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Pas à pas…découvrez les coutumes…entrez dans les spécificités de cette région…pour la découvrir et l'aimer.

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Les cagots d’Occitanie

Les cagots d’Occitanie

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Cagots, capots, agotes, crestians, chrestias et d’autres appellations encore ont été données à ce peuple étrange et d’origine mal connue, voire inconnue.

Les cagots ont été proscrits, sujets de multiples tabous, pendant des siècles…

Dans notre région, beaucoup d’entre eux se sont réfugiés dans les vallées pyrénéennes.

Dans cet article je vous les présente à travers

– leur origine ?

– les raisons de la discrimination

– leurs conséquences

– ce qu’il en reste

Leur origine?

Des lieux propices

Les Pyrénées, avec leurs nombreuses vallées, défendues par d’étroits verrous, sont, dès l’origine, propices aux peuples pourchassés par des invasions massives.

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Des groupes humains ont ainsi pu s’y réfugier et s’y développer en toute quiétude, en toute indépendance .

Une origine liée aux Goths…

Les premiers siècles de notre ère, des Wisigoths venus des Balkans, prennent Rome en 410 et envahissent le Sud de la France avec pour capitale Toulouse. Le royaume wisigothique s’étend du Sud de l’Espagne à la Loire mais il reste fragile et isolé malgré une politique d’alliance avec les grandes familles locales. Converti au IVe siècle au catholicisme dans sa variante arienne, il se distingue d’un Occident massivement catholique.

Au nord de la Loire, les Francs sont puissants et ambitieux ; ils s’emparent du territoire wisigothique, avec à leur tête Clovis qui a eu la bonne idée de se convertir au catholicisme, bénéficiant ainsi du soutien de l’Église catholique. Les Wisigoths sont repoussés au-delà des Pyrénées.

Certains se sont réfugiés dans les vallées pyrénéennes. Les cagots seraient leurs descendants d’où leur appellation qui serait une contraction de caangoth ou caasgothes =chien de goths…

…aux Maures ou aux Cathares ou….

Une autre version prétend qu’ils sont descendants des Maures qui occupaient le Sud-Ouest et que Charles Martel a chassé au VIIIe siècle…

Ou encore, qu’ils sont descendants des derniers survivants cathares, pourchassés par la couronne de France et le Saint Siège, ce qui expliquerait leurs noms de chrestias ou crestians et témoigneraient de leur situation de demi-chrétiens.

Autre version, ils seraient descendants de communautés de lépreux mises à l’isolement…

Dans tous les cas, il s’agirait de populations réfugiées dans ces régions après avoir été défaites par les armées catholiques ou isolées pour des raisons sanitaires.

Une explication plus farfelue en fait des descendants d’extra-terrestres…en raison de certaines spécificités, avérées ou supposées, de leur physique (absence de pavillon externe de l’oreille, main et pied palmés).

Les raisons de la discrimination

Une volonté d’indépendance ou un rejet

Il apparaît chez ces populations, dès l’origine, une volonté de rester à l’écart du monde.

Ces peuples, indépendants et autonomes, ont leurs cultures, leurs métiers, leurs particularités ; le rejet qu’ils subissent au Moyen Âge conforte leurs spécificités et renforce leur communautarisme.

Des raisons physiques réelles ou fantasmées

Les cagots sont décrits tantôt de petite taille, bruns et au teint olivâtre, tantôt grands aux yeux bleus avec une peau laiteuse et boursouflée ; ils sont réputés avoir des oreilles sans lobe, des pieds et des mains palmés, être parfois goitreux. Ce dernier point ne les distingue pourtant pas du reste de la population montagnarde qui souffrant d’un déficit en iode présente un goitre. On les dit même bisexués…

Ils sont réputés dégager une odeur puante et une chaleur corporelle exceptionnelle.

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pinterest.fr

Vraies ou fausses, exagérées ou réelles, dues à leur origine mal connue ou à une consanguinité fréquente liée à leur marginalisation, aucune de ces raisons n’est généralisée et catégoriquement avérée.

Descendants ou pas de lépreux, ils sont considérés comme tels. Certaines descriptions de leur aspect physique s’apparentent aux victimes de la lèpre.

Souvent assimilés à des lépreux, les cagots vivent comme des proscrits. Ils sont frappés d’interdictions et d’obligations, orales ou écrites, souvent dictées par la superstition.

Des tabous divers

Ils sont isolés dans des hameaux à l’écart, auprès d’un point d’eau qui leur est réservé. Considérés comme des lépreux héréditaires, ils subissent les conséquences de la peur que l’ignorance de la nature réelle de cette maladie suscite au sein des populations. Au XIIe siècle les théologiens considèrent la lèpre comme la figure biblique du péché, ajoutant la vision religieuse à l’ignorance médicale, au fantasme collectif.

Cette caractérisation des cagots comme « lépreux héréditaires » les enferme dans un processus discriminant ; généalogiquement transmise, cette situation maintient leur statut spécifique dans la société jusqu’à la Révolution.

Outre la peur provoquée par la lèpre, les cagots subissent également d’autres préjugés : ils sont considérés nuisibles et maléfiques, parfois sorciers, accablés de nombreux maux et vices ! N’étant pas à une contradiction près, la société de l’époque leur prête aussi des talents de guérisseurs et fait appel à eux pour sauver des cas désespérés où la médecine et les prières paraissent vaines.

Des règles de vie discriminatoires imposées

On naît cagot et on le reste jusqu’à la fin de sa vie !

Le cagot est baptisé, sans carillon et à la nuit tombée, la mention « cagot » est portée sur son acte de baptême ; il n’a pas de nom de famille, juste un prénom suivi de la mention « cagot » ou « crestian ».

A sa mort, il est enterré dans un cimetière réservé.

Un cagot ne peut épouser qu’une cagote. Pour éviter la consanguinité, il la recherche dans une communauté voisine.

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Les cagots doivent vivre à l’écart des personnes « saines , porter un signe de reconnaissance (une patte d’oie ou de canard, rappel de leurs mains et pieds palmés?!); il leur est défendu de marcher pieds nus dans les rues (comme la plupart des paysans de l’époque), d’exercer des métiers en rapport avec l’eau, la terre, le feu, les aliments, de porter une arme ou un objet tranchant.

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A l’église, ils entrent par une petite porte dérobée, se placent dans un renfoncement (à l’écart des autres paroissiens) dans un emplacement qui leur est réservé, ainsi que parfois un bénitier marqué d’une patte d’oie. A certains endroits les sacrements leur sont interdits ; ils ne peuvent pas être ordonnés prêtres ; ils sont exclus de la cité de Lourdes dans la journée.

Une sorte de gargouille ou de figure d’homme est sculptée sur leur maison.

Toutes fonctions publiques leur sont interdites.

Au tribunal, ils sont entendus comme témoins à défaut d’autres témoignages mais il faut de 4 à 7 témoignages de cagots pour valoir un témoin ordinaire.

Ses conséquences

Des métiers

Interdit de contact direct avec les autres habitants, la terre et les aliments, les Cagots vont trouver des métiers compatibles avec ces croyances. 
Un préjugé va devenir favorable:
le bois ne transmet pas la lèpre. On verra ainsi à l’église, le prêtre leur tendre de l’eau bénite ou l’hostie à l’aide d’un bout de bois.

Ils vont donc se consacrer à des professions compatibles avec leurs interdits, en lien avec le bois et la corde réputés ne pas transmettre la maladie ; ils sont charpentiers, bûcherons, sabotiers, cordeliers, menuisiers, tonneliers, maçons, vanniers, tisserands.

Ils sont également bourreaux ou fossoyeurs ce qui n’améliore pas leur image auprès de la population locale!

Leur connaissance de la nature et des plantes médicinales, les dons de guérisseurs qu’on leur prête sans doute pour ces raisons, les amènent à exercer des professions de chirurgien et de sage-femmes.

Leurs spécialisations en fait des experts dans leurs domaines.

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En particuliers, les charpentiers sont recherchés et réputés ; ils participent à la construction des charpentes de nombreuses églises (dans notre région Campan, Lectoure, etc…) et en particulier de celle de Notre-Dame de Paris, ainsi qu’à l’édification de bâtiments aujourd’hui classés.

Au retour de son pèlerinage à Compostelle un cagot charpentier pouvait s’inscrire comme Compagnon de Saint Jacques à la confrérie des charpentiers de son village. Certains pensent même que les Gavots, compagnons du Devoir de Liberté, sont descendants des cagots.

Bien que marginalisés et stigmatisés, ils ne vivent pas dans la misère. Les archives notariales montrent qu’ils ont un grand sens des affaires, un niveau de vie très évolué ainsi qu’une grande capacité juridique.

Des constats scientifiques contradictoires

Au XVIe siècle, Ambroise Paré (1509-1590), père de la chirurgie moderne, au service du roi Henri II, se penche sur cette « race » maudite depuis trois siècles. Il passe plusieurs semaines à étudier plusieurs spécimens ; il rapporte la capacité prodigieuse de l’un d’entre eux à pratiquer la momification par magnétisme :

« l’un d’eux tenant en sa main une pomme fraîche, celle-ci apparaît aussi aride et ridée que si elle eut restée huit jours au soleil ».

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Ambroise Paré

Il explique ce fait par la chaleur anormalement élevée dégagée par le corps du crestia . Il est dit aussi que lors d’une saignée, est sorti des veines du cagot un liquide bouillonnant d’une teinte entre le vert et le bleu!Toutefois constatant qu’il n’y a aucune présence de lèpre, il conclut que ces gens ont peut-être une lèpre intérieure et invisible…

« Or de tels ladres sont blancs, beaux, quasi comme le reste des hommes, à cause que leur ladrerie consiste en matière pituiteuse, laquelle resseichee par adustion, est faite atrabilaire » 

Le 13 juin 1600, des médecins nommés par le Parlement de Toulouse, procèdent à l’expertise de 22 d’entre eux ; ils concluent qu’ils sont exempts de toute pathologie.

Après la Révolution, compte-tenu de l’étrangeté de leurs caractéristiques, une vaste étude médicale est organisée afin de savoir s’ils pouvaient être considérés comme des hommes jouissant de la plénitude des droits nouvellement acquis. L’examen des spécimens réalisé conclut qu’ils ne sont affectés que partiellement des symptômes décrit par Ambroise Paré et qu’ils peuvent jouir des mêmes droits que les autres.

Une intégration progressive

En 1683, Louis XIV et Colbert ont besoins d’argent pour financer leurs guerres. Monsieur Dubois du Baillet, intendant du Béarn, propose qu’on donne aux cagots la possibilité d’acheter leur affranchissement ; l’idée est acceptée et une partie des interdits qui les frappent est supprimée. Il faudra encore du temps pour que les préjugés disparaissent.

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flickr.com

A la fin du XVIIIe siècle leur intégration au sein des communautés villageoises est presque établie …bien qu’ils soient encore rejetés par un certain nombre de non-cagots.

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La Révolution française, en donnant naissance aux Droits de l’Homme accélère leur intégration mais il faut attendre la révolution industrielle, le brassage de la Première Guerre Mondiale et l’exode rural pour qu’elle devienne réalité. Cependant au début du siècle dernier, on savait encore qui en était…

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Derniers cagots pyrénéens pinterest.fr

Ce qu’il en reste

Des lieux

De nombreux lieux dans notre région rappellent l’existence des cagots :

rue des cagots à Lourdes et à Montgaillard (Hautes-Pyrénées)

-place des Capots à Saint Girons (Ariège)

-rue des Capots à Mézin, Sos (Lot), à Vic-Fezensac, Eauze, Gondrin (Gers)

Pont des Cagots ou Pont des Charpentiers à Campan (Haute-Pyrénées)

Les cagots habitant en dehors des villes, il est fréquent de désigner la place où ils habitaient comme « la place ».

Des noms

Lorsqu’un cagot se marie ou s’établit dans une autre communauté que la sienne, il ajoute à son prénom celui du lieu d’où il vient. Ainsi, le nom de famille Laplace est souvent attribué à des cagots.

On retrouve aujourd’hui dans les noms de famille des dérivés de toutes les formes de surnom des cagots: Charpentier, Cordier, Canard, Chréstia, Agot, etc…

On trouve aussi abondance de diminutifs : Janet (Petit Jean), Bernadou (Petit Bernard), Peyrolet (Petit Pierre), Guilhaumet (Petit Guillaume), etc.

Un musée

Le seul musée qui existe en France et évoque la mémoire et l’histoire des cagots se trouve à Arreau dans les Hautes-Pyrénées.

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flickr.com

Il est situé rue Saint Exupère dans le château des Nestes (IX-XIe siècles) ; une exposition permet de découvrir l’histoire et le vécu de ces individus traités comme des parias pendant des siècles.

Sources :http://www.cosmovisions.com/;wikipedia.org;https://www.fier-panda.fr;http://www.lebearn.net/cagots. http://messagesdelanature.ek.la/ ttp://cgpa64.free.fr/cagots/08/0801.HTM;http://www.originepyrenees.com/mag/hist/; http://les-identitaires.com/;http://www.letarot.com/Maitre-Jacques;

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  1. Régine DURAND

    Merci pour cet article vraiment très intéressant. Je ne connaissais pas les cagots.

  2. Francis Timoner

    Bonjour!

    il y a une petite erreur à propos de Charles Martel qui vivait au VIIIème
    siècle et non au XI …!

  3. François JAMME

    Merci Anne-Marie . Très bel article merci . Amitiés. François.

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