Les châteaux pinardiers

Les châteaux pinardiers sont une spécificité du Languedoc et plus particulièrement de la région de Béziers (Hérault).

Dans cet article découvrons ces châteaux

  • le contexte

  • leur construction

  • leur devenir

Le contexte

La vigne en Languedoc

Si la culture de la vigne et la production de vin en Languedoc existent depuis des millénaires, elle devient peu à peu une production de coteaux pour laisser les terres de plaine à la culture des céréales.

Au début du XVIème siècle la culture de la vigne en Languedoc devient plus rentable que celle des céréales ; les coteaux et les terrasses ne suffisent plus ; les grands domaines appartenant à la noblesse s’oriente vers la culture intensive de la vigne.

La construction du canal du Midi au XVIIème siècle permet de dynamiser l’économie locale et plus particulièrement celle du secteur viticole.

L’expansion de la viticulture en Languedoc

La vente des biens nationaux après la Révolution et sous l’Empire permet à de riches bourgeois urbains de devenir des propriétaires terriens.

La culture de la vigne devenue très rentable, ces domaines lui consacrent une place essentielle.

L’arrivée du chemin de fer dans la région en 1853 élargit les débouchées vers le nord et l’est de la France, et vers les grandes villes (Paris, Lyon, Saint Étienne), régions industrielles où une forte population ouvrière consomme du vin.

Le choix d’une production de masse est fait dans le Languedoc avec le cépage aramon.

Le phylloxéra en 1863 décime le vignoble français ; lorsqu’il atteint la région de Béziers (Hérault) en 1878, la solution est déjà trouvée et les vignerons du Bas-Languedoc ont replanté les plants américains et multiplié leur rendement; il représente alors 40% de la production française de vin avec plus de 4 millions d’hectolitres. De plus le vin devenu rare, son prix passe de 10 francs l’hectolitre en 1875 à 41 francs en 1880.

L’âge d’or

Le vin prend les couleurs de l’or et les propriétaires terriens de la région voient leurs richesses s’amplifier rapidement.

Béziers est la ville la plus riche du Bas-Languedoc.

C’est en hectolitres de vin que l’on évalue sous le Second Empire les jeunes filles à marier des pinardiers ( producteurs de pinard) de Béziers !

Ces riches propriétaires terriens ont besoin de demeures à la hauteur de leurs fortunes ; ils font alors l’acquisition ou construisent des hôtels particuliers, de riches maisons et un grand nombre de châteaux dans la région biterroise auxquels on attribuera le qualificatifs de « pinardiers ».

CC BY-SA 4.0

Quelques 200 châteaux sur une cinquantaine de communes des environs de Béziers verront le jour.

Pour certains, il s’agit d’une construction, pour d’autres d’une reprise de bâtiments existants.

Leur construction

Une architecture éclectique

Leur architecture emprunte à tous les styles ; elle s’adapte aux goûts des propriétaires et aux exigences de l’époque.

Par exemple :

les châteaux de La Devine et Libouriac (Béziers), Saint Pierre-de-Serjac (Puissalicon), La Bastide Neuve et Roueïre (Quarante) présentent des volumes dissymétriques, des tourelles en poivrière, des mâchicoulis, des échauguettes ou des créneaux qui rappellent le style néo-gothique. A noter particulièrement le château de Grézan, reconstruit sur une ancienne commanderie templière par l’architecte Louis Garros qui, s’inspirant de Viollet-Le-Duc, en fera un « Petit Carcassonne ».

Château de Grézan

CC BY-SA 4.0

Saint Martin-de-Grave (Aumes), Le Contrôle (Béziers), Mus( Murviel-les-Béziers), Les Gardies (Vias), Sériège(Cruzy) se rapprochent du style néo-Renaissance des châteaux du bord de Loire.

Saint Martin-de-Grave (Aumes)

fagairolles34-CC BY SA 4-0

La Grange-des-Prés (Pézenas), La Jourdane (Vias), sont de style néo-Louis XIII dit « brique et pierre ».

Caillan (Bessan), Sagnes (Corneilhan), Belles-Eaux (Caux), La Canague Grande (Montady), Cantaussels-le-Haut (Servian) s’inspirent de l’architecture parisienne du règne de Louis XIV et de la première moitié du XVIIIème siècle.

Saint Pierre (Montblanc) et La Tour (Montady) mélangent des éléments de diverses époques caractéristiques du style Second Empire.

Des architectes

Ces châteaux sont l’œuvre d’architectes de renoms mais également de parfaits inconnus.

Le célèbre architecte bordelais Louis Garros (1833-1911), « l’architecte à la mode » est sollicité ; son fils Alexandre (1867-1953) qui lui succède à son cabinet bordelais, prend part également aux chantiers biterrois.

L’architecte Léopold Carlier, personnalité connue du monde de l’architecture montpelliéraine, a contribué à ces constructions.

D’autres architectes locaux ont œuvré à l’élaboration de ces bâtiments sans laisser de signatures.

La vie au château

L’intérieur de ces châteaux, par leur agencement et leur décoration correspond aux modes de vie bourgeois de l’époque.

Le château et ses dépendances viticoles sont au milieu des vignes du domaine ; ils sont souvent entourés d’un parc à l’anglaise. Ce parc est le reflet de la richesse du propriétaire car il a un coût : il ampute de sa surface le domaine viticole ; il exige un entretien important.

Les propriétaires font parfois appel à des architectes-paysagistes réputés pour leur réalisation comme les frères Denis et Eugène Bülher ou Georges Le Breton.

Le propriétaire et sa famille habitent la bâtisse principale ; le personnel (métayer, régisseur, salariés, ouvriers permanents ou saisonniers) occupent des dépendances.

Leur devenir

La fin des constructions

La réalisation de ces extravagantes demeures se poursuit au ralenti de la fin du XIXème siècle jusqu’à la Première Guerre Mondiale.

La production de masse qui a permis l’enrichissement des « pinardiers » se transforme en surproduction en 1900 qui entraîne la mévente, la baisse des prix puis la crise viticole de 1907.

Le marché diminue progressivement ; l’entretien des châteaux et des parcs coûtent chers.

La viticulture doit se restructurer, moins produire et revoir sa qualité.

Les châteaux pinardiers aujourd’hui

Un certain nombre de ces châteaux et leurs parcs sont repris par les communes comme ceux de La Devèze et de La Gayonne à Béziers (Hérault).

Depuis 1990, une prise de conscience du potentiel de ce patrimoine oublié a permis de prendre ces châteaux en considération ; depuis 2003 nombre d’entre eux sont recensés à l’inventaire général du patrimoine culturel.

Quelques uns font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques comme le Château de Grézan (Laurens) depuis 1993, Libouriac (Béziers) depuis 1995, La Tour (Montady) et Saint Bauzille (Béziers) depuis 2007 et La Grange des Prés (Pézenas) depuis 2015.

Pour pourvoir à leur entretien, un grand nombre d’entre eux se visitent ou sont reconvertis en restaurants, hôtels, chambres d’hôtes, d’autres sont d’importants domaines qui ont conquis leurs lettres de noblesse après la restructuration viticole.

J’espère que cet article vous a intéressé et que si vos pas vous mènent dans la région biterroise, vous ne manquerez pas de vous rendre dans leur d’entre eux

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  1. JE M’INSCRIS

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/http://www.etudesheraultaises.fr/ Article : Un exemple d’éclectisme architectural en Bas-Languedoc : Les « Châteaux du Biterrois »