Les noms de lieux de notre région-1

En Occitanie-Pyrénées Méditerranée, comme ailleurs sans doute, les localités présentent souvent des appellations qui trouvent leurs origines dans le langage des civilisations qui ont occupé les lieux.

Dans cet article examinons  :

  • les civilisations qui ont occupé notre région

  • les toponymes laissés par les civilisations antérieures à notre ère

Les toponymes formés pendant l’ère nouvelle font l’objet du prochain article de la catégorie langage.

Les civilisations qui ont occupé notre région

Avant notre ère

Vers -2300, la civilisation mégalithique a laissé traces de dolmens, menhirs, nombreux dans notre région : dans le Gard, menhir de Poumiès à Ortoux, de la Peyra Plantada à Congenies ; l’Aveyron et le Tarn sont les départements qui comptent le plus de dolmens.

vase campaniforme;

CC BY-SA 2.5

De -2000 à -1200, les groupes de poteries campaniformes (en forme de cloche) retrouvées sur le pourtour méditerranéen témoignent de la présence de civilisations indo-européennes ; les grottes sont des lieux de sépultures et d’habitations ; ces langues indo-européennes vont laisser leur empreinte dans la qualification de noms de lieux :reliefs, hydrographie…

De -1200 à -700, les premiers Celtes, venus d’Europe Centrale occupent le pays d’Oc et créent des oppidas ; une nouvelle vague d’invasions celtiques les rejoint de -700 à -500 .

Vers -600 des colonies grecques s’implantent sur le pourtour méditerranéen, et créent des comptoirs (Agde, Béziers) sans chercher à s’implanter dans l’arrière-pays..

Entre -400 et notre ère, une seconde vague d’invasions d’origines celtique et ibérique amène les Volques dans la région: les Tectosages à Toulouse et les Arécomiques à Nîmes.

Cent ans plus tard les Romains arrivent en Languedoc. L’occupation romaine durera cinq siècles.

Depuis notre ère

La longue occupation romaine entraîne la latinisation profonde de la région. Les peuples autochtones (celtes que les romains appellent gaulois) se fondent pour donner les gallo-romains. Pendant la longue période de la Pax Romana, l’Occitanie s’installe.

Des villae (villa rustica, villa urbana, villa maritima selon leur rôle et leur emplacement) voient le jour ; ce sont de grands domaines fonciers constitués de bâtiments résidentiels et secondaires. Beaucoup de toponymes (noms de lieux) actuels doivent leurs noms aux propriétaires de cette époque.

Au Vème siècle , l’Empire Romain, affaibli, ne peut s’opposer aux invasions barbares : Huns, Vandales, Suèves, Alains traversent le Rhin et vont jusqu’en Afrique du Nord.

Après avoir mis à sac Rome en 410, les Wisigoths d’Alaric envahissent la région et font de Toulouse leur capitale. Leur immense royaume dessine ce qui sera l’Occitanie historique. Ils conservent la langue, les institutions, la vie urbaine et l’essentiel du droit romain qui constitue les bases du droit occitan jusqu’à la Révolution. Les suffixes germaniques plus ou moins latinisés s’installent dans la toponymie.

empire wisigoths;

Par Balougador — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

En 507, les Wisigoths sont battus par les Francs de Clovis. Le royaume franc s’étend jusqu’aux Pyrénées, à l’exception de la Septimanie (dites également La Narbonnaise) qui occupe le territoire des Pyrénées à la région d’Arles.

A partir de 711 les troupes arabo-berbères, qui ont déjà envahi la péninsule ibérique, prennent peu à peu possession de la Septimanie : Narbonne en 719, Carcassonne et Nîmes en 725 ; Toulouse est menacée en 719, le Rouergue et le Quercy subissent des incursions ; Narbonne est reprise difficilement par Pépin le Bref en 759 après 7 ans de siège. Son fils Charlemagne reprend la Catalogne en 801, mais des incursions sarrasines se poursuivent périodiquement, sans succès, jusqu’au XIème siècle.

Après la dislocation de l’Empire carolingien, l’Occitanie, unie par une culture commune, qui se joue des frontières politiques en perpétuels mouvements, renforce sa civilisation originale et raffinée ; elle s’ouvre aux influences orientales, au monde économique méditerranéen ; l’art roman et la langue occitane s’y développent. Plusieurs familles puissantes se partagent les pouvoirs sur la région au fil des échanges, des unions…

Contrairement à la Francie qui applique le droit germanique, l’Occitanie pratique le droit romain : le servage n’existe pas, l’agriculteur est libre de négocier ses loyers avec le propriétaire, libre d’habiter en ville. Le droit féodal ne s’applique pas ; entre les groupes sociaux de la noblesse et du peuple, existent des groupes intermédiaires, artisans, commerçants, organisés en corporations qui détiennent un pouvoir citoyen.

Au début du XIIIème siècle les États de la région sont en paix, partagés pacifiquement entre les familles de Toulouse et de Trencavel, tantôt selon les états, sous la couronne d’Aragon ou sous le comté de Toulouse.

ancienne occitanie;

CC BY-SA 4.0

L’Occitanie moyenâgeuse s’appuie sur des notions clés : la joi(la joie de vivre), le paratge (respect de l’autre), la larguesa (ouverture d’esprit), le prétz ( noblesse du cœur), la convivencia (le vivre ensemble) et la fin’amors (amour parfait). Sur ce terreau va se développer ce que l’Église qualifiera d’hérésie : la pensée cathare, contre laquelle elle engagera la croisade des Albigeois. Cette lutte qui dure près de vingt ans, sert de prétexte au royaume de France pour annexer une partie des terres d’Occitanie.

Les toponymes qu’elles ont laissés

L’empreinte de l’histoire

Ces différentes époques, les civilisations qui ont traversé l’Occitanie « historique », ont laissé des traces dans la culture, les coutumes, les appellations qui subsistent aujourd’hui dans notre nouvelle Occitanie-Pyrénées Méditerranée.

occitanie pyrenees mediterranee;

CCC BY-SA 4.0

La langue occitane s’est imprégnée de cette histoire. Elle a connu son âge d’or entre les XIème et XIIIème siècles grâce aux troubadours et à sa riche littérature. Elle est utilisée très tôt comme langue administrative et juridique ; dès le XIIIème siècle elle est une langue scientifique (traités de médecine, de chirurgie, d’arithmétique) et langue d’usage dans les échanges commerciaux internationaux. Comme beaucoup de langues, elle est composée d’un ensemble de dialectes.

Les toponymes de notre région Occitanie-Pyrénées Méditerranée portent la traces de ces différentes racines.

Les racines pré-celtiques

Elles ont laissé leurs traces par des qualifications descriptives du relief et de l’hydrographie.

Les cours d’eau trouvent leur appellation pendant cette période avec les racines sor ou ser, as,dour ou dur, ar, ona ; ainsi retrouvons nous, par exemple, la Sorgue, le Cerou, le Cernon en Aveyron, l’Assou et le Dourdou dans le Tarn et l’Aveyron.

Les pierres, les rochers , les cailloux à partir des racines ker, kar,gar, quer,quier (Quéribus), clap (tas de cailloux), calm (hauteur plate), apparaissent dans la Garonne (gar-pierre et ona=eau soit « rivière caillouteuse »), dans l’expression occitane clapas (tas de cailloux, surnom de Montpellier).

Les grottes (cauma, nom qui reste dans l’occitan) donnent de nombreuses appellations : La Caumette, La Caunette dans l’Hérault, Lacaune dans le Tarn…

Le passage grec

Le passage des Grecs et la création de leurs comptoirs vers -600 laissent son nom à Agde : Agathé Tyche à l’origine ( la bonne ville), qui évolue en Agatha et que les Occitans nommeront Agde au XIIème siècle ;les habitants restent des agathois.

Leucade (du grec leukos= blancheur) rappelle aux grecs qui s’installent sur les lieux, l’ile grecque de ce nom ; les occitans le transforment en Leucate

Les racines celtes

C’est le début de l’établissement de villes ou villages autour de lieux qui leur donnent un nom.

Nemausus (qui devient plus tard Nîmes) doit son nom au dieu à qui est dédiée la source près de laquelle s’installe la cité.

La désignation géographique ou topographique du lieu reste à l’origine de son nom  comme Lattes (Hérault) qui s’établit sur un lieu marécageux (latis=marécage, marais).

Les cours d’eau vont susciter de nombreux toponymes tels que :

– Cambon ou Cambors dans l’Hérault ou le Tarn, La Combe, Bonne combe en Lozère, (courbe, méandres),

  • ruisseau de Cantesoubre ( chante clair) dans le Tarn,

  • la racine vobero (ruisseau caché, ravin) se retrouve dans Vabres (Aveyron, Gard, Tarn), Lavaur (Tarn), Vaureilles (Aveyron)..

  • ambi=autour et ledo=reflux qui désigne le méandre qui « tourne autour » donnent Ambialet dans le Tarn, à l’origine Ambiledo, puis Ambiletum.

Leurs descriptifs topographiques donnent les noms aux lieux :

    • bar (sommet) donne Barre (Tarn, Lozère), Barrès (Tarn-et-Garonne)…

    • nanto (vallée), se retrouve dans Nant (Aveyron),

    • ux, uxello, ixello (hauteur, lieu élevé) apparaît dans Ussel (Lot), Issel (Aude), Chalabre (Aude) autrefois Eissalabra ( de Uxelo Briga = forteresse de la hauteur),

    • briga ( forteresse- cf ci-dessus) avec le préfixe seto (mont allongé) décrit le Sidobre (seto=mont allongé et briga=forteresse),

    • la racine duno, durno (fortin), est à l’origine de Dourgne (Tarn), Laudun (Gard), Saverdun (Ariège).

La racine magos (champs, marchés) se retrouve dans Bram (Aude) autrefois Eburomagus (le marché du sanglier), Cranton près de Villefranche de Rouergue, anciennement Carantomagus (le marché de Carantius), Condatemagus, ancien nom de Millau (le marché du confluent) ; de même Condom , Condomagus(marché de condomus), Sostomagus (ancien nom de Castelnaudary), Le Vigan (Vindomagus) …

Le suffixe -oialo (espace découvert, clairière) se retrouve dans Marvejols (Lozère), Lanuejols (Gard), Bessuéjouls (Aveyron), Trégouls (Tarn-et-Garonne)…

…et ensuite

Des noms communs d’origine celtique ont donné des mots occitans qui, eux-mêmes, ont qualifiés plus tard des lieux.

Cinq siècles de romanisation, les invasions barbares, la langue occitane sont autant d’influences qui vont être les éléments constitutifs des noms de nos lieux, villages et villes qui s’établiront par la suite.

Comme précisé précédemment, ils feront l’objet d’un prochain article .

J’espère que cet article vous a plu.

Inscrivez-vous : vous serez automatiquement informé(e) de toutes parutions sur ce blog et serez abonné à mes billets hebdomadaires.

JE M’INSCRIS

 

https://fr.wikipedia.org/

https://www.archivesenligne65.fr/

http://pedagogie.ac-toulouse.fr/

https://fr.calameo.com/

https://www.persee.fr/

http://www.vallouimages.com/