Pas à pas...découvrez les coutumes...entrez dans les spécificités de cette région...pour la découvrir et l'aimer.

Madeleine Brès, une femme volontaire

Madeleine Brès, une femme volontaire

Madeleine Brès est mal connue ; c’est pourtant la première femme qui a réussi à devenir médecin en France.

Dans cet article découvrons

  • Qui est Madeleine Brès ?

  • Un contexte difficile

  • Un parcours laborieux

  • Une carrière au service des femmes

  • Reconnaissance et oubli

Qui est Madeleine Brès ?

Une petite fille « ordinaire »

Madeleine Alexandrine Gebelin naît le 26 novembre 1842 à Bouillargues, dans le département du Gard. Son père, Ulysse Gebelin, est maréchal-ferrant. Il travaille souvent à l’hôpital de Nîmes où il ferre les chevaux et répare les voitures.

Dès l’âge de 8 ans, elle suit son père à l’hôpital. Prise en affection par une religieuse, elle aide à la préparation de tisanes, bouillons et cataplasmes.

Sa vocation est née : elle veut guérir « les femmes et les enfants ».

Départ vers Paris

Madeleine a 12 ans lorsque ses parents « montent » s’installer à Paris.

Elle a 15 ans lorsqu’elle est marié à Adrien, Auguste Brès, le 12 avril 1858.

Ce dernier, Lozérien d’origine, a 24 ans ; il est conducteur d’omnibus à la mairie de Lyon. Le couple s’installe à Paris.

Très rapidement Madeleine, donne le jour à trois enfants ; prise par ses occupations de mère au foyer, elle voit s’éloigner son rêve de soignante mais ne l’abandonne pas pour autant.

Un contexte difficile

Le baccalauréat en France.

Le baccalauréat existe pour les garçons depuis le Moyen Age, mais c’est seulement sous Napoléon en 1808 qu’il devient diplôme d’état. Il subira de nombreuses réformes pendant le XIXème siècle tant dans ses organisations que dans ses disciplines.

En France, il reste longtemps réservé aux seuls garçons ; la première femme à l’obtenir est Julie-Victoire Daubié, en candidate libre à l’âge de 37 ans, en 1861, et grâce à l’intervention de l’impératrice Eugénie, elle pourra s’inscrire à l’université .

Si en 1880, la loi Camille Sée ouvre des collèges et lycées de jeunes filles (le premier lycée de jeunes filles ouvre à Montpellier en 1881), elles ne reçoivent cependant pas l’instruction nécessaire pour obtenir le baccalauréat : elle doivent le préparer seule. Il faut attendre 1919 pour que soit créer un baccalauréat féminin et 1924 (décret Béard) pour que les programmes filles et garçons soient identiques !

Le baccalauréat est le sésame indispensable pour entrer à l’université.

Cette situation explique pourquoi les premières filles à fréquenter l’université en France sont des étrangères. La première femme reçu au doctorat de médecine à Paris, en 1870 est une Anglaise, Elisabeth Garrett et la première à entrer à la faculté de médecine de Montpellier est une Ecossaise, Agnès Mac Laren , en 1876 .

Madeleine Brès, première française médecin, obtient son doctorat en 1875 après un véritable parcours du combattant.

Le contexte social de la fin du XIXème siècle

Le statut de la femme défini par le code civil de 1804 est clair:épouse, bonne mère, gardienne des bonnes mœurs, exclue de la vie politique ; elle a un statue de mineure soumise à l’autorité de son père ou de son mari.

Il évolue très légèrement dans la seconde moitié du XIXème siècle car la société a besoin de sa main d’oeuvre mais reste très inférieur et très soumis au statut masculin.

Les obtentions de diplômes sont soumises à l’autorisation masculine (père ou mari) ; les jeunes filles ne peuvent sortir sans chaperon y compris pour se rendre dans les universités lorsqu’elles y seront autorisées. De plus les tenues vestimentaires d’étudiantes bannissent toute féminité : il est incompatible d’avoir un cerveau et d’être coquette ; intelligence et beauté ne vont pas de pair…

La communauté universitaire et médicale est très fermée ; ainsi en 1868, on peut lire dans la Gazette des Hôpitaux, sous la plume du Docteur Henri Montanier :

« pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l’endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes […] Lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme ? Un être qui ne serait plus ni une jeune fille ni une femme ni une épouse ni une mère ! »

Certain allant même jusqu’à oser dire

« Si vous êtes enceinte mademoiselle, comment pourrez-vous avec votre gros ventre vous pencher sur le lit du malade ? »

Un parcours laborieux

Madeleine Brès pugnace et volontaire

Madeleine sait parfaitement lire et écrire mais son niveau d’étude s’arrête là.

Son désir d’accéder à la vocation dont elle rêve, est si fort qu’elle se présente en 1866 devant le doyen de la faculté de médecine de Paris, le Professeur Charles Adolphe Wurtz. Surpris mais séduit par l’audace de cette jeune femme à l’accent du Midi qui avoue n’avoir ni baccalauréat, ni diplômes universitaires, le célèbre professeur lui conseille de revenir vers lui avec son baccalauréat.

Avec l’accord obligatoire de son mari, Madeleine revient trois ans plus tard munie du précieux sésame qu’elle a obtenu en candidate libre!

Agée de 26 ans, munie une fois encore, de l’accord nécessaire de son mari, grâce à l’intervention de l’impératrice Eugénie et au soutien du Ministre de l’Instruction Publique, Victor Duruy, à l’appui du Doyen Wurtz , Madeleine obtient, en 1868, son inscription à la faculté de médecine de Paris.

Les études et la guerre

En 1869, Madeleine Brès est inscrite à la faculté de médecine de Paris, malgré l’opposition du nouveau doyen Vulpan et de nombreux autres pontes du domaine ! Néanmoins la loi ne l’autorise pas à être ni interne ni externe des hopitaux de Paris. Le professeur Pierre Broca, favorable à l’accès des femmes à la médecine, la prend comme élève-stagiaire dans son service à la Pitié.

La guerre de 1870 et la Commune vont mobiliser les médecins masculins, réquisitionnés dans les hôpitaux militaires. Madeleine Brès est sollicitée pour remplacer un interne à l’hôpital de la Pitié. Malgré la reconnaissance appuyée du Professeur Broca pour son engagement, son dévouement et ses aptitudes déployés pendant cette période, ainsi que le soutien de ses pairs, elle ne sera jamais officiellement interne et le concours d’externat lui est refusé en 1871.

Veuve, avec trois enfants à charge, elle va travailler pendant 4 ans au Muséum d’Histoire Naturelle dans le laboratoire du chimiste Edmond Frémy puis simultanément durant 3 ans dans celui de Charles-Adolphe Wurtz ; elle y prépare sa thèse « De la mamelle et de l’allaitement » qu’elle soutient le 3 juin 1875 et pour laquelle elle obtient la mention « extrêmement bien ». Elle est la première femme française docteur en médecine de la faculté de Paris.

madeleine bres;these;femmemedecin;

wikipedia.org

Une brèche ouverte

Première française à obtenir un doctorat de médecine , Madeleine Brès ouvre une brèche dans le système universitaire et médical français.

A la rentrée de 1884, une centaine de femmes entre à la faculté de médecine de Paris. Toutefois à la rentrée scolaire de 1887 sur les 114 femmes inscrites, seules 12 sont Françaises, 70 sont Polonaises, 8 Anglaises, et il y en a une venant d’Amérique du Nord, une venant d’Autriche, une venant de Grèce et une venant de Turquie.

À l’heure actuelle, 44% de la profession médicale (et 76% des professionnels de santé au sens large) sont constitués de femmes.

Elles sont majoritaires en gynécologie et pédiatrie, représentent plus de la moitié des médecins en génétique, endocrinologie, hématologie, gériatrie et dermatologie, mais restent minoritaires dans les spécialités chirurgicales.

Une carrière au service des femmes

Des publications

Outre sa thèse , remarquée en France et à l’international, elle publie plusieurs ouvrages sur l’allaitement et la puériculture ; elle fait évoluer les consignes d’hygiène pour les jeunes enfants et leurs mères.

En 1883 , Madeleine Brès dirige une revue médicale sur ce sujet « L’hygiène de la femme et de l’enfant ».

Spécialiste de le femme et de l’enfant

Madeleine Brès consacre toute sa carrière professionnelle aux femmes et à leurs enfants. Elle ouvre un cabinet spécialisé dans la gynécologie et la pédiatrie à Paris, où elle accueille pendant près de 40 ans de jeunes mères, ouvrières ou précaires, à qui il faut apprendre les soins pour les nourrissons, l’hygiène des jeunes enfants.madeleine bres;medecin;

wikipedia.org

En 1885, avec le concours de quelques femmes, et en investissant ses propres deniers, elle crée la première crèche dans le quarter des Batignolles, où les enfants sont accueillis et reçoivent des soins, gratuitement, jusqu’à l’âge de 3 ans.

Elle participe à de nombreuses conférences et formations dans les écoles, les crèches et les garderies de la capitale, missionnée par le préfet de la Seine.

L’Association Philotechnique la charge d’un cours d’hygiène. La ville de Paris lui confie le soin de dispenser, aux directrices des écoles maternelles, des conférences sur l’Hygiène de la première enfance. En 1891, le Ministre de l’Intérieur lui donne mission d’aller étudier, en Suisse, l’organisation et le fonctionnement des crèches.

Reconnaissance et oubli

Des hommages

Plusieurs fois médaillés par la faculté de médecine de Paris , Madeleine Brès est décorée Officier d’Académie en 1875 et Officier de l’Instruction Publique en 1885.

Son nom est donné à la promotion 2017-2018 de la faculté de pharmacie et de médecine de Besançon.

Des bâtiments et des rues

Un pavillon de l’hôpital Avicenne de Bobigny, un autre du centre hospitalier d’ Argenteuil, un étage du service de pneumologie de l’hôpital Tenon de Paris, un bâtiment du centre hospitalier du Mans…portent son nom.

De même des rues de différentes villes (Paris, Besançon, Lille, Limoux, Nantes, Poitiers, Romans…) , des crèches ou des écoles à Montpellier, à Perpignan, à Bouillargues, sa ville natale, ont reçu le nom de Madeleine Brès.

madeleine bres;rue;medecin;limoux;CC BY-SA 4.0 Limoux

Et pourtant une triste fin

Usée financièrement et humainement pour les causes qu’elle défend, devenue quasiment aveugle, Madeleine Brès, dans une profonde misère sollicite l’Assitance publique de Paris. N’obtenant en retour que la proposition d’un lit dans un dortoir commun, c’est une association caritative qui lui verse une petite rente jusqu’à sa mort le 30 novembre 1921, à l’âge de 79 ans.

Si cet article vous a intéressé, donnez vos commentaires, vos suggestions. Partagez et faites connaître ce blog autour de vous.

Inscrivez vous : vous serez automatiquement informé(e) de toutes parutions sur ce blog et serez abonné à mes billets hebdomadaires.

 

JE M’INSCRIS

https://fr.wikipedia.org/

https://www.sciencesetavenir.fr/

https://www.pariszigzag.fr/

https://www.medarus.org/

http://8mars.info/madeleine-bres

https://www.linternaute.fr/

https://gallica.bnf.fr/b

https://affm-asso.fr/le-voyage-ulyssien-de-madeleine-gebelin/

Précédent

Montauban, ville d’art et d’histoire

Suivant

Mai, joli mois de mai

  1. Vaillé

    article génial!
    dommage qu’il comporte quelques fautes d’orthographe!

    • Merci pour votre appréciation sur le fond.:-)
      La perfection n’est hélas pas de ce monde! Désolée s’il reste quelques fautes d’orthographe malgré plusieurs relectures:-(
      Pas toujours facile de les voir lorsqu’on a « le nez dedans »…

  2. Je suis abonnée à votre lettre que j’apprécie.
    Par ailleurs étant présidente de l’association Fermat Science qui promeut les mathématiques et plus largement les sciences en Occitanie, je participe à la création d’une route touristique mettant en valeur le génie occitan (essentiellement mathématique, scientifique et technique) sur les 13 départements (en préparation pour 2022).
    A ce titre Madeleine Bres m’intéresse particulièrement.
    Pourrait-on éventuellement d=faire état de votre article dans nos canaux de diffusion et pourrait-on avoir grâce à vous de plus amples informations ? Par exemple, dans sa ville natale de Bouillargues existe-t-il un endroit où l’on pourrait envoyer éventuellement des touristes dans le cadre de notre route ? Une maison natale ? un buste ou un tableau qui lui sont dédiés ? ou autre ? )
    D’autre part, nous restons ouvert à toutes suggestions de votre part dans le cadre de notre projet
    Merci d’avance.
    Claire Adélaïde Montiel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

HTML Snippets Powered By : XYZScripts.com