Le loto, un jeu particulier…

loto;cartons; occitanie;Loto, rifle, quine…le nom varie selon les régions…il a parfois pris l’air américain pour devenir bingo…Je ne vous parle pas de celui instaurer par la Française des Jeux, mais bien de celui qui anime nos villages en fin d’année, à l’approche de Noël, parfois même d’octobre à avril !

 

Dans cet article, découvrons ou re-découvrons le loto :

– son origine

– le jeu

– les « couleurs locales »du loto

Son origine

Des origines lointaines

On trouve le concept de tirage au sort, de loterie très loin dans le temps : Moïse, selon l’Ancien Testament, a distribué les terres aux Juifs par tirage au sort….

Une trace du loto apparaît aussi en Chine, pendant la dynastie Han , entre 205 et 187 avant Jésus-Christ.

Plus récemment

L’origine du loto français est controversée.

Il aurait été créé par un certain Benedetto Gentille en Italie qui l’aurait importé en France à la cour de François Ier sous le nom de « lotto » qui signifie lot.

Mais une autre version lui donne pour origine un jeu catalan du XVème siècle. Les marchands catalans commercent, en ce temps-là, beaucoup avec les Gênois ; ils échangent des marchandises mais aussi des nouveautés culturelles qu’ils laissent également sur leur passage dans les villes du Sud implantant donc ce jeu dans nos régions…

Son nom

Loto est le nom donné à ce jeu dans un grand nombre de région y compris en Occitanie. Toutefois il prend parfois l’appellation Quine (en Lozère, dans l’Aveyron ou le Lot par exemple) ou Rifle (dans les Pyrénées-Orientales).

Le jeu

L’organisation

L’organisation de lotos, dans notre région, a lieu généralement entre octobre et avril. Ils sont plus nombreux les week-ends et pendant la période des fêtes de fin d’année.

Les parties de loto se déroulent dans de grandes salles (salle des fêtes, salles de réunions, parfois cafés de village, etc.) soit en matinées, soit en soirées.

Les bénéficiaires de ces organisations sont souvent des associations locales (clubs sportifs, amicales, associations scolaires, caritatives, etc.).

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secourspopulaire.fr

Les joueurs

En période de lotos, les salles se remplissent vite soit par des amateurs du jeu, soit par des bienfaiteurs de l’association organisatrice.

Les amateurs, souvent férus de ce jeu, ne manquent pas un loto. Ils se reconnaissent par leur organisation :la manière de disposer leur cartons pour assurer un marquage rapide des numéros sortant, la boîte qui contient leurs « outils » de marquage (pièces de monnaies, jetons, pastilles en cartons, pastilles aimantées, etc.). De plus, habitués à se rencontrer pour le jeu, ils se connaissent, gardent la place pour les uns et les autres, ont parfois même leur place préférée ! Ils achètent généralement un nombre important de cartons. Ils choisissent leurs cartons avec soin : leurs numéros fétiches, leur date de naissance, etc…doivent y apparaître !

Les occasionnels, apparaissent plus réservés, hésitants. Ils jouent avec des grains de maïs mis à leur disposition…

Les joueurs de loto ne présentent pas de profil précis :aisés ou moins aisés, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, couples, familles ou personnes seules…Tous s’y retrouvent en toute convivialité.

La publicité, souvent à la charge de bénévoles , se fait par affichage .

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Les cartons

Bien que leur taille ne soit pas normée, ils sont généralement de 9,6cm sur 14,6cm.

Chaque carton porte 27 cases, réparties sur 3 lignes et 9 colonnes ; seules 15 cases sont numérotées (5 numéros par ligne).

La première colonne contient des chiffres de 1 à 9, la deuxième des nombres de 10 à 19 ainsi de suite…On obtient ainsi 8931 lignes différentes qui permettent de construire un « jeu complet » de 2977 cartons.

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Les numéros du loto

Le jeu du loto nécessite 90 boules ou jetons numérotés de 1 à 90.

Ils sont dans un boulier ou un sac, qui est tourné ou agité pour les mélanger.

Un « tireur » ou « nommeur », sort une boule ou un jeton au hasard et annonce le nombre qu’il porte.

Les parties se font « à quine » (le gagnant est celui qui a, le premier, rempli une ligne) ou à carton plein (il faut alors pour gagner avoir marqué tous les numéros d’un carton).

Chaque joueur garde ses marques jusqu’à ce que celles du gagnant aient été vérifiées.

Les lots

Ils sont achetés par les organisateurs ou offerts par les commerçants locaux.

Autrefois, il s’agissait de victuailles (volailles, gigots, jambons, paniers garnis de nourriture) ; dindes, chapons, jambons, etc…étaient accrochés en façade de la salle de jeu ou à l’intérieur, garnis de nœuds rouges ou dorés….

Il y eut une période où l’organisation des lotos prit une dimension professionnelle et où les lots ont pris des valeurs exagérées (télévisions, réfrigérateurs, meubles, voire voiture, etc ..) donnant lieu à des abus .

Désormais les lots ont repris des dimensions raisonnables. Les normes d’hygiène ne permettent plus l’étalage, si victuailles il y a, c’est un bon d’achat qui est offert ou un panier garni; d’autres lots ont aussi pris cette forme :un bon pour un massage ou une manucure,etc..

Les « couleurs locales » du loto

Le public

Comme décrit précédemment, le public participant aux lotos est très hétéroclite.

Les habitués font preuve d’une grande concentration, surveillant leurs cartons avec un œil sur ceux des voisins !!!

Ils ont également leur vocabulaire.

En particulier, lorsqu’ils attendent un numéro qui tarde à sortir , des cris fusent à l’intention du « nommeur »: « boulègue »(secoue) ou « remeno » (remue), « mounta lou »(monte-le) ou « vaï lou quèré»(va le chercher) ! L’expression boulègue a d’ailleurs dépassé les frontières de l’Occitanie et s’entend désormais dans tous les lotos de France et de Navarre voir même jusqu’en Belgique !!!! Parfois un joueur confie à son voisin « j’attends » ce qui signifie qu’il ne lui manque qu’un numéro pour gagner.

Le gagnant crie  » quine  » ou  » carton plein  » selon la règle de la partie. Aussitôt, l’animateur enchaîne par un bruyant « ne démarquez pas », parfois teinté du commentaire machiste « c’est une femme »; en effet le supposé gagnant a pu commettre une erreur et dans ce cas la partie continuera ! Les numéros qu’il a marqués sont alors appelés en commençant par le dernier et le nommeur s’assure qu’ils ont bien été tirés. Après vérification , il annonce « vous pouvez démarquer, la quine est bonne !» et en remettant le lot au gagnant l ‘encourage à donner un pourboire à celui qui le lui apporte « n’oubliez pas le camionage ».

Le « nommeur »

C’est lui ,en qualité d’animateur, qui apporte le plus de couleur locale. En effet à chaque tirage, un mot ou un commentaire accompagne le numéro tiré. Certains sont de tous les tirages ou font souvent référence aux départements mais d’autres prennent une couleur régionale ! Même si les expressions sont parfois tirées par les cheveux….

Quelques exemples, locaux ou plus généraux:

1 , il est tout seul ou Ali-Baba sans les voleurs ;

2 , ils font la paire  ou dous como loù méou (doux comme le miel) ou les deux testaments ;

3, en Champagne ;

4,la petite chaise ( en raison de la forme du 4?) ;

5, la pleine main ;

6, la queue en l’air ;

7, le pays de Georges (Brassens) ;

8,la cacahuète ;

9, la queue est en bas ou es pas viel (il n’est pas vieux) ;

10, dequé dis?(que dis-tu, en occitan) ;

11, las dous sémals (les deux sémaillés en occitan) ou las cambetos de ma sur (les petites jambes maigres de ma sœur);

12,l’Aveyron ;

13, ma sœur Thérèse ;

14, comme Louis(XIV) ou la Grande guerre ou l’homme fort ;

15, le Cantal ou le fromage :

16, les pois chiches (cèzes =pois chiches en occitan) ;

17, police secours ;

18, les pompiers ;

19,Saint Joseph(qui se fête le 19 mars) ;

20, et du bon, sans eau ;

21,la moutarde ;

22, ils sont là (sous entendu, les flics) ;

23, ça Creuse ;

24, sortez les boules (de Noël) ;

25, le barbu (le Père Noël) ;

26, le nougat (de Montélimar) ;

27, c’est l’Eure ;

28, après l’Eure ;

29,le Finistère ;

30,ni toi, nîmois ou, parfois dans l’Hérault, les écraseurs de nos chiens(rappels de la « querelle » Gard-Hérault qui veut que, pour les héraultais, les gardois soient des chauffards) ou dans le Gard, les meilleurs du monde;

31, costume et cravate (pour être sur son 31) ou Toulouse, ou la ville rose, ou le pays des violettes;

32, le dentier;

33, le docteur ou lou dous boussus ( les deux bossus);

34,l’Hérault ;

35, elle est vilaine ;

36, les chandelles ou les congés payés (1936) ;

37, il n’y a pas de fièvre ;

38, les noix ;

39, les pipes de Saint-Claude ;

40, près de Cruzy ( Quarante est le nom d’un village de l’Hérault près de Cruzy) ;

41,Berthe au grand pied ;

42, les Verts (Saint Etienne) ;

43, la liqueur espagnole (Cuarenta y très) ;

44, caracaca ;

45, la moitié du fourbi ;

46, Lolote (pour le Lot) ;

47, les pruneaux ( d’Agen) ;

48,le pays des loups ou la Lozère ;

49, le pays angevin ;

50,un trou dans la manche ou la Manche ;

51, le pastis ou on le boit sans eau ;

52, à la une (allusion à une ancienne émission télévisée « 52 colonnes à la une ») ;

53, la pointure à Gertrude ;

54,bergamote ;

55, les deux mains ;

56, l’année des givrés (allusion au froid de 1956) ;

57, voisins du 54 ;

58, le référendum ;

59, bienvenue chez les ch’tis ;

60, le bel âge ;

61, en somme ;

62, il ne suffit pas de caler ;

63, le Clermontois ;

64, pas de Pau ;

65, les miracles (référence à Lourdes) ;

66 , les Catalans ;

67, les saucisses de Strasbourg ;

68, le haut rein ;

69, tournez manège ou l’érotique;

70, l’année terrible (rappel de la famine de 1870) ;

71, le marteau et le clou ;

72, les rillettes(du Mans dans la Sarthe) ;

73, les petits savoyards ;

74, la dame de Haute-Savoie ;

75, les envahisseurs (les parisiens) ;

76, Tante Rose (?) ;

77, lous dous pigassous (les deux « rabassiers » en raison de la forme de cet outil) ;

78, Versailles ;

79, le plus long (Deux-Sèvres) ;

80, dans le coin, ou il est puni (le nombre 80 est toujours dans le coin supérieur droit du carton) ;

81, le régiment ( à Montpellier où était stationné le 81ème régiment d’infanterie) ou le pays des jambons (en référence aux jambons de Lacaune) ;

82, tout le monde descend à Montauban ;

83,douliou, douliou Saint Tropez (référence à la chanson…) ;

84, le pont d’Avignon ;

85, le Vendée Globe ;

86, je sens que ça vienne ;

87, la porcelaine (Limoges) ;

88, les deux yoyos ;

89, la mamé ou la Révolution ;

90, lou papet ou le bout du monde.

Si vous êtes amateur de loto cet article ne vous a sans doute pas appris grand-chose ; si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à aller participer à un loto : la saison bat son plein !!!

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