit cependant pour d’autres chanteurs avec autant de succès : « Le Lac Majeur » pour Mort Schumann, « Joe le taxi », « Manolo Manolete », « Marilyn et John », « Coupe, coupe », Mosquito » pour Vanessa Paradis, « Magnolias for ever », « Alexandrie, Alexandra », « Le lundi au soleil » et « Rubis » pour Claude François, « La Demoiselle », « Va où le vent te mène » pour Angelo Branduardi, « Le Bourreau » pour Barbara et d’autres encore tout aussi célèbres pour Juliette Gréco, France Gall, Catherine Lara, Richard Cocciante, Johnny Halliday, Nicoletta, Alain Chamfort, Christophe, Françoise Hardy, Patricia Kaas, etc…

En 1989, il reçoit le grand prix de la chanson française de la SACEM.

Réconcilié avec son ami Julien Clerc dans les années 1990, leur collaboration reprend avec toujours autant de succès : « A quoi sert une chanson si elle est désarmée », « Ce n’est rien », « Si on chantait », « Double enfance », « Donne moi de tes nouvelles », « Réfugiés »…

Une œuvre anarchiste

Toujours proche des mouvements libertaires espagnols et français, il ne cesse de les aider en participant à des galas de soutien ou par des souscriptions anonymes ; il apporte soutien et aide aux compagnons dans le besoin.

Il écrit La Makhnovchtchina (armée révolutionnaire ukrainienne) sur la musique du chant des partisans russes.

Auteur de livres, ses ouvrages sont le reflet de ses préoccupations libertaires et révolutionnaires : « L’ami » (1956),« La Porte Marine » (1981), « Mala Pata » (1992), « Ibertao » (1995), « Paroles libertaires » (1999), « Terminé » (2000).

Dans la préface de son livre « Pensées libertaires » il définit ainsi sa pensée :

«  La Pensée libertaire n’est pas un fourre-tout où n’importe quel médiocre peut trouver un onguent pour les plaies que la société autoritaire lui inflige. C’est une forme de messianisme sans Dieu qui croit que l’homme est capable de se reconnaître dans son semblable et d’établir par là, avec lui et elle, une communauté solidaire capable d’en finir avec toutes les idéologies. Essayer le paradis, ici… »

…et aussi

Étienne Roda-Gil participe à l’écriture du film « L’Amour braque »(1985) inspiré de l’Idiot de Dostoïevski; il figure dans la distribution de « La Femme publique ».

En 1987, il présente à son ami Roger Waters, ancien bassiste des Pink Floyd, un livret d’opéra écrit avec sa femme Nadine et illustré par cette dernière, sur le thème de la Révolution française, intitulé « Çà ira ». Il espère en recevoir commande pour les fêtes du Bicentenaire de la Révolution mais François Mitterrand s’y oppose, estimant difficile de demander à un sujet britannique de composer la musique d’une commémoration de la Révolution française. Ce projet enterré ne verra le jour qu’en novembre 2005, après la mort d’Étienne.

Il reste de nombreux écrits, témoignages laissés par cet immense poète.

A sa mort, ses fils, pour de multiples, complexes et parfois incompréhensibles motifs bloquent toutes publications relatives à Étienne Roda-Gil ; ils contestent l’utilisation commerciale de la mémoire de leur père, refusent les hommages et stoppent tous les projets de publications de livres ou de disques, allant de procès en procès, souvent perdus. Il semble toutefois que les choses se détendent après plus dix sept ans de controverse…

N’ayant trouvé aucune photo libre de droit représentant Etienne Roda-Gil, je vous invite, si vous voulez en voir, à vous rendre sur internet.

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