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Marie Durand, figure de la résistance huguenote

Marie Durand, figure de la résistance huguenote

Marie Durand n’est pas née en Occitanie-Pyrénées Méditerranée, mais dans le département limitrophe de l’Ardèche, dans l’Occitanie historique.

Si Occitanie-découvertes lui consacre un article, c’est pour faire connaître cette femme exceptionnelle, devenue l’image de la résistance, qui a vécu 38 ans prisonnière dans notre région, à Aigues-Mortes (Gard).

Dans cet article, vous trouvez en résumé :

– Marie Durand, l’huguenote

– La courageuse prisonnière

– Marie Durand, figure emblématique de la résistance à l’oppression

Marie Durand, l’huguenote

Marie Durand et sa famille

Marie Durand est née le 15 juillet 1711 au Bouschet-de-Pranle, un village du Vivarais, près de Privas, dans le département de l’Ardèche.

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Elle est la fille d’Étienne Durand, greffier consulaire et de Claudine Gamonet.

Louis XIV a révoqué l’Édit de Nantes en 1685 et le protestantisme est interdit.

Bien que pratiquant la religion protestante en secret, ses parents la font baptiser le 17 juillet 1711 afin de lui donner une existence légale (l’église tient l’état civil) ; son frère Pierre est son parrain.

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La famille « disloquée »

La famille garde sa foi réformée et ses enfants reçoivent une éducation protestante.

Comme tous les protestants de l’époque, la famille Durand se cache pour pratiquer sa religion.

Lectures communes de la Bible, assemblées se font en cachette, dans les maisons des uns et des autres.

En 1719, une de ses assemblées se tient dans la combe de Navalet, un vallon proche du Bouschet. Suite à une dénonciation, l’assemblée est surprise par les soldats. Claudine, la mère, est arrêtée. On ne la reverra plus.

Pierre, frère de Marie, qui a 19 ans , part en Suisse où il étudiera pour devenir pasteur.

Marie reste avec son père qui se charge de son éducation scolaire et religieuse ; ils pratiquent leur religion en cachette et reste sous la surveillance quasi permanente des autorités

L’engagement

Pierre, revient en Vivarais, après avoir parfait son instruction théologique en Suisse ; le 22 mai 1721, il représente les Eglises du Vivarais au Synode du Languedoc. Il y fait une forte impression. De retour en Vivarais, il convoque un Synode, le 26 juillet 1721 pour faire adopter par les « inspirés » les décisions prises au Synode du Languedoc qui donnent une base constitutive aux Églises Réformées, ce qui n’est pas chose facile. Désormais il consacre son engagement à son Église mais doit passer dans la clandestinité.

wikipedia.org

Pourchassé par les autorités, celles-ci s’en prennent à son père, puis à sa sœur pour l’obliger à se rendre ou à quitter le pays.

La maison familiale est perquisitionnée, les livres saisis.

En février 1729, Étienne Durand, le père, est arrêté et emprisonné au Fort de Brescou, à Agde (Hérault).Il y reste 14 ans.

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Marie est arrêtée en juillet 1730. Elle a 19 ans. Incarcérée à la prison de Beauregard à Saint-Peray (Ardèche) pendant quelques jours, elle est ensuite transférée à la Tour de Constance, à Aigues-Mortes (Gard). Elle y restera 38 ans !

La courageuse prisonnière

Une prison de femmes

Lorsque Marie Durand après une longue route, franchit le seuil de la vieille Tour, tête rasée comme ses semblables, la salle où elle va résider est déjà occupée par 28 femmes dont 2 viennent de donner naissance à un enfant.

Des femmes qui refusent d’abjurer leur foi malgré les promesses de libération qui leur sont réitérées.

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Cette salle mesure environ 20m de diamètre ; une faible lumière y pénètre par des meurtrières. Un monte-charge permet de livrer de la nourriture aux prisonnières, essentiellement pain et eau. Des paillasses font office de couches.

La tour reçoit quelques rares visiteurs qui apportent parfois un peu de nourriture.

Le froid en hiver, la chaleur torride en été, l’insalubrité, la promiscuité, la pauvreté sont leur quotidien.

Une longue épreuve commence pour Marie.

Marie Durand, soutien de ses sœurs

Les prisonnières ont entre 20 et 30 ans. Certaines sont là depuis l’âge de 14 ans. Elles sont originaires, pour la plupart de la région.

A son arrivée, les plus âgées contemplent cette fille-enfant, petite de taille, assurée dans son maintien et pourtant modeste ; elle semble tout comprendre au premier regard.

L’une d’elles la reconnaît comme fille d’Étienne Durand, greffier consulaire, que les persécuteurs ont envoyé au fort de Brescou et la sœur de Pierre, ministre de l’Évangile.

Perçue comme une femme pleine de raison et de lumière, elle suscite rapidement, malgré son jeune âge, une grande considération chez les autres prisonnières. La nouvelle de l’arrestation de son frère Pierre, suivie de son exécution sur l’Esplanade à Montpellier le 22 avril 1732 constituent une épreuve terrible qui la grandit encore aux yeux de ses compagnes.

De constitution solide, peu portée à se plaindre malgré la maladie, elle est prompte à réconforter ses compagnes quand elles perdent espoir.

Une longue peine

A la souffrance de la réclusion, s’ajoute le douloureux sentiment d’être abandonnée.

En 1754, l’hiver est terrible; neuf femmes décèdent; elles sont désormais 25.

Les journées sont faites de longues conversations, de menus travaux, d’écoutes de psaumes pour celles qui les ont mémorisés, et pour Marie la rédaction de lettres en direction de bienfaiteurs, de correspondants occasionnels, du Pasteur Rabaud de Nîmes qui les soutient tout au long de leur incarcération, pour ses compagnes moins instruites qu’elle.

Ces lettres sont toujours empreintes de dignité, de respect, de reconnaissance pour les aides éventuelles qui parviennent à la Tour, dans cet univers auquel il est impossible d’échapper. Elle les signe au nom de toutes.

Jamais un doute sur la justesse de la position prise, sur son engagement, sa fidélité à sa croyance, ni la tentation de la liberté au prix d’un reniement ne semblent effleurer Marie. Elle fait preuve de persévérance dans les événements de tous les jours. Malgré les souffrances accumulées, les décès qui l’affectent, son interminable détention, son caractère n’est nullement aigri. Son sang-froid, sa constance, sa sollicitude n’en sont pas entamés.

Marie Durand, figure emblématique de la résistance à l’oppression

La libération

Après 1741, quelques personnalités plaident pour la libération des prisonnières ; beaucoup sont mortes emportées par la maladie, les fièvres, les privations et le chagrin.

En 1767, il reste onze prisonnières dans la tour. Le prince Charles Juste de Beauvau, commandant militaire en Languedoc, ému par la misère de ces femmes, malgré la vive opposition du ministre du roi Louis XV, Louis Phélypeaux, comte de Saint-Florentin, signe un acte de grâce.

Libérée Marie Durand quitte la tour de Constance après 38 ans de prison.

Elle rejoint son village du Vivarais où elle finit ses jours dans sa maison familiale.

Jusqu’à sa mort en septembre 1776, elle s’emploie à soulager plus malheureux qu’elle.

Figure emblématique de la résistance

Marie Durand ne détient pas le record de l’enfermement le plus long. C’est Marie Robert, dite Frésole ou la Frisole, qui est restée enfermée 40 ans et quatre mois. D’autres femmes auraient pu marquer la mémoire collective : certaines sont entrées avec leur bébé et les ont élevés en prison ; la jeune Catherine Falguière, elle, a passé les seize premières années de sa vie dans cette prison.

Marie est mieux connue grâce à la cinquantaine de lettres qu’elle a rédigée pendant ses 38 ans de détention.

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tourdeconstance.org

L’inscription gravée sur une pierre dans la Tour de Constance « REGISTER » (=RESISTER en patois) lui est attribué

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Pendant toutes ses années de réclusion elle a été le soutien spirituel de toutes ses compagnes, par sa foi, sa volonté, son exemple.

Elle symbolise le protestantisme toujours persécuté, mais luttant de manière non-violente pour maintenir la foi.

Marie Durand, image de la résistance

Outre son rôle au sein de la réforme, Marie Durand illustre la résistance à toutes oppressions et injustices ayant pour motifs des idées fussent-elles religieuses, politiques, féministes… RESISTER

Résumer en quelques lignes le destin de cette résistante est forcément réducteur.

Je vous invite, si vous êtes intéréssé(e) à aller plus loin : les lettres de Marie Durand, son histoire , ont donné lieu à de nombreux ouvrages très documentés.

L’histoire du protestantisme dans notre région, et de ses persécutions est fort bien illustrée au Musée du protestantisme à Mialet (Gard) et si vous passez à proximité , je ne peux que vous inviter à vous y rendre.

J’espère que cet article vous a permis de connaître un peu de l’histoire de Marie et vous a intéressé(e), donnez vos commentaires, vos suggestions ; faites connaître ce blog autour de vous !

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  1. Michel Conte

    Le téléfilm (1985) »les prisonnières » de Jean-Louis Lorenzi reprend l’histoire des prisonnières de la tour de Constance. je ne sais pas s’il est possible de retrouver ce film dont-il reste peu d’information.
    Sophie Duez dans le rôle Marie Durand.

  2. Guiraud Jeanne

    Merci pour ce rappel d’une figure emblématique de la résistance protestante. Il y a longtemps nous avions visité avec les enfants la tour de Constance à Aigues-Mortes et ils avaient noté que la Bible de Marie Durand venait de l’Institut Calvin de Montauban, ville où nous habitons…

  3. Agnès AUPIED

    MERCI pour ce très complet historique. Je pourrai faire des commentaires lorsque j’emmènerai mes amis visiter la Tour Constance à Aigues Mortes . Est ce que par hasard vous auriez des renseignement sur les « glacières » de Castelnau le Lez ?
    Je n’arrive pas à avoir des renseignements intéressants ….merci d’avance . Agnès

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