Notre langage du jour de l’an au carnaval

Du jour de l’an où nous fêtons « l’an que ven », au mardi-gras où nous brûlons « l’ôme carnaval », faisons dans cet article un tour de nos vocabulaires locaux…

  • à l’an que ven

  • tirons les rois

  • faisons crêpes, oreillettes

  • fêtons carnaval

A l’an que ven

Per Nadal

(pour Noël)

À l’an que vèn ! Se sian pas mai, que siguen pas mens.(A l’an qui vient, que si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins!)

Cette phrase vous la connaissez désormais que vous soyez occitan ou non !

A l’origine , c’est la personne la plus âgée de l’assemblée qui la prononce, le soir de Noël, lorsqu’elle met la bûche dans le feu ; cette bûche, issue d’un arbre fruitier, doit brûler jusqu’au premier de l’an ; de plus en Occitanie elle apporte les cadeaux de Noël et sa mise au foyer est précédée par la formule magique :

Bota fuòc, cachafuòc, que nos alegre,que nos fague la jòia d’èstre aquí l’an que ven,e se sèm pas mai,que siaguem pas mens!

(Prends feu, bûche de Noël, réjouis-nous, donne-nous la joie d’être ici l’an prochain, et si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins!).

En Roussillon

Dans la partie catalane de notre région Occitanie-Pyrénées Méditerranée, le Roussillon, la bûche prend une allure un peu différente : elle se nomme Tio de Nadal , Soca ou Xoca.

tio de nadal;

wikipedia.org

C’est un tronc de 30 cm environ, supporté par deux ou quatre jambes de bois. Un sourire décore une de ses extrémités, ainsi qu’un petit nez en bois et elle est coiffée d’une « barretina » (coiffure catalane cf.article La sardane).

Le Tio est présent dans la maison depuis le 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception : recouvert d’une couverture rouge pour qu’il n’ait pas froid, on lui donne à manger chaque nuit.

Le jour de Noël, on met le Tio en partie dans la cheminée, et on le frappe à coup de bâton pour le faire « caguer »(cagar signifiant chier) en chantant par exemple :

Caga Tio, caga torro,avellanos i mato, si no cagues bé et daré un cop de basto, caga Tio !

(Chie,bûche, chie touron, noisettes et fromage, si tu ne chies pas bien, je vais te donner un coup de bâton, chie bûche)

Le Tio va ainsi restituer des petits cadeaux (nougats, noisettes, amandes, noix, tourons, bonbons…) qu’il a mangé depuis début décembre !!!

Les vrais cadeaux de Noël ne sont donnés ici que le jour de l’Épiphanie, jour où les Rois Mages apportent leurs cadeaux.

Le jour de l’an

Enfin es arrivat ! (enfin il arrive).

Poutous, poutounets, poutounas ! (baisers, petits baisers affectueux, gros baisers retentissants) accompagnent les vœux habituellement mais cette années 2021, COVID 19 s’étant incrusté méchamment pour passer les 12 coups de minuit avec nous, pas de poutous !!

Mais les vœux sont là, sous diverses formules de notre langage :

Bona anado e bona santat, brave mondo ! (Bonne année et bonne santé , braves gens).

Bona anado, plan granada e plan acompanhado (Bonne année « pleine de grains »-de bonne récolte, prospère- et bien accompagnée -suivie de nombreuses autres).

Tirons les rois

Une histoire

Le 6 janvier la fête catholique de l’Épiphanie célèbre l’arrivée des rois mages venus honorer la naissance de Jésus à Bethléem.

Afin de l’adapter à la vie sociale, il est admis de célébrer cet événement le premier dimanche de l’année (excepté si celui ci tombe le 1er janvier auquel cas ce sera le suivant!) . Tradition catholique aujourd’hui !

La coutume veut que ce jour là on mange un gâteau pour tirer les rois.

Pourtant l’origine de ce gâteau dans lequel on introduit une fève, remonte aux saturnales romaines ; ces fêtes dédiées à Saturne, célèbrent l’augmentation des jours après le solstice d’hiver ; durant ces fêtes un gâteau rond fourré de figues, de dattes et de miel est réalisé. Il est divisé en parts égales entre maîtres et esclaves ; celui qui trouve la fève est roi d’un jour, fut- il esclave ! D’où l’expression qui est restée: tirer les rois !

Cette tradition serait venue en France par la papauté d’Avignon, où le premier tirage des rois aurait eu lieu au XIVème siècle au couvent des dominicains. Elle se retrouve à la cour de France dès le Moyen Age. Le tirage de la fève donne lieu à des actions de bienfaisance, puis peu à peu à des fêtes…

Une rivalité entre boulangers et pâtissiers

Au XVIème siècle, boulangers et pâtissiers parisiens se livrent une véritable guerre : chaque corporation revendique le monopole sur la vente du gâteau des rois. François Ier accorde ce monopole aux pâtissiers et le Parlement le leur confirme au XVIIIème siècle.

Les boulangers ne veulent pas s’avouer vaincus et offrent alors, pour l’Épiphanie, une galette à leurs clients !

Sous la Révolution la fête des rois devient celle des Sans-culottes ; pour ne pas mécontenter boulangers et pâtissiers, elle devient Fête du bon voisinage.

La tradition du gâteau des rois perdure.

Galette ou Royaume

Ce gâteau devient un feuilletage dans les deux tiers nord de la France, qui s’améliore par adjonction de frangipane, puis autres garnitures au fil du temps : la galette, la galette parisienne.

Dans notre région, la fève trouve place dans une brioche parfumée à la fleur d’oranger, en forme de couronne, garnie ou non, de fruits confits, saupoudrée de sucre que l’on nomme couroùno des reis (couronne des rois) , ou reiome (royaume) à Montpellier(Hérault), coque des rois à Moissac (Tarn-et-Garonne) .

gateau des rois;royaume;occitanie;

CC BY SA 3.0

Désormais sur les étals de nos pâtissiers du Sud et de notre Occitanie en particulier, se retrouvent les deux formes de gâteaux. Le royaume reste pour nous, Occitans, le gâteau des rois traditionnel ; la galette nous a été apportée par les néo-arrivants depuis une cinquantaine d’années…et nous l’apprécions aussi !

Faisons crêpes et oreillettes

Pour en savoir plus sur ce sujet je vous renvoie vers l’article « Oreillettes, beignets, etc…en Occitanie ».

L’article d’aujourd’hui étant dans la catégorie langage, je vous rappelle seulement les diverses appellations de ces variantes gastronomiques de notre région :

Oreillettes en Languedoc et Rouergue, bougnettes ou bunyettes en Roussillon, cambedouilles ou camedouilles en Haut Quercy, merveilles en Gascogne, crespets en Béarn, pour ce qui est de notre région et bien d’autres noms encore sont donnés aux beignets qui sont préparés de janvier à mars.

oreillettes; recettes; occitanie;

occitanie-decouvertes.com

Fêtons Carnaval

Ses personnages

Le Carnaval, tradition séculaire, se concentre autour de personnages sensés représenter les malheurs de la société et de chacun. Ces personnages sont conspués, détruits, souvent par le feu, à la fin des festivités, victimes expiatoires de la part d’ombre de l’humanité.

Dans notre région, ces personnages sont habillés de « peilles », de « peilhots » ou de « pétas »( vieux chiffons).

monsieur carnaval; occitanie;

Ils se nomment « Caramentran » ou « l’Ôme Carnaval » (Carnaval ou Bonhomme Carnaval) , et parfois accompagnés de leur épouse affublée du nom de « Caronha »(Charogne) !

Leur accompagnement

Ces personnages, au centre des festivités, sont suivis de « festaïres »(fêtards) déguisés eux-aussi.

Tout ce monde déambule dans les rues au cours du « passa-carrièras »(promenade dans les rues) avec danses et musiques traditionnelles telles que la danse du « chivalet » (petit cheval ou cheval-jupon), le « branle de la chemise »(danse de la chemise), la « buffatière » (danse du soufflet).

La foule accompagne Monsieur Carnaval au bûcher au chant de « Carnaval es arribat »(Carnaval est arrivé) et « Adiou paure Carnaval »(Adieu pauvre Carnaval).

Pour en savoir plus sur la tradition du Carnaval, relisez l’article qui lui est consacré « Découvrez le Carnaval occitan ».

J’espère que cet article vous a plu.

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