Marcellin Albert, lo gran bolegaïre

Marcellin Albert, surnommé par Frédéric Mistral « lo gran bolegaïre »(le grand agitateur) et dans son village « lo cigal » (la cigale) a marqué l’histoire de notre région viticole.

Cet article vous rappelle ce personnage

– ses origines

– ses actions

– les suites du mouvement viticole et la fin de Marcellin Albert

 

Ses origines

Son enfance

Marcellin Albert naît le 29 mars 1841 à Argeliers (Aude).

Il est le fils de Jean-Pierre Albert, cultivateur et de Céleste Cabannes.

Il a cinq ans lorsque son père décède. Il est élevé par sa mère et son grand -père.

Il reçoit une instruction primaire à l’école du village, puis suit des études secondaires, à la pension Montès à Carcassonne (Aude).

Vignes et armée

A 16 ans, il revient au village pour s’occuper des vignes familiales.

Malgré une dispense pour soutien de famille, il s’engage le 17 octobre 1870 et rejoint le 2ème régiment de tirailleurs algériens à Mostaganem ; il est démobilisé en juillet 1871 et revient à Argeliers.

Mariage et vie sociale

Le 19 janvier 1873 il épouse Louise, Marceline, Eulalie Blanc.

Le couple fait l’acquisition d’un café sur la place du village d’Argeliers.

Marcelin Albert, qui aurait suivi des cours de théâtre à Paris pendant six mois entre sa démobilisation et son retour à Argeliers, fait de son café un lieu d’animation.

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Il fonde une troupe de théâtre locale. Il met en scène « Marceau ou les enfants de la République » où il tient le rôle principal.

Il monte Ruy Blas dont il joue le rôle en prétendant être le seul en France à pouvoir le tenir avec Mounet-Sully(célèbre acteur de la Comédie Française).

Ses actions

Débuts politiques

En 1877, Marcelin Albert est sollicité par les Républicains pour surveiller les opérations électorales.

En 1881, il est élu conseiller municipal.

A partir de 1900, il se lance dans la présentation de conférences sur la défense de la viticulture.

Simultanément il tente de créer un cercle d’études sociales à Argeliers, sans succès.

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De 1900 à 1905, de village en village, de marché aux vins en marché aux vins, accompagné d’un certain Antoine Marty, jeune clairon, qui sonne pour ramener les curieux, il harangue les foules, du haut d’un arbre, ce qui lui vaut le surnom de « lo Cigal » !

 Ses thèmes favoris sont la lutte pour la défense des vins naturels contre le vin de fraude, contre la destruction des bouilleurs de crus, contre la détaxe sur le sucre, etc…

Le contexte

Au milieu du XIXème siècle les départements méditerranéens du Gard, de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales se sont spécialisés dans la viticulture.

De riches propriétaires font construire des demeures luxueuses appelés aujourd’hui des « châteaux pinardiers ».

La région vit au rythme de la viticulture.

Mais la mévente commence à se profiler. Pour y faire face, les petits propriétaires se regroupent en caves coopératives : Maraussan et Mudaison en 1901, Marseillan en 1903,etc…

Une majorité de petits propriétaires coopérants du Languedoc et du Roussillon sont de sensibilité socialiste, voire communiste et vont constituer ce qui sera nommé « le Midi Rouge ».

Jean Jaurès en visite à Maraussan le 1er mai 1905 encourage les vignerons à se réunir :

« Paysans, ne demeurez pas à l’écart. Mettez ensemble vos volontés »

Mais surproduction et absence de législation accélèrent la crise; les cours du vin s’écroulent, les prix sont brutalement divisés par deux ou par trois ; une crise de mévente s’installe et la misère avec. C’est la ruine pour de nombreux viticulteurs, courtiers, négociants…

A la surproduction s’ajoute la concurrence étrangère de l’Italie, de l’ Espagne et celle des vins d’Algérie.

Les petits viticulteurs du « Midi Rouge »vont faire leur, la phrase de Jean Jaurès « Dins la tina de la Republica preparatz lo vin de la Revolucion sociale ! »(Dans la cuve de la République préparons la Révolution sociale).

Les débuts de la lutte.

En 1905, Marcellin Albert qui a déjà entrepris sa lutte contre la fraude, recueille, dans son village, 400 signatures pour réclamer la grève de l’impôt et la démission des élus en protestation contre la misère liée à la mévente du vin.

Il cesse alors son commerce de cafetier et décide de devenir le « rédempteur » de la viticulture méridionale, multiplie réunions publiques et conférences.

Le 11 juin 1907, avec 87 habitants du village d’Argeliers, il part pieds nus pour Narbonne (40 kilomètres) pour rencontrer la commission des fraudes qui siège à l’hôtel de ville et qui accepte de le recevoir.

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Au retour, auréolé de gloire, il crée un comité de défense viticole, le comité d’Argeliers, dont il est élu président ; le comité rédige une proclamation qui encourage les communes de la région à créer leurs propres comités et précise qu’ils ne doivent pas faire de politique…

L’agitation s’étend ; Marcellin devient une idole, les journaux parlent du « roi des gueux », de «  l’empereur du Midi », du « Rédempteur », de «  l’Apôtre »…

La montée et l’apogée de la lutte

Les meetings se succèdent et les participants de plus en plus nombreux :le 14 avril 1907, 5 000 à Coursan (Aude), le 21 avril, 15 000 à Capestang(Hérault), le 28 , 30 000 à Lézignan(Aude), le 5 mai, 80 000 à Narbonne (Aude), le 12, 150 000 à Béziers(Hérault), le 19, 180 000 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 26, 250 000 à Carcassonne (Aude) et autant à Nîmes (Gard) le 2 juin, plus de 650 000 le 9, à Montpellier (Hérault). Il est à noter qu’en 1907, le Bas- Languedoc  compte environ 1 million d’habitants !

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Le 12 mai, le maire socialiste de Narbonne, Ernest Ferroul s’est joint au mouvement , le politisant et lançant un ultimatum au gouvernement :si aucune décisions n’est prise avant le 10 juin, les corps élus feront grève !

Le drame

L’ultimatum passé Ernest Ferroul proclame la démission des municipalités.

Clémenceau se saisit de cet évènement pour briser le mouvement et envoie l’armée pour rétablir l’ordre et arrêter Marcellin Albert et Ernest Ferroul.

Le premier réussit à s’enfuir tandis que le second est incarcéré.

Cette arrestation provoque des émeutes et des répressions sanglantes : fusillades à Narbonne, bagarres à Béziers et Montpellier, incendie de la préfecture à Perpignan, mutinerie du 17ème régiment d’infanterie à Béziers.

Ce dernier évènement inquiète fortement la Troisième République.

La révolte s’amplifie et menace de s’étendre à d’autres régions viticoles.

La fin du mouvement

Clémenceau prend la mesure du problème et de son impact.

Marcellin Albert lui vient en secours bien involontairement et naïvement.

Pourchassé par la police, il se cache et s’enfuit ; arrivé à Paris le 22 juin, il demande à être reçu à l’Assemblée Nationale, alors en pleins débats sur le projet de loi contre la fraude ; celle-ci refuse de le recevoir mais Clémenceau informé, le reçoit en audience.

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Au cours de cette entrevue, Clémenceau promet de réprimer les fraudes si Marcellin Albert parvient de calmer l’agitation ; ce dernier accepte et s’engage même à se constituer prisonnier ; Clémenceau lui donne même 100 francs pour payer son billet de retour.

Marcellin Albert a la naïveté d’accepter mais Clémenceau donne sa version à la presse et met en exergue l’histoire du billet. La presse se déchaine ; Marcellin perd sa crédibilité et passe de son statut de sauveur à celui de vendu !

Le 24 juin, à Narbonne, il rencontre les membres du comité et tente de les convaincre de suspendre le mouvement ; sa rencontre avec Clémenceau l’a totalement discrédité et il manque se faire lyncher par ses anciens amis.

Le 26 juin , il se constitue prisonnier à Montpellier.

 

Les suites du mouvement viticole

et la fin de Marcellin Albert

Les suites du mouvement

Le 29 juin 1907, le parlement se réunit et Jean Jaurès  intervient pour mettre en garde ses collègues face aux évènements et aux conséquences éventuelles d’une prolongation.

Une loi est adoptée pour protéger les vins naturels contre les vins trafiqués ;les producteurs doivent déposer des déclarations de récoltes et de stocks ; les syndicats viticoles sont autorisés à se porter partie civile dans les procès ; une autre  loi est promulguée le même jour « tendant à prévenir le mouillage des vins et l’abus du sucrage par une surtaxe sur le sucre et obligation de déclaration par les commerçants de vente de sucre supérieure à 25 kilos ».

Le 31 août le gouvernement accepte d’exonérer d’impôts les viticulteurs sur leurs récoltes de 1904, 1905, 1906.

Le 3 septembre  et le 21 octobre des décrets règlementent le transport des vins et créent le service de la répression des fraudes.

A partir du 2 août, les dirigeants et les membres du Comité d’Argeliers emprisonnés sont libérés.

Le 15 septembre , le Comité de défense viticole est dissout et devient la Confédération Générale des Vignerons du Midi avec pour président Ernest Ferroul.

 Le 5 octobre les personnes considérés responsables des manifestations et des émeutes sont déclarés passibles de la cour d’assise mais de recours en appel, il n’y aura pas de procès et tous sont graciés en 1908.

La fin de Marcellin Albert

A sa sortie de prison Marcellin Albert, devenu indésirable dans l’Aude, s’installe en Algérie ; les viticulteurs s’y cotisent pour celui qui les a défendu.

De retour dans son village d’Argeliers , il meurt oublié de tous, dans l’indifférence et la misère le 21 décembre 1921.

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