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Les peignes en corne de l’Ariège

Les peignes en corne de l’Ariège

Le travail de la corne se pratique dans trois régions en France : en Franche-Comté, à Oyonnax en Auvergne- Rhône-Alpes et dans les Pays d’Olmes en Ariège, dans notre région Occitanie-Pyrénées Méditerranée.

Dans cet article découvrons

  • la corne
  • le travail de la cor18
  • le travail de la corne et la fabrication des peignes en Pays d’Olmes

La corne

Le matériau

La corne est un matériau provenant des cornes, des ongles, des sabots de mammifères essentiellement des bovidés (vaches, zébus, buffles..).

La corne est une matière naturelle riche en kératine, protéine fibreuse dont le nom vient du grec kéra (corne).

PxHere

On appelle corne une extrémité protubérante chez certains animaux ; elle peut être composée d’une base osseuse recouverte de kératine (chez les caprins, les bovins…) ou de kératine seule (chez le rhinocéros).

Ses usages

La corne sert à la fabrication de divers objets : montures de lunettes, embouts d’instruments de musique, pommeaux de parapluie, tuyaux de pipes…

Elle est utilisée en marqueterie et en joaillerie.

Supplantée par la matière plastique, plus facile à travailler, elle est de plus en plus réservée à l’artisanat et à la fabrication d’objets de luxe.

Les parties de corne non utilisées dans la fabrication d’objets ou les chutes de cette production peuvent être broyées et transformées en engrais : la « cornaille » ; ce fertilisant naturel, riche en azote est très apprécié des viticulteurs.

Sa production

Elle fait face à deux problématiques : l’approvisionnement et la dimension. Les cornes de vaches européennes sont de petites tailles ; les cornes provenant d’Afrique, d’Inde ou de Madagascar, beaucoup plus grandes, sont plus faciles à travailler.

Cependant 200 tonnes de cornes de vaches sont disponibles en France, tous les ans, suite à l’écornage (pratique qui consiste à couper les cornes des vaches pour la sécurité du troupeau) ; de plus, 75% de la corne importée est inutilisée (rebuts de la partie creuse de la corne, périssabilité du matériau).

Dans le cadre d’un souci environnemental et économique, des sociétés réfléchissent pour proposer des solutions aux problématiques du marché et à la valorisation de la corne de vache française.

Le travail de la corne

La préparation de la corne

Pour pouvoir la travailler , la corne doit subir diverses transformations qui vont l’assouplir, permettre de la transformer, de la découper, de la graver selon les besoins.

Le triage et le sciage

La corne est découpée en trois tronçons: la « pointe », partie pleine utilisée en tabletterie (fabrication d’objets), la « gorge » située à la base de la corne qui permet de faire des anneaux ou qui est broyée pour faire de l’engrais et le « biscage » partie centrale .

Wikimedia Commons

Le biscayage

Le « biscage » est chauffé au feu à gaz ou à la presse selon les artisans.

Il est ensuite aplati à chaud avec une grosse pince afin de casser les fibres et éviter que la corne reprenne sa forme initiale sous l’effet de la chaleur.

A 175°, la kératine se ramollit et la corne peut être travaillée, ouverte à l’aide d’un tranchet, puis à nouveau aplatie à la pince jusqu’à l’obtention d’une plaque.

Le métier de « biscayeur » est important. Il est reconnu pour ses qualités de force, d’adresse et de précision dans le déroulage de la corne ; un « biscayeur » peut ouvrir 400 cornes par jour…

L’aplatissage

Le  biscage est mis à chauffer dans une presse pour couper le nerf de la corne. 

La corne est travaillée à l’endroit, sur son côté le plus sombre, tandis que le côté extérieur est écrasé et aplani afin d’éviter que les plaques ne se recourbent.

Le marquage

Les ébauches de l’objet à fabriquer sont marquées, à l’aide de gabarits, avec un poinçon d’acier (le « régadou ») ou un stylet, de manière à les juxtaposer au mieux afin d’utiliser la corne au maximum selon son épaisseur et sa taille.

Le rognage

A l’aide d’une scie circulaire ou d’une fraise-scie, la plaque est découpée en fonction des modèles précédemment dessinés.

Le façonnage

La pièce est amincie et biseauté sur chaque face et les aspérités éliminées.

Le carrage

Le carrage permet de raboter les contours de la pièce afin de les arrondir.

La denture, le planetage et le perlage pour la fabrication de peigne

Autrefois taillées à la main une à une, les dents de peigne sont aujourd’hui découpées par des machines à denter: les stadeuses ou estadeuses ; c’est la denture.

Le planetage à la meule va ensuite permettre d’enlever aspérités, ébarbures et d’affiner la pièce sur toutes ses faces

Le bout des dents du peigne est effilé à l’aide d’une meule : le perlage

Le ponçage et le polissage

La pièce est plongée dans un bain de boue contenant un abrasif, puis passée sur une meule de coton pour gommer les défauts, avant d’être lavée et séchée.

La finition est apportée par le polissage avec une brosse en feutre ou de la peau de chamois.

La fabrication de peignes et le travail de la corne en Pays d’Olmes

La fabrication de peignes

Les peignes existent depuis plus de 8 000 ans ; en ivoire, en corne, en écailles de tortue, en bois, en métal, et aujourd’hui en matière plastique ; ce sont des accessoires d’hygiène et de décoration.

En France et dans la région, à l’origine, les peignes sont fabriqués en bois, surtout de buis mais également de hêtre, d’alisier, de sorbier ou d’aubépine dont le massif pyrénéen ne manque pas.

Les peignes en corne

L’introduction du travail de la corne pour la fabrication de peignes en Pays d’Olmes donnent lieu à plusieurs hypothèses, plus où moins historiquement confirmées.

L’une voudrait que ce soit les Sarrasins, utilisateurs de l’os pour fabriquer des peignes, qui aient introduit la technique pour l’utilisation de la corne.

Une autre affirme qu’au XVIIème siècle, des protestants suisses, réfugiés dans la région, auraient importé les techniques du travail de la corne.

Du bois à la corne

C’est à partir des années 1850-1860 que la fabrication des peignes a changé de matière première : buis et alisiers sont très utilisés pour le charbonnage et employés dans les forges locales. La mode et le côté plus luxueux de la corne donnent plus de valeur aux peignes en corne.

La corne est importée ; la corne locale est trop souvent abîmée par l’usage du joug car les bovins sont utilisés plus pour le travail que pour l’élevage ; de plus les cornes locales sont plus courtes que celles d’Amérique, d’Afrique ou d’Australie suffisamment longues pour découper de grands peignes et donc plus rentables.

Les qualités du peigne en corne

Surnommé « la Rolls Royce » des peignes, il était celui de Madame ou Monsieur tout le monde avant l’arrivée du plastique.

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CC BY-SA 3.0

La corne est de même matière que les cheveux : riche en kératine ; de ce fait le peigne en corne est le seul à coiffer les cheveux de manière totalement neutre, sans les agresser.

Il ne crée pas d’électricité statique; il glisse ; doux et non allergisant, il est conseillé par les dermatologues aux personnes qui présentent des maladies du cuir chevelu; il referme la cuticule du cheveu, le rendant plus brillant et mieux protégé des agressions extérieures.

Des hauts et des bas

D’abord artisanale et complément de revenu de l’agriculture, la fabrication de peignes en Ariège s’est industrialisée au début du XIXème siècle avec l’abandon du bois comme matière première au profit de la corne.

En 1830, la production annuelle de peignes en corne est d’environ trois millions ; un siècle plus tard elle est multipliée par dix!

Cette industrie est florissante jusqu’à la moitié du XXème siècle : une cinquantaine d’usines, dans la vallée de l’Hers et en Pays d’Olmes emploient 1500 ouvriers ; jusqu’à la Première Guerre Mondiale, ce sont des entreprises familiales, ensuite des ouvriers s’associent et fondent des coopératives.

La corne vient d’Argentine, d’Afrique du Sud, du Liban, de Turquie… Pendant la Première Guerre Mondiale, les bateaux n’arrivent plus et la production se ralentit.

Elle reprend jusqu’aux années 1960 mais s’effondre avec l’introduction massives des matières plastiques et l’arrivée sur le marché de peignes en corne à bas coût des productions asiatiques ; ces dernières représentent encore aujourd’hui 90% des peignes en corne vendus en France.

Un espoir

Aujourd’hui , seuls quelques artisans perpétuent le savoir-faire dans la région .

Toutefois un espoir de reprise se fait jour dans ce domaine ; que ce soit pour la fabrication de peignes ou d’autres objets en corne comme l’art de la table, les manches de couteaux ou les bijoux, le savoir-faire peut retrouver vie.

Les dernières directives européennes relatives à la réduction de l’impact du plastique sur l’environnement, l’élan national sur la relocalisation industrielle, la vague « bio » qui donnent un regain au peigne en corne, sont autant d’atouts en faveur d’un renouveau de cette activité, saisi par deux ou trois entreprises dans la région.

Si vous passez dans la région, n’hésitez pas à visiter le Musée du textile et du peigne en corne de Lavelanet qui vous en dira plus encore que cet article sur le sujet.

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  1. JOURET

    Bonjour je suis le petit fils de Alfred JOURET donc mon grand père qui avait l’usine de peignes à IVRY SUR LHERS , j’ai travaillé à l’âge de 14 ans pendant 2 été en 1982 .
    Si vous souhaitez des informations sur la fabrication je suis un peut novice mais sur le reste j’ai des souvenirs
    Gilles jouret

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