Les noms de lieux de notre région-2

Dans l’article précédent de la catégorie langage, nous avons évoqué les civilisations qui ont occupé notre région avant notre ère et les traces toponymiques qu’elles y ont laissées.

Dans celui -ci intéressons nous aux

– toponymes de l’époque romaine et de notre ère

– toponymes occitans

Toponymes de l’époque romaine et de notre ère

L’époque romaine

Cinq siècles d’occupation romaine de notre région ont laissé de nombreuses traces dans la toponymie régionale.

Il s’agit pour la plupart d’un nom de personne, de famille, suivi d’un suffixe celtique (-acum ) ou latin (- anum, -anicum).

Les noms en -acum

Le suffixe -acum, parfois devenu -ac, -at,-à ou -as, bien que d’origine celtique continuent à être utilisé, précédé du nom de propriétaire qu’il soit d’origine celte ou romaine :Florac (Lozère), Marcillac (Aveyron), Montignac (Hautes-Pyrénées), Gaillac, Senouilac,Vindrac (Tarn), Donzac (Tarn-et-Garonne), Flaujac, Figeac (Lot).

Les noms en -an,-aum, -anicum,-us, -ius

Avec la même formation, le noms de propriétaire suivis du suffixe -an, du suffixe latin -anum, on retrouve : Paulhan (Hérault) vient de Paulianum : domaine de Paulius, Mayran (Aveyron) :domaine de Matrius ou Marius, Pompignan (Hérault, Gard, Aveyron, Tarn, Tarn-et-Garonne) : domaine de Pompinius, Corneilhan (Hérault) :domaine de Cornelius, Lezignan (Aude, Hérault) :domaine de Licinius, Frontignan (Hérault)… Les toponymes en -an sont abondants dans l’ancienne Narbonnaise, du fait d’une romanisation plus ancienne ou plus forte.

olargues;occitanie;

Olargues

CC BY SA 4.0

Le suffixe -anicum signifie « petit domaine » et a évolué en suffixe -argues ou -ergues donnant Olargues, Vendargues, Baillargues, Sussargues Guzargues, Valergues (Hérault), Bouillargues (Gard), Coussergues (Aveyron)…

Les suffixes en -us accompagnent des surnoms et ceux en -ius des noms de famille.

Il n’est pas possible d’être exhaustif vu le nombre de toponymes de ce genre.

L’époque wisigothique

Cette époque a laissé des noms d’origine germanique que nous retrouvons encore dans notre région.

Les noms marqués par cette période se terminent par les suffixes germaniques -ing ou -os qui sont vite latinisés par les autochtones en -ens, -eins, -ein ou -ans.

Ainsi Rabastens (Tarn) est , à l’origine composé du nom wisigoth Ratgast suivi du suffixe d’appartenance -ing, qui évoluera en Rabastengcz, puis Rabastens.

Le roi wisigoth Alaric laissera son nom à la montagne d’Alaric, qui domine la vallée de l’Aude entre Carcassonne et Lézignan-Corbières.

montagne alaric;;aude;ocitanie;

Montagne d’Alaric

CC BY SA 4.0

Le suffixe -ein est resté dans l’Ariège et plus particulièrement dans le Couserans: Audressein, Aucazein, Augirein, Illartein, Salsein…

Les noms de lieux occitans

Du latin à l’occitan

Dans le domaine de la toponymie l’évolution est subtile… En effet, bien que, comme précisé dans le précédent article, la langue occitane ait pris place très tôt dans les actes écrits administratifs, scientifiques, dans la littérature, le latin a été longtemps prédominant.

De plus, dans la région, la langue parlée est constituée d’une multitude de dialectes imprégnés des différentes périodes précitées.

Les noms de lieux ont ainsi subi des évolutions tant dans leurs constructions que dans leurs prononciations ou dans leurs orthographes…

Les noms liés à un édifice

L’époque féodale, puis le christianisme ont entraîné le regroupement de populations autour de châteaux et de bâtiments religieux (monastères, églises).

Les châteaux, bâtiments en bois ou en pierre sont construits sur un monticule de terre, naturel ou artificiel, qui a donné les appellations contenant « motte » (mota en occitan).

Un castra ou un castellum désigne un lieu fortifié ; de chastel ou cast (château en occitan) il donne les noms Castelnaudary (Aude), Castelnau-le-Lez (Hérault), Castres (Tarn), Castries (Hérault) ; la forme castellare devient Le Cailar (Gard), Le Caylar (Hérault) ou Castillon (de castelhon = petit château en occitan) …

Le suffixe caire (rocher, pierre) se retrouve dans Beaucaire (Gard) ou Belcaire (Aude), miranda (tour de guêt, belvédère) dans Mirande (Gers), Mirandol (Tarn) , roca (roc) dans Laroque (Hérault), Laroque d’Olmes (Ariège), Roquefort ( Ariège, Aveyron, Gard, Haute-Garonne), les noms avec tour comme Tournemire (Aveyron), Lastours (Ariège), Tournefeuille (Haute-Garonne), Tournissan (Aude)…

Les mots occitans cases ou cazes, cazaux (=maisons), les mot borda, bordèl, bordèlh, bordelhot, bordet, bordic, bordil, bordela, bordèlha, bordeta qui désignent une ferme ou une maison isolée se sont déclinés en Bordes (Hautes-Pyrénées), Les Bordes (Ariège), Bourdieu (Gard)…

Les habitations se construisent également autour de lieux religieux comme des églises ; l’occitan gleisola (petite église) se retrouve dans Laguiole (Aveyron), les chapelles (capella en occitan) sont à la base de La Capelle (Lozère), La Capelle-Bonance (Aveyron), La Capelle-Marival (Lot), les monastères inspirent Le Monastier (Lozère) ; de nombreux villages vont prendre le nom du Saint lié à l’église du village…

le monastier;lozere;occitanie;

Le Monastier

CC BY SA 4.0

Un grand nombre de noms dérivés de mots occitans

De nombreux mots occitans se retrouvent dans des noms de lieux, qu’ils soient dérivés :

  • de topographie : tuc (butte), port (appellation pyrénéenne d’un col), puech (montagne), costa (montée), pena (penne, élevation de terrain), mont …

  • de l’hydrographie : riù (ruisseau), aïga (eau),aiguieras (égouts), robina (canal), font (fontaine, source), dardalhon (petit ruisseau),gua (gué), grau (chenal, embouchure), estang (étang), palud (marécage), gourc (trou d’eau) …

  • de plantes: avelanier(noisetier) pour Lavelanet ( Ariège), castanher (châtaigner) pour les nombreux Castanet, albar (saule blanc) pour Albaret (Lozère)…

  • de la faune : auriol (loriot) pour Montauriol (Pyrénées-Orientales), cabra ( chèvre) pour les nombreux Cabrières, Cabières, Cabrerolles…,vaca (vache) pour les Vacquières, Vacquerie, formiga (fourmi) pour Formiguières (Pyrénées-Orientales)…

    …et bien d’autres mots occitans qui ont donné les appellations actuelles.

L’étymologie des chefs-lieux occitans

Il est impossible d’être exhaustif tant pour les mots que pour les noms dérivés…aussi nous nous limitons à l’étymologie des chefs-lieux des treize départements d’Occitanie-Pyrénées Méditerranée.

Foix (Ariège)

Deux théories principales s’opposent. La première est basée sur les Flussates, peuple aquitain cité par César, qui aurait donné Fuxenses et Fuxum. La seconde se réfère à l’occitan foueich ou fouich (=fourche en regard de la confluence de l’Arget et de l’Ariège).

Carcassonne (Aude)

L’occitan adopte sa forme latine Carcasum. Une légende plus récente raconte que Dame Carcas, épouse du prince Balaak, tué au combat, ayant organisé la défense et sauvé la cité serait à l’origine de son nom….

carcassonne;aude;occitanie;

Carcassonne

CC BY SA 3.0

Rodez (Aveyron)

La cité d’origine est un oppidum établi sur un piton rocheux par les Ruthènes ; nommée Segodonum ( de sego=fort et dunum=colline) sous l’occupation romaine, elle devient Civitas Rutenorum (ville des Ruthènes) sous l’empire romain, puis Ruten ; appelée en occitan Roudès, son nom finit par s’orthographier Rodez pour en conserver la prononciation.

Nimes (Gard)

C’est au VIème siècle avant Jésus-Christ, que les premières tribus celtes, les Volques Arécomiques, s’installent près d’une source, au pied du Mont Cavalier, centre de la ville actuelle.

Très rapidement ils vont diviniser cette source et établir un sanctuaire dédié au dieu Némausus, fils du divin Hercule et de la celte Pyrène, qui donnera le nom à la cité Némausus puis Nîmes.

Toulouse (Haute-Garonne)

La première mention de Tolosa Tectosagum, capitale des Tectosages, peuples d’origine celtique, apparaît dans des textes du milieu du IIIème siècle avant J.-C. 

Auch (Gers)

La tribu des Ausques aurait donné le nom Ausci à la ville que les Romains avaient appelée Elimberri (de eli=ville et berri= neuve).

Montpellier (Hérault)

  • Mons Pessulus ( colline au verrou) viendrait de ce que les habitants de la ville, construite sur une ancienne garrigue, ont érigé une palissade munie d’un verrou pour empêcher les bergers de Sextantio (Castelnau-le-Lez ) de faire paître leur bêtes.

  • Montis Pestellarium ( mont des pastels ou des épices) aurait pour origine la position commerciale de la ville dans le domaine des épices.

  • Mons Puellarum ou Montis Puellarum (mont des jeunes filles) , explication flatteuse qui a la préférence de la commune, aurait deux origines au choix : soit le fait que deux sœurs de Saint Fulcran auraient été maîtresses et donatrices de la ville, soit la réputation de la beauté de ses jeunes filles car la tradition veut que «  Montpellier ait les plus jolies femmes du royaume de France. Ouvrières et cadres confondues, ce sont elles qui possèdent les meilleurs ports de tête »…

  • Mons Petrosum (colline de pierres) rejoint le surnom occitan que lui donnent encore de nos jours les locaux : lou clapas qui signifie en occitan le tas de pierres.

Mende (Lozère)

Mende doit son nom à la montagne proche, le mont Mimate.

mende;lozere;occitanie

Mende

CC BY-SA 3

Cahors (Lot)

Le nom se rapporte au peuple celte qui l’occupait : les Cadurques.

Cahors

Flickr.com

Tarbes (Hautes-Pyrénées)

Nommée Civitas Turba au Vème siècle, puis Turba , du nom de la tourbe, elle prend ensuite la forme Tarbes.

Une légende veut qu’une reine d’Ethiopie , Tarbis, ayant vu son amour refusé par Moïse, désespérée, décide de venir se cacher en Bigorre et fonde la ville de Tarbes, sur les bords de l’Adour, alors que sa sœur fondait Lourdes sur les bords du Gave…

Perpignan (Pyrénes-Orientales)

Au IXème siècle la ville a pour nom Perpinianum ou villa Perpiniani ;le nom de famille romain Perpena étant courant, il est probable que la ville a été établi sur l’ancienne propriété d’un certain Perpenius. Une légende populaire, très fantaisiste, l’attribue à un certain laboureur catalan Pere Pinya qui serait descendu de la montagne pour fonder la ville…

Albi (Tarn)

Une version rapporte son nom à la racine indo-européeenne alp qui désigne un lieu escarpé. Une autre la rapproche d’un notable gallo-romain du nom d’Albius ; une autre encore rapproche le nom alba =blanc, de la couleur des falaises qui entourent la ville.

Montauban (Tarn-et-Garonne)

Si la première partie de son nom ne suscite aucune contradiction (Mont) , il n’en est pas de même de la seconde (auban).

Selon une première interprétation, auban vient du latin « albus » ou de l’occitan « alban » qui signifie blanc ; la ville d’origine est construite sur une petite colline plantée de nombreux saules (albars en occitan) ; le dessous blanc de leurs feuilles animées par le vent, donnant un effet de couleur blanche à l’ensemble , serait à l’origine de ce nom..Un saule figure d’ailleurs sur les armes de la ville.

Une seconde explication attribue cette deuxième partie du nom à l’opposition à l’abbaye de Montauriol (Mont-doré) qui était l’ancienne ville.

J’espère que cet article vous a plu.

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