Montpellier, lou clapas

Montpellier est la deuxième ville de la région Occitanie-Pyrénées Méditerranée après Toulouse, la capitale régionale.

Contrairement à cette dernière, Montpellier a une existence relativement récente mais néanmoins une histoire et une évolution qui méritent qu’on s’y attarde. Il serait trop long de le faire dans un seul article aussi dans celui-ci découvrons la ville de sa création jusqu’au siècle dernier :

– sa situation

– une ville médiévale

– Montpellier dans la tourmente

– Montpellier vers son avenir

Sa situation

Situation géographique

Montpellier est à 14km de la mer Méditerranée, à 90km du Mont Aigoual (1567 m d’altitude, au sud du Massif Central ).

Chef-lieu du département de l’Hérault, Montpellier se situe au sud-est de ce département, lui-même mitoyen du Gard au nord-est, de l’Aveyron et du Tarn au nord-ouest, de l’Aude au sud-est et de la Méditerranée au sud.

CC BY SA 4.0

Desservi par la bretelle A709 de l’autoroute A9 et par l’A750, celle de l’autoroute A75, la ville est traversé par un chemin de Compostelle (Voie d’Arles ou Via Tolosana).

Situation climatique

Montpellier jouit de la douceur du climat méditerranéen ; parmi les villes les plus ensoleillées de France, elle subit toutefois de fortes pluies (épisodes cévenols ou méditerranéens) à l’automne.

Bien que soumise au mistral et à la tramontane, Montpellier est la ville la moins ventée du golfe du Lion

Situation démographique

Septième ville de France par sa population , 2ème de la région Occitanie-Pyrénées Méditerranée après Toulouse et 3ème de l’axe méditerranéen après Marseille et Nice, Montpellier avec 285 121 habitants (2017) et sa métropole avec 472 217 habitants, connaît depuis 1990 une croissance démographique continue.

Un nom et un surnom

Montpellier (Montpelhier en occitan), que les autochtones prononcent Montpéllier et non Montpeullier comme le reste de la France, trouve de multiples explications à son nom, plus ou moins crédibles et plus ou moins contestées :

  • Mons Pessulus ( colline au verrou) viendrait de ce que les habitants de la ville, construite sur une ancienne garrigue, ont érigé une palissade munie d’un verrou pour empêcher les bergers de Sextantio (Castelnau-le-Lez cf. ci-après) de faire paître leur bêtes.

  • Montis Pestellarium ( mont des pastels ou des épices) aurait pour origine la position commerciale de la ville dans le domaine des épices.

  • Mons Puellarum ou Montis Puellarum (mont des jeunes filles) , explication flatteuse qui a la préférence de la commune, aurait deux origines au choix : soit le fait que deux sœurs de Saint Fulcran auraient été maîtresses et donatrices de la ville, soit la réputation de la beauté de ses jeunes filles car la tradition veut que «  Montpellier ait les plus jolies femmes du royaume de France. Ouvrières et cadres confondues, ce sont elles qui possèdent les meilleurs ports de tête »…

  • Mons Petrosum (colline de pierres) rejoint le surnom occitan que lui donnent encore de nos jours les locaux : lou clapas qui signifie en occitan le tas de pierres.

Une ville médiévale

Premières traces humaines

Quelques traces d’occupation humaine préhistorique, découvertes récemment, laissent penser qu’ il y a environ 11 500 ans, un campement de chasseurs existe près du ruisseau du Verdanson.

A l’époque romaine un important oppidum nommé Sextantio est établi sur le rocher de Substantion de l’actuelle commune de Castelau-le-Lez, en bordure de la Via Domitia qui passe au nord de Montpellier.

Création de la ville

Le 26 novembre 985, le comte Bernard de Melgueil offre au chevalier Guilhem, en remerciement de son dévouement, un territoire qui s’étend entre les fleuves du Lez et de la Mosson, en bordure de la Via Domitia au nord et de la route du sel au sud.

Deux collines proches, dominant ce territoire d’une trentaine de mètres s’offrent à la construction ; deux bourgs s’y établissent: Montpellier et Montpellieret.

Au XIIIème siècle la ville occupe, ce qui est aujourd’hui encore son « Cœur de ville » et qu’on nomme l’écusson en raison de sa forme. Des fortifications qui la protègent, démantelées par ordre de Richelieu après le siège de 1622, il ne reste que deux éléments :

tour des pins;mntpellier;herault;occitanie;La Tour des Pins CC by SA 2 .0

  • la tour des Pins, qui fut refuge des catholique pendant les guerres de religion, prison de femmes au XIXème siècle et dépôt d’archives jusqu’en 2000. Elle subit encore de nos jours les prédictions de Nostradamus qui annonce que Montpellier périra par les flammes lorsque les pins qui coiffent cette tour disparaîtront: lors de sa dernière restauration, les pins ont du être arrachés et la municipalité les a remplacé par des thuyas en pots…

 

tour de la babote;montpellier;herault;occitanie;La Tour de la Babote CC by SA 2.0

  • la tour de la Babotte, qui à l’origine n’a pas de porte ; de 1739 à 1793, elle abrite un observatoire astronomique ; en 1832 elle est une station du télégraphe Chappe et la salle voûtée de 6,90m du premier étage sert de logement à son directeur; à la fin du XIXème siècle la société colombophile de l’Hérault y installe ses pigeons ; les astronomes y reviennent de 1902 à 1922 et la Fédération d’astronomie populaire amateur du Midi y a son siège depuis 1981. Actuellement elle abrite le club d’échecs de Montpellier.

Une extension rapide

La proximité de la mer et du port gallo-romain de Lattes, celle de la Via Domitia, sa position géographique entre l’Espagne et l’Italie, son appartenance au royaume de France alors que la Provence est province de l’Empire romain-germanique, vont contribuer au développement rapide de Montpellier.

Par sa proximité de la mer, ses canaux qui la relient à Lattes, à Aigues-Mortes, elle devient vite le point d’entrée des épices, plantes et produits venant d’Asie pour le Royaume de France.

Commerçants (drapiers, changeurs…), artisans (doreurs, orfèvres…), s’y installent. Elle accueille des savants juifs et arabes chassés d’Espagne qui contribuent au développement de sa faculté de médecine(créée en 1222) et en font la plus renommée d’Europe après celle de Salerne (Italie).

Halte sur un chemin de Saint Jacques-de-Compostelle, elle multiplie ses structures d’accueil et devient très vite une ville cosmopolite ; elle accueille toutes les religions, toutes les origines ; elle devient un centre d’érudition reconnu.

Après quelques querelles de succession, mariages, alliances, une Grande Charte (recueil de droits, coutumes et privilèges présenté par les Montpelliérains et accepté par Pierre II d’Aragon, nouveau seigneur de Montpellier) fonde le gouvernement communal de Montpellier.

La ville connaît son apogée, de 1204 à 1349, sous la souveraineté des rois d’Aragon et de Majorque.

En 1349, lorsque Jacques III de Majorque la vend au royaume de France, la ville jouit d’une grande notoriété pour son commerce, ses draps, ses épices, ses vins, ses écoles de médecine et de droit qui lui ont valu le titre d’université en 1289, la réputation de ses centres d’érudition ouverts aux pensées juives et arabes.

Montpellier est une des villes les plus peuplées du royaume de France après Toulouse et Rouen.

Montpellier dans la tourmente

La grande peste

La pandémie de peste noire ou mort noire( peste essentiellement bubonique) appelée la grande peste, qui touche le monde à la moitié du XIVème siècle, tue entre 30 et 50% de la population européenne en 5 ou 6 ans.

Montpellier n’est pas épargné et perd le tiers de sa population du fait de l’épidémie. De plus ceux qui ne sont pas touchés fuient la ville…

Un redressement temporaire

Grâce à Jacques Cœur, grand argentier du roi Charles VII, la ville amorce son redressement à partir de 1436.

cathedrale;montpellier;herault;occitanie;

La cathédrale Saint Pierre

Wolfgang Staudt for CCby SA 2.0

Louis XI crée une Cour des aides en 1467.

Le siège épiscopal est transféré de Maguelone à Montpellier en 1536 et la cathédrale Saint Pierre est construite.

En 1593, un jardin des plantes est adjoint à la faculté de médecine.

Les guerres de religion

Les montpelliérains accueillent très favorablement la réforme protestante. La ville devient un bastion du protestantisme et de la résistance au pouvoir royal avec le soutien de renforts sollicités par son gouverneur François de Chatillon et venus de tout le croissant huguenot, qui s’étend du Poitou au Dauphiné.

Les églises sont détruites à l’exception de la cathédrale.

La signature de l’édit de Nantes en 1598, par lequel Montpellier est désignée place forte où le culte protestant est reconnu, apporte une vingtaine d’années de paix.

Mais en 1622, Louis XIII considère la ville rebelle et l’assiège violemment.

L’autorité royale est symbolisée, de 1624 à 1627, par la construction d’une citadelle (actuellement le lycée Joffre) qui contrairement à ce qu’on pourrait croire n’est pas pour la défendre mais pour la surveiller et prévenir tout retour d’une éventuelle révolte protestante !

L’édit de Fontainebleau en 1685 assied la domination catholique de la ville, détruit les temples protestants et bannit les pasteurs.

La ville reste majoritairement catholique, comme beaucoup de villes de la région, malgré une forte minorité protestante.

Les États du Languedoc

La province du Languedoc s’étend alors du Rhône à la Garonne et de la Méditerranée à la haute vallée de la Loire avec pour capitales Toulouse et Montpellier ; elle est administrée par l’assemblée des États du Languedoc qui est représentative des trois ordres que sont le clergé, la noblesse et le tiers état.

Le rôle principal des États est, à l’origine, essentiellement lié aux impôts; peu à peu leurs compétences vont s’étendre au niveau économique et juridictionnel:agents du fisc, maîtres d’œuvre de travaux publics, relais régionaux de l’état royal dans les domaines social, industriel, éducationnel…

Ils se réunissent régulièrement dans différentes villes de la province mais à partir de 1736, ils se retrouvent à Montpellier où résident l’intendant de la province et le gouverneur en chef, où siègent la Cour des Comptes, Aides et Finances, tandis que le parlement est à Toulouse.

Le retour de la prospérité

La ville retrouve sa prospérité sous l’Ancien Régime. Une noblesse de robe

s’établit autour des États du Languedoc, de son Université, de ses riches commerçants ; elle fait construire d’élégants hôtels particuliers.

En 1685, Louis XIV désigne Montpellier pour recevoir une statue équestre à son effigie ; un cadre digne de la recevoir doit être réalisé; le roc du Peyrou , point le plus haut de la ville est choisi et le projet d’une place royale est lancé ;des travaux de terrassement , d’agrandissement débutent en 1689. Ils durent 75 ans…Ils transforment la ville…

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Le château d’eau du Peyrou

Pixabay

En haut de la place royale qui devient la promenade du Peyrou, le réservoir-belvédère qui amène l’eau à la ville par l’aqueduc Saint Clément est aménagé en château d’eau en forme de temple antique ; l’aqueduc des Arceaux alimente la ville et ses jardins.

La Révolution met fin aux États du Languedoc.

La Révolution et la mise en place d’une commune

La campagne électorale pour les États généraux met en avant des personnages déjà connus: Albisson, Cambon, Bazile, Farel, Baron, Goussens, Verny.

Juristes, magistrats, négociants, forment les groupes dominants de la société montpelliéraine et fournissent les élus.

Le Languedoc subit de grosses difficultés économiques qui n’épargnent pas la ville.

Un Comité de salut public est créé et le maire de Montpellier Jean-Jacques Durand est élu à sa tête…Mais arrêté et jugé par la Convention, il est guillotiné le 12 janvier 1794.

Montpellier n’échappe pas à la Terreur ; bien qu’il y ait sur Montpellier relativement peu d’extrémistes, les affrontements se multiplient, jusqu’au Consulat.

« Le soin de l’administration est confié à des consuls et des conseils politiques qui se recrutent selon un ordre hiérarchique. Le premier consul de Montpellier doit être un gentilhomme ou un noble faisant profession des armes. Massilian de Sanilhac est le premier consul en 1789. Le deuxième, doit être un bourgeois ; le troisième, procureur à la cour des aides ou au Présidial ; le quatrième, chirurgien ou apothicaire ; les cinquième et sixième consuls, marchands ou artisans. »(La révolution municipale dans le département de l’Hérault (1789-1790) Par Robert LAURENT et Geneviève GAVIGNAUD-FONTAINE)

Montpellier vers son avenir

Une ville de résistance

Aux XVIIème et XVIIIème siècles la ville s’embellit ; de nombreux monuments sont construits : l’Arc de Triomphe, la place de la Comédie…

Au XIXème siècle l’essor de la viticulture régionale profite à la prospérité de la ville et à sa transformation urbaine mais le phylloxéra donne un coup d’arrêt . Les grandes manifestations viticoles de 1907 à Montpellier marque l’apogée du mouvement et concentre la révolte de tout le Languedoc unissant toutes les tendances et toutes les religions contre Clémenceau.

Une ville solidaire

Montpellier abrite le 81ème régiment d’infanterie, le 56ème régiment d’artillerie et le 2ème Génie qui rejoignent le front dès la mobilisation pour la Première Guerre Mondiale. Équipée en temps de paix de plusieurs hôpitaux, entre 5500 et 6200 lits sont mis à disposition de l’administration militaire et accueillent dès le 17 août 1914 les premiers blessés . Un service des réfugiés est mis en place dans le Pavillon Populaire ; des associations et des œuvres organisent les secours aux blessés, aux familles, aux orphelins…

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Montpellier qui est en zone libre et compte plus de 300 juifs dans sa population est une ville de résistance ; elle accueille et cache de nombreux réfugiés ; dans le département de l’Hérault près de soixante Justes parmi les Nations seront reconnus. La ville subit plusieurs bombardements qui visent essentiellement l’aéroport, la gare de triage et les ponts.

De 1960 à 1980, la ville connaît une croissance démographique de plus de 5% due à l’arrivée de très nombreux pieds-noirs, d’immigrés des pays arabes du pourtour méditerranéens.

Un prochain article vous fera découvrir Montpellier de 1980 à nos jours car il serait trop long d’en parler aujourd’hui.

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