Le langage de chez nous…

Ce langage de chez nous peut parfois surprendre.

Vous le connaissez ou vous l’avez rencontré pendant vos vacances, pendant un séjour en Occitanie-Pyrénées Méditerranée. Vous allez devoir vous familiariser avec lui si vous vous installez dans notre région.

Depuis plusieurs mois, mes articles sur ce langage vous ont déjà initié à ce drôle de parler que nous pratiquons…

Dans cet article je vous en donne quelques exemples supplémentaires que vous pourriez entendre

– autour des vacances …

– autour de l’ouverture prochaine de la chasse

un peu de décodage de ce langage

Autour des vacances…

Notre région ensoleillée est attirante à la belle saison…

Les autochtones le savent..leurs maisons se remplissent des amis ou parents de passage …

Les grands parents voient arriver les petits-enfants de tous âges.

C’est lété en Occitanie !

« – Té..hé adieu, comment tu vas depuis que je t’ai pas vue…

– Ba pla…j’ai la maison pleine de mistons*…

– Eh, oui…c’est les vacances !

– M’en parle pas !

– Tu en as combien maintenant ?

– Une chiée…6!

expressions-jurons-occitans

pixabay.fr

-Eh, bé..ma pauvre, tu dois pas t’ennuyer ! Surtout avec ce cagnard , il faut les occuper pour qu’ils restent dedans.

Amaï ! M’en parle pas ! Pour le caganis*, ça va encore;il est magnagou*, il n’arrête pas de te poutounetcher*, de demander des mamours !

occitan;calins;

bonnesimages.com

–  Il est grand ?

– Quatre ans. Pour l’occuper ; je lui apuntche* des crayons de couleurs et il gribouille sur un cahier …

dessin;gribouillage;

flickr.com

– Et les autres ?

– Avec le grandas, c’est plus difficile !il a toujours un pied en l’air ! Il s’est fait des copains dans le quartier mais il a choisi des marcamaus*! Si je le laissais faire il serait de longue* à traller* dans la rue ! J’ai toujours peur qu’il me fasse un espet*. Son frère est plus calme mais c’est une closque* ; il est caput* comme un muols*.Ils sont toujours en train de se carcagner*.

– et tu n’as pas de filles ?

-Si trois! Mais c’est pas mieux ! La grande elle est comme une angrole* elle mange rien ! Par contre elle est toujours à vouloir grimper partout. J’ai peur qu’elle finisse par se couper une jambe* ! La pitchoune, elle a meilleure maïsse* mais elle est hardie comme un page de cour ! Elle a réponse à tout. Elle est gentille quand elle veut mais des fois elle est aïssaple !La troisième est gentillette mais les autres la dévarient* tellement qu’elle ne sait plus trop où elle en est !

-Macaniche, ma pauvre Josette, tu es pas sans rien avec cette équipe !

-Heureusement qu’ils s’esparpeillent* pas avant onze heures du matin ; ça me laisse un peu de calme. Les garçons sont tissous* ; ils tarabustent* les filles ; le plus agaçant , c’est quand ils s’atissent* entre eux ; tu prendrais un pour taper sur l’autre. Ils ont des bons moments quand même ! Ils me font pas calciner* toute la journée. De temps en temps , je vais avec eux piquer un cabus* dans la piscine : ça fait du bien à tout le monde, ça rafraîchit les idées !

piscine;occitan;

flickr.com

C’est sûr que ça fait du rambal* !

– Je les vois pas souvent ; je les ai que pendant les vacances ! Ça fait plaisir quand ils arrivent et ça fait aussi plaisir quand ils s’en vont !

Bon courage ! Adiou ! »

Je ne crois pas nécessaire de vous traduire la totalité de cette conversation. Si vous avez pris connaissance des articles précédents sur notre langage vous savez déjà, que notre « adieu » n’est pas définitif, que nous faisons abstraction des « ne ».

Autour de l’ouverture prochaine de la chasse

L’ouverture de la chasse approche. La fédération locale fait sa première réunion pour la distribution des cartes de chasse. Les chasseurs se retrouvent.

« – Alors Justin, ça va ?

– Ca va ! c’est bien cette réunion ; ça permet de revoir des gens qu’on ne voyait plus.

– Té, aguache* le Pierrot ! Tu vas pas me dire qu’il se prend pas pour quelqu’un !? Pourtant, on sait d’où il sort, et y a pas de quoi être bien fier !

– C’est vrai ! Qu’est-ce qu’il peut s’en croire*! Il est raide comme un piquet ! c’est « regarde moi, je passe » ;

C’est vraiment le genre de type que je peux pas enquilher* !

-Et ta dernière saison de chasse, ça a donné quoi ?

– Couci couça. Figures toi que dans l’ermas* du Jeannot, une lièvre m’est partie dans les jambes que c‘est pas croyable ! Mon pauvre !Pour te dire, j’ai même pas eu le temps de l’afuster* !

lievre;chasse;occitan;

flickr.com

Moi les pétoules* de lapin, je les vois de loin. Pire qu’un chien pour lever les lapins. Du coup j’en ai fait quelques -uns.

Tu as été à la pêche cette année ?

Oui mais c’est un désespoir !Tu passes des heures à tremper la ligne et rien, pas le moindre péï*.En plus, dans le coin, c’est pas commode : tu t’encroques* dans les branches…

– Bon, ils la commencent cette réunion.

Il se représente le président ?

– J’espère pas. Â son âge il désbourroune* et ferait mieux de plus se présenter.

– Et le Marcel ?

Béléou*…il irait bien lui ! Il a tout pour devenir un homme politique : il brassetche* à longueur de journée. »

Un peu de décodage de ce langage

afuster=de l’occitan afustar =viser

aguache= de l’occitan aguachar = regarder

aïssaple=détestable

angrole= petit lézard gris ; image pour désigner quelqu’un de long et maigre.

apuntcher= de l’occitan apuntchar=appointer, tailler en pointe

atisser=de l’occitan atissar=exciter, faire enrager

béléou= peut-être

brassetche=de l’occitan brasetjar=remuer l’air avec ses bras sans aucun but ni aucun effet

caganis= le petit dernier de la « chiée »

calciner=de l’occitan calciner=tourmenter

caput=(de cap=tête) têtu, obstiné

carcagner=de l’occitan carcagnar= inquiéter, disputer

closque=forte tête

couper une jambe= casser une jambe

s’en croire=être orgueilleux

sbourroune= de l’occitan desbourounar=au sens propre enlever les bourgeons, au sens figuré dire n’importe quoi, divaguer

de longue= tout le temps

dévarier =(parfois débariller= troubler, perturber)

s’encroquer=de l‘occitan s’encrocar = s’accrocher

l’enquiller = pouvoir le sentir

ermas =de l’occitan erm=friche

esparpeiller-de l‘occitan esparpalhar = ouvrir les yeux, s’éveiller

espet=étincelle, exploit

une lièvre = lièvre est du genre féminin en occitan d’où…

macaniche=peut se traduire par sapristi

magnagou=de l’occtan manhac=caressant, doux

maïsse=en occitan maïsse=machoire ; ici gros appétit.

marcamau=marque mal

mistons=enfants

muols= mulet

péï=poisson

pétoules=de l’ocitan pétola=crottes

piquer un cabus= faire un plongeon

poutounetcher=faire des « poutous »=embrasser

rambal=de l’occitan rambalh = agitation, désordre

tarabuster=de l‘occitan tarabustar=tracasser, houspiller

tissous=taquin

traller=se balader, roder.

Sources : « Le chant de la cigale, mot et expressions ensoleillées du Midi »de Gilbert Lhubac aux éditions Le Papillon Rouge

J’espère que cet article vous a plu.

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