Olympe de Gouges, une féministe occitane 

Olympe de Gouges est une occitane du XVIIIème siècle souvent prise pour emblème par les mouvements de libération des femmes.

Femme de lettres, elle a écrit des pièces de théâtres, des brochures politiques, et la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, inspirée de celle des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Elle finira sur l’échafaud.

Longtemps restée dans la « petite histoire», elle ne sera considérée, en France, comme la première féministe française qu’après la Seconde Guerre Mondiale.

Ce n’est qu’au XXème siècle que des érudits français s’intéressent à elle. Les contradictions vont bon train la concernant tant sur son rôle que sur ses idées….

Cet article vous en brosse un rapide portrait:

– une origine et une enfance controversées

– une union rapide et non renouvelée

– une vie parisienne bourgeoise

– le théâtre, les idées, la politique

– la Révolution et les contradictions

– la fin tragique

– une postérité tardive et contestée


Une origine et une enfance controversées

Olympe de Gouges est née Marie Gouze le 7 mai 1748 à Montauban (Tarn-et-Garonne).

Elle est déclarée fille de Pierre Gouze, boucher de Montauban et de Olympe Mouisset.

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Son père , Pierre, maître boucher, est un bourgeois de Montauban.

Sa mère, Olympe Mouisset, est issue d’une famille de marchands drapiers.

Une rumeur dans Montauban, donne Marie (future Olympe de Gouges), comme étant le fruit d’une relation extra conjugale de sa mère avec un certain Jean-Jacques Lefranc de Caix de Pompignan, président de la cour d’Assises de Montauban, poète et dramaturge montalbanais.

Son origine et la suite de sa vie laissent supposer qu’elle reçoit une éducation bourgeoise de province.

Toutefois dans son roman autobiographique, « Mémoire de Madame de Valmont », on apprend qu’elle vécut une enfance pauvre et sans instruction, avec l’occitan comme langue maternelle…Elle confirme qu’elle est née d’une union illégitime entre le marquis Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, magistrat et écrivain, et une fille du peuple Anne-Olympe Mouisset. Bien que ce père illégitime n’ait jamais reconnu publiquement sa paternité, Olympe lui voue une grande admiration et prétend même avoir hérité de son talent d’écrivain…

Une union rapide et non renouvelée

Le 24 octobre 1765, âgée seulement de 17 ans, elle est mariée à un traiteur parisien, officier de bouche de l’intendant de la province de Montauban, Louis-Yves Aubry, de trente ans son aîné, grossier et inculte.

Elle donne naissance à un fils Pierre ; son époux décède peu après.

Elle a le désir de se consacrer à la littérature et écrit des petits textes qu’elle signe Marie-Olympe ou Olympe, prénom de sa mère ; elle ajoute aussi une particule à son nom.

Inconnue, n’appartenant pas à la noblesse, ne possédant aucune fortune personnelle, étant de plus une femme, la tâche n’est pas facile.

En 1770, elle fait la connaissance de Jacques Biétrix de Rozières, un riche toulousain, propriétaire d’une compagnie de transports militaires, qui devient son amant et la demande en mariage.

Elle refusera cette demande et ne se remariera jamais conservant sa liberté : la loi française interdit à une femme de publier un ouvrage sans le consentement de son époux ; elle garde ainsi sa liberté de publication.

Désireuse de sortir de son milieu et de donner la meilleure éducation possible à son fils, elle décide de suivre son amant à Paris où vit déjà sa sœur aînée, Jeanne . Cette dernière qui a déjà changé son patronyme en « Gouges » , épouse d’un médecin, se nomme Jeanne Gouges épouse Reynard.

Olympe de Gouges est née !

Une vie parisienne bourgeoise

Libre, mais cependant grâce à la rente financière que lui alloue son amant, Olympe de Gouges mène, à Paris, une vie mondaine, apprend le français, visite les salons en vue, a de nombreux admirateurs .

Elle fréquente la Cour et rencontre des personnalités influentes de la capitale, mène une vie luxueuse et galante de manière ostentatoire, acquiert une réputation de courtisane entretenue dans une époque où la femme libre est assimilée à une prostituée…

Olympe de Gouges portraitfr.wikipedia.org

Elle figure dans L’almanach de Paris qui répertorie les personnalités !

Elle rencontre des hommes de lettres et poursuit ses écritures. Elle revendique sa filiation supposée et l’héritage de son talent avec Lefranc de Pompignan qui a produit une pièce à succès .

Elle monte sa propre troupe de théâtre qui se produit à Paris et sa région.

Le théâtre, les idées, la politique

En 1785, Olympe de Gouges publie une pièce de théâtre qui la rend célèbre « L’esclavage des noirs » ou « L’heureux naufrage ». Cette pièce sera inscrite au répertoire de la Comédie française sous le titre « Zamore et Mirza » ou « L’heureux naufrage ».

Cette pièce est jugée audacieuse dans le contexte de l’Ancien Régime et lui vaut des menaces de mort ; le « code noir » édicté sous Louis XIV, est toujours en vigueur et de nombreuses familles tirent leur revenu du commerce des denrées coloniales et par là de la colonisation et de l’esclavage ! Les acteurs du Théâtre français dépendent financièrement des protections de la Chambre du Roi ; ils sont réticents à jouer cette pièce.

Se plaignant de cette attitude, Olympe de Gouges s’attire les foudres de l’un d’eux qui obtient du baron de Breteuil et du maréchal de Duras, gentilshommes de la Chambre et ministres du Roi, qu’Olympe soit envoyée à la Bastille et que la pièce dite « anti-esclavagiste » soit retirée du répertoire du Français.

Olympe de Gouges théâtreleslibraires.fr

Grâce à diverses protections, en particulier celle de Michel de Cubières dont le frère est un favori de Louis XVI, elle obtient la révocation de la lettre de cachet.

En 1786, elle écrit une suite au « Mariage de Figaro »  de Beaumarchais , « Le mariage inattendu de Chérubin » qui dénonce le mariage forcé des filles.

En 1788 , elle publie un texte « Réflexions sur les hommes nègres » . La même année le « Journal général de France » publie deux chroniques d’Olympe de Gouges : « La lettre au peuple » qui développe son projet d’impôt patriotique et « Les remarques patriotiques par l’auteur de la lettre au peuple » qui présente un vaste programme de réformes sociales.

Avec la Révolution, sa pièce « L’esclavage des noirs » est remise à l’affiche du Français.

Elle redouble d’activité, multiplie brochures et écrits dans lesquels elle réclame l’égalité entre tous les citoyens sans distinction de sexe, de couleurs ou de revenus. Elle plaide pour le droit au divorce.

Elle publie une parodie de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Déclaration des Droits la Femme et de la Citoyenne » avec une dédicace à la reine Marie-Antoinette :

la femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune »-article 10-

La fin tragique

En matière institutionnelle, Olympe de Gouges défend le principe d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise et restera jusqu’à la mort attachée à la royauté.

Lors de la réunion des Etats Généraux, la tribune n’est pas ouverte aux femmes.

L’autorisation d’ouvrir son propre journal « L’impatient » lui est refusée; elle fait imprimer et diffuser des affiches et des tracts exposant ses idées.

Elle se fait beaucoup d’ennemis.

En 1791, elle s’installe à Auteuil et fréquente les milieux avant-gardistes, se lie d’amitié avec Sophie de Condorcet et Fany de Beauharnais, femmes de lettre.

Le 20 juillet 1793, elle diffuse un pamphlet « Les Trois Urnes » dans lequel elle accuse Robespierre et Marat d’être les artisans de la Terreur.

Accusée d’injures envers les représentants du peuple et de publications d’écrits contre-révolutionnaires, elle est arrêtée et emprisonnée à l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Lâchée par ses amis, et même par son fils, qui la renient, elle comparait devant le tribunal révolutionnaire le 2 novembre.

Ayant tenté en vain d’expliquer que son combat humaniste s’inscrit au cœur de la révolution elle est condamnée à mort et guillotinée le lendemain.

Elle est la seconde femme guillotinée de l’histoire de France après Marie-Antoinette .

Olympe de Gouges à l'échafaudnouvelobs.com

Chaumette, procureur de la République , rédige sa nécrologie dans « Le Moniteur » en commençant ainsi :

 Rappelez-vous l’impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes et abandonna les soins du ménage pour se mêler de la République et dont la tête est tombée sous le fer vengeur des lois… 

Une postérité tardive et controversée

Pendant près de deux siècles, elle est décrite comme illettrée et exaltée par des intellectuels misogynes.

Restif de la Bretonne (1734-1806) la considère comme une prostituée et l’historien Jules Michelet au XIXème siècle, comme une hystérique. Pour la »Feuille du Salut Public »:

la loi a puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe.

En 1901, Edouard Forestier, dans un biographie d’Olympe de Gouges, explique qu’Olympe a du s’armer de détermination ; en effet son passé d’illettrée et d’Occitane, se ressent dans son écriture ; elle a un style parlé. Au début de sa carrière littéraire elle dicte son texte à des secrétaires qui transcrivent plus ou moins fidèlement sa pensée. Certains l’accusent même de ne pas être l’auteur des ses œuvres, ce dont elle se défend :

 Il faut que j’obtienne une indulgence plénière pour toutes mes fautes qui sont plus graves que légères : fautes de français, fautes de construction, fautes de style, fautes de savoir, fautes d’intéresser, fautes d’esprit, fautes de génie… En effet, on ne m’a rien appris. Élevée dans un pays où l’on parle mal le français, je ne connais pas les principes, je ne sais rien. Je fais trophée de mon ignorance, je dicte avec mon âme, jamais avec mon esprit. 

Olympe de Gouges fait aujourd’hui l’objet d’une réhabilitation qui soulève encore quelques contestations…

Olympe d Gouges monnaiemonnaiedeparis.fr

Depuis les célébrations du bicentenaire de la Révolution française, des historiens, des féministes revisitent son rôle et sa personnalité.

Son œuvre, quelques soixante-dix ouvrages (romans, pièces de théâtre, manifestes, pamphlets, essais…) est presque totalement disponible.

De nombreux établissements scolaires, des rue, des bâtiments publics portent son nom.

Olympe de Gouges busteleparisien.fr

Le 19 octobre 2016, un buste d’Olympe de Gouges est installé dans la salle des Quatre-Colonnes du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée Nationale : c’est la première représentation d’une femme politique parmi les œuvres d’art présentées dans l’édifice.

J’espère que cet article vous a plu, donné un aperçu sur cette femme , féministe contestée…

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