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Le canal du Midi, l’idée folle d’un Occitan

Le canal du Midi, l’idée folle d’un occitan

Le canal du midi ? Tout le monde connaît ! Je n’ai pas la prétention de vous en apprendre beaucoup sur le sujet, quoique….mais au moins je réveillerai quelques souvenirs…scolaires…de vacances ou de promenades…et si les nouveaux occitans apprennent quelque chose, tant mieux !

Dans cet article , je vous raconte :

– un peu d’histoire

– la construction du chef d’œuvre

– le rôle du canal et son déclin commercial

– le canal du Midi aujourd’hui


Un peu d’histoire

Le canal du Midi: un vieux rêve

Relier l’Océan Atlantique à la Mer Méditerranée est un vieux rêve de navigateur ! Imaginez que l’itinéraire le plus rapide est de descendre au sud de l’Espagne, franchir le détroit de Gibraltar et remonter le long de la côte espagnole !

La Garonne permet la navigation fluviale de Bordeaux à Toulouse mais pas plus loin!

Charlemagne, François Ier, Henri IV l’ont rêvé ! En vain! En 1618, un certain Bernard Aribat propose un projet aux consuls de Béziers qui le refusent.

Toutes les tentatives d’élaboration d’un canal reliant les deux mers se heurtent à la même problématique : comment relier les deux bassins hydrographiques des versants atlantique et méditerranéen.

Des projets préalables

Thomas de Scorbiac, né à Montauban (Tarn-et-Garonne), et avant lui son père et son grand-père, ont fait des études et des propositions concernant une jonction des deux mers.

Le projet de Thomas de Scorbiac s’appuie sur la théorie des « bassins versants » développée par le cartographe néerlandais Jocodius Hondius. Il complète cette théorie par celle des « captures » ( changement de cours d’un fleuve, rivière, détourné de son tracé primitif par une autre rivière plus active). Ce projet considère le seuil de Naurouze comme un obstacle infranchissable.

Ces projets ne sont pas retenus.

canal du midiflickr.com

Le projet de Pierre-Paul Riquet

Pierre-Paul Riquet, natif de Béziers (Hérault) reprend le projet de Bernard Aribat ; il s’appuie sur un fontainier de Revel (Haute-Garonne), Pierre Campmas ; il met au point le captage des eaux des rivières et ruisseaux de la Montagne Noire qu’il conduit jusqu’au seuil de Naurouze (189 m d’altitude) par un système de rigoles et de bassins de provision.

archives.toulouse.fr

Il soumet son projet à Colbert qui, séduit, en fait vérifier la faisabilité.

En octobre 1666, un Édit royal ordonne le creusement du canal. Les travaux commencent en 1667; ils s’achèvent en 1681, après bien des vicissitudes.

La construction du chef d’œuvre

Une œuvre gigantesque

Les contraintes géographiques de relief et d’hydrographie sont démesurées pour l’époque.

Affronter les difficultés financières et techniques nécessite une volonté et une foi dans le projet indéfectibles dont Pierre-Paul Riquet saura faire preuve jusqu’à sa mort !

Le nerf de la guerre : le financement

Le chantier sera financé par les États du Languedoc, par le roi à travers le reversement de la gabelle, mais aussi par Pierre-Paul Riquet sur sa fortune personnelle.

Le problème financier subsistera pendant toute la durée du creusement du canal .

Les États du Languedoc qui doivent payer une grande partie du chantier versent leur quote-part avec beaucoup de retard.

Pierre-Paul Riquet doit prélever sur sa fortune personnelle et à sa mort le 1er octobre 1680, il laisse à ses enfants et petits-enfants une dette qu’ils ne finiront d’éponger qu’en 1724 !

Le chantier

CANAL DU MIDIgallica.bnf.fr

Le chantier est divisé en deux entreprises :

– la construction du canal de Toulouse à Trèbes (Aude), et la réalisation du bassin de Saint Ferréol et des rigoles d’alimentation jusqu’au seuil de Naurouze.

– la partie de Trèbes à la Méditerranée et la réalisation du port de Sète.

Pierre-Paul Riquet se porte acquéreur des deux adjudications.

Les travaux de la première commencent en 1667 tandis que ceux de la seconde attendent 1672.

Entre 1667 et 1681 plus de 12 000 ouvriers, hommes et femmes sont placés sous la direction d’un contrôleur général.

Des maçons, des tailleurs de pierre, des forgerons, des niveleurs, des charretiers, des voituriers, des maréchaux-ferrants s’activent sur ces chantiers.

Pierre-Paul Riquet est entouré d’une équipe d’ingénieurs tel que François Andréossy et le chevalier de Clerville, commissaire général des fortifications et ingénieur du roi.

L’aboutissement du chantier

La première entreprise de Toulouse à Trèbes voit sa mise en eau en 1670 et son exploitation est immédiate : une liaison régulière de la barque de Poste relie Toulouse à Castelnaudary (Aude).

La seconde entreprise entre Trèbes et l’étang de Thau commence en 1672 ; la construction du port de Sète a débuté en 1666.

Le 24 mai 1681, les deux fils de Pierre-Paul Riquet et l’intendant Henri d’Aguesseau inaugurent le canal Royal en Languedoc: il s’étire sur 240 km Il faut 10 jours pour relier les 2 mers.

Le successeur du chevalier de Clerville, Vauban, prend la suite et améliore le franchissement des rivières, ajoute des aqueducs, perce le tunnel des Cammazes (Tarn-et-Garonne). Il rend hommage à Pierre-Paul Riquet :

« Je préférerai la gloire d’être l’auteur du canal des Deux Mers à tout ce que j’ai fait ou pourrai faire à l’avenir »

En 1789, les Révolutionnaires changent son nom : le canal Royal en Languedoc devient le canal du Midi. Ils jugent cette appellation plus populaire et démocratique !

Le rôle du canal et son déclin commercial

Dès sa mise en eau le canal est utilisé pour le transport des voyageurs et du courrier. Les bateaux sont tirés par des chevaux depuis le chemin de halage. Ils mettent 4 jours pour relier Toulouse à Sète ; en 1855, le temps de trajet est ramené à 32 h  en remplaçant les chevaux tous les 10 km, en transbordant les passagers d’une embarcation à l‘autre aux écluses, les trajets s’effectuant également la nuit…

Désormais plus besoin des espagnols qui contrôlent le détroit de Gibraltar. Un flux commercial s’établit en Languedoc.

Les productions du Lauragais (céréales), du Minervois (vins), de tout le Bas-Languedoc (soie, draps, sels) peuvent rejoindre Bordeaux et Marseille ; le Languedoc peut importer des produits de ces régions.

PENICHES CANAL DU MIDIflickr.com

Le canal permet le développement commercial de la région et connaît son apogée jusqu’au milieu du XIXème siècle.

A partir de 1856 le canal de Garonne double la Garonne de Bordeaux à Toulouse et prolonge le canal du Midi: l’ensemble des deux canaux prend le nom de canal des Deux Mers.

La concurrence du rail et de la route entraîne le déclin commercial du canal du Midi

La modernisation des bateaux soulève un problème de gabarit et ajoute à la désaffection de son usage commercial : en 1980 il ne reste que 2 péniches qui cessent leur activité en 1989, après l’arrêt de la navigation prononcé par le Préfet pour sécheresse.

Le canal du Midi aujourd’hui

Le canal du Midi et la plaisance

Dans les années 60, ce sont les Anglais qui les premiers ont l’idée d’utiliser le canal du Midi pour la plaisance.

Désormais il assure plus d’un cinquième du tourisme fluvial français.

Ses berges permettent des activités de loisirs : randonnées pédestres, vélos, etc…

actu.fr

Des péniches ont été converties en bateaux de plaisances, locations de vacances .

Le canal du Midi, patrimoine touristique

Le 7 décembre 1996, le canal et une zone de 2 000 km2 sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Simultanément il est classé au titre des Grands Sites en France.

Il comporte 328 ouvrages d’art dont 63 écluses, 126 ponts, 55 aqueducs, 7 ponts-canaux, 6 barrages, 1 épanchoir et 1 tunnel !

pinterest.com

– l’écluse ronde d’Agde qui permet au bateaux de passer du canal au fleuve Hérault

fr.m.wikipedia.org

– les 9 écluses de Fonséranes à Béziers (Hérault) qui avec leurs 8 sas permettent de franchir un dénivelé de 21,50 m (classées aux monuments historiques depuis 1996).

Le tunnel du Malpas au sud-est de l’oppidum d’Ensérune (Hérault) permet de traverser une colline de 50m d’altitude .

Le canal du Midi est jalonné de ports : Les Onglous à Marseillan et Agde dans l’Hérault, le Somail, Homps, Trèbes, Castelnaudary, Carcassonne dans l’Aude, Saint Sauveur et le port de l’Embouchure à Toulouse (Haute-Garonne).

Le canal du Midi et l’eau

Il est également utilisé comme voie d’irrigation en période de sécheresse ou de régulation en période de crues.

Grâce à des usines de traitement des eaux, il contribue à la fourniture d’eau potable d’un grand nombre de communes.

Long ruban d’eau qui traverse l’Occitanie, il a un rôle non négligeable sur la faune et la flore.

Le canal du Midi et ses platanes

Des arbres sont plantés le long du canal pour stabiliser les berges : à l’origine des saules pour leur croissance rapide, puis des mûriers utilisés pour l’élevage des vers à soie, des peupliers d’Italie pour leur bois, chaque catégorie étant en même temps exploitée.

Sous l’Empire ces plantations sont peu à peu remplacées par des platanes.

pinterest.com

Hélas depuis quelques années, un chancre coloré s’est attaqué à ces platanes ;des campagnes d’abattage des arbres atteints sont entreprises.

Ils sont remplacé par des frênes, des tilleuls et une variété de platanes plus résistante.

J’espère que cet article vous a donné un rapide aperçu de ce « monument » qu’est le Canal du Midi. Nombre de points et de lieux évoqués dans ces lignes méritent approfondissement ; le faire ici abuserait de votre patience de lecteur. D’ autres articles les reprendront ultérieurement.

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  1. Jean-Marc Soutière

    Merci pour ce très interessant article. Depuis ma première rencontre avec le canal, j’espère y retourner et profiter de l’ombre de ses platanes.

  2. Jean-Marc Soutière

    J’ai vu le canal pour la première fois en 2010 à l’occasion d’une randonnée pédestre. Lors du même voyage j’ai été très impressionné par son pont à Agen que je qualifierais de joyau.
    Merci pour votre présentation historique. Ça me donne le goût de retourner marcher à l’ombre des platanes qui longent le canal.

  3. Matthieu

    Super article pour un néophyte comme moi
    Merci

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