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La Sanch, une tradition roussillonnaise

La Sanch, une tradition roussillonnaise

La Sanch est le nom de cette procession qui se déroule, depuis des siècles, le vendredi saint à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

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Mélange de folklore et de religion, tradition séculaire, spectaculaire, la Sanch (le Sang) attire des milliers de touristes chaque année.

De quoi s’agit-il ?

Je vais vous en donner quelques éléments dans cet article :

— ce qu’elle représente

— une archiconfrérie et des règles

— une histoire mouvementée

Ce qu’elle représente

Une procession

La Sanch est une manifestation unique en France. Cette procession se déroule le vendredi saint à Perpignan, selon un rituel et un trajet immuables depuis des siècles. Elle débute à 15 heures à l’église Saint Jacques et se termine à 18 heures au jardin de la Miranda. Pendant ces trois heures, elle se déplace dans les rues de la vieille ville avec des stations devant les reposoirs.

Elle symbolise la passion du Christ. Chaque pénitent porte une charge de 20 à 50 kg .

A l’origine cette procession se déroulait dans plusieurs villages.

Désormais une procession est organisée à Perpignan, mais aussi, plus dépouillée, à Arles-sur-Tech et plus touristique le soir du vendredi saint à Collioure.

L’objectif de la procession est de faire revivre la passion du Christ en vue de la rédemption des participants.

Les acteurs

La procession est composée de pénitents : les caparutxes (prononcer caparutchès). Ils sont vêtus d’une longue robe de bure noire ou rouge, ceinte à la taille par une corde, et d’une cagoule pointue percée de deux trous pour les yeux (la caparutxa).

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Un scapulaire, objet de dévotion constitué de deux morceaux de feutrine bénis réunis par un ruban, s’attache autour du cou ou se porte sous le sac de pénitent ; il est l’insigne de la confrérie de la Sanch. Les chaussures sont noires mais certains pénitents font la procession pieds nus. En tête du cortège le régidor ouvre la marche ; ce pénitent est habillé de rouge et porte une cloche en fer avec laquelle il donne le rythme de la procession.

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Il est suivi des tambours voilés de crêpe noir, des pénitents vêtus de noir ou de rouge selon leur grade portant sur leurs épaules les mysteris, des femmes la tête recouverte de mantilles noires.

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La procession avance au rythme lent et profond des tambours, accompagnée par les sons funèbres des goigs (prononcer gautche).

Les goigs sont des cantiques évoquant les souffrances du Christ ; les goigs dolorosos sont des mélopées plaintives qui rappellent les souffrances de Jésus pendant sa passion.

Les mystéris

Ce sont des représentations grandeur nature des différentes scènes de la Passion ; les personnages, portés sur des brancards, sont placés sur un pavois orné de fleurs. Huit pénitents portent un mystéri ; cela représente une charge de 20 à 50 kg pour chacun.

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En tête du cortège, la croix des improperis ou croix des injures, porte les instruments de la passion (tenaille, marteau…).

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Les mystéris sont nombreux :

le mystéri de l’Hort représente Jésus au jardin des oliviers recevant la visite d’un ange venu le réconforter. Les membres de la Confrérie des jardiniers de Saint Jacques portent ce mystéri et l’ont fleuri.

les mystéris de la Flagellation, du Couronnement d’épines, de l’Ecce Homo (phrase latine signifiant « voici l’homme » que Ponce Pilate aurait prononcé en présentant à la foule Jésus, battu et couronné d’épines), de Jésus cloué sur la croix .

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D’autres mystéris sont dédiés à la Vierge.Ils sont portés par des femmes, vêtues de noir et la tête couverte d’une mantille noire.

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Le mystéri de « la Vierge des douleurs » ou « Mater dolorosa » représente Marie vêtue d’une robe noire, la poitrine ornée d’un cœur d’argent transpercé de sept glaives.

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Celui de la « Pieta » la représente au pied de la croix tenant Jésus dans ses bras, celui de la « Soledad » seule au pied de la croix tenant dans ses bras le suaire.

Une archiconfrérie et des règles

Des confréries

A l’origine, des confréries de divers corps de métiers (pêcheurs, jardiniers, tisserands, etc.) se donnent pour mission, par une pratique religieuse réelle et active, d’accompagner les condamnés à mort au gibet, de recueillir leurs dépouilles afin de leur assurer une sépulture chrétienne, de visiter et assister les prisonniers ainsi que d’organiser les célébrations de la semaine sainte.

Au Moyen Âge chaque confrérie organise une procession nocturne dans le village où elle exerce, les condamnés à mort étant exécutés de nuit, masqués par une cagoule. Ils sont accompagnés des membres de la confrérie des Pénitents, également revêtus de cagoules, portant une cloche et précédés de tambours. Cloche et tambours sont destinés à prévenir la population pour l’inviter à rentrer dans les maisons et afin que le condamné à mort ne soit pas reconnu.

Un initiateur

Un prédicateur dominicain espagnol Vicens Ferrer, connu en France sous le nom de Saint Vincent Ferrier, né près de Valence (Espagne) le 23 janvier 1350, mort à Vannes (Morbihan) le 5 avril 1419, où il est enterré dans la cathédrale Saint Pierre, est à l’origine des processions de la Sanch.

Infatigable prêcheur et évangélisateur, il parcourt l’Espagne, la France, l’Italie et se rend même en Écosse. Son charisme et son influence politique en font un personnage clef des troubles politico-religieux liés au Grand Schisme d’Occident.

Le 11 octobre 1416, Vincent Ferrier fonde l’archiconfrérie du Précieux sang de notre seigneur Jésus-Christ ou confrérie de la Sanch , dans l’église Saint Jacques des Jardins de Perpignan

L’archiconfrérie de la Sanch

Elle recrute ces premiers membres parmi les deux confréries les plus puissantes de la ville : celle des Jardiniers et celle des Tisserands.

Elle unit l’ensemble des confrères du département des Pyrénées-Orientales dévoués à la confrérie du Précieux Sang de notre Seigneur Jésus-Christ.

Elle a les même buts que ceux décrits ci-dessus.

Confrère ou pénitent

Toute personne peut être et rester seulement pénitent.

La condition en est la volonté de suivre la passion, de faire pénitence, de se repentir, de participer aux traditions de la Sanch. Le pénitent est, généralement, coopté par un confrère qui s’en porte garant.

On devient confrère après trois années de probation pendant lesquelles il faut participer aux activités de la confrérie, aux cérémonies religieuses liées aux grandes fêtes catholiques et à celles de la semaine Sainte.

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A l’issue de sa probation le pénitent formule sa demande auprès des régidors (présidents) de l’archiconfrérie. Un cérémonial officialise son entrée dans la confrérie au cours de la messe annuelle de l’Epiphanie ; il y prend son engagement et l’évêque de Perpignan lui remet un scapulaire. Chacun des 450 membres de la Sanch s’engage solennellement à participer à des actions de charité, comme la visite à des prisonniers ou à des malades du sida.

Un acte identitaire

L’adhésion à la Sanch est un acte identitaire qui traduit un enracinement dans les traditions catholiques et catalanes du pays. L’appartenance se transmet souvent de père en fils. Aujourd’hui encore, nombre de vieilles familles de l’aristocratie catalane (les Jonquères d’Oriola, de Massia, Ducup de Saint Paul, du Lac, etc…) se font un devoir d’entrer dans la confrérie. On y trouve également des vignerons, des maraîchers, des médecins, des avocats, des commerçants. A la marge : une poignée de syndicalistes de la CFDT et de FO et même, remarque un dignitaire, « cinq ou six francs-maçons ».

Le secrétaire général et les cinq régidors, vigilants, veillent à ce qu’aucune récupération intégriste n’ait lieu ; des tentatives de prêtres intégristes pour se glisser dans la procession ont été vigoureusement rejetées.

Une histoire mouvementée

Des démonstrations spectaculaires

Autrefois les processions avaient lieu le jeudi et le vendredi saint.

Certains pénitents, les flagellants, dos nus se fouettent au sang avec ardeur. Ces démonstrations de foi, spectaculaires et véhémentes, incitent l’autorité religieuse et le Conseil souverain du Roussillon à limiter progressivement les processions.

Interdiction, reprise…

Au XVIIIème siècle, jugées baroques et trop espagnoles par les autorités françaises, les processions sont interdites. Pendant presqu’un siècle la confrérie de la Sanch poursuit ses célébrations à l’intérieur de l’église Saint Jacques. En 1950 elles reprennent dans le centre-ville de Perpignan.

Après le Concile Vatican II (1959-1965) les rapports avec la hiérarchie catholique sont un peu chaotiques. Certains voient derrière la tenue du pénitent une ressemblance avec le ku-klux-klan et dans la procession une pratique obscurantiste. Un évêque de Perpignan, Monseigneur Joël Bellec , leur interdit les églises du diocèse. Son successeur, Monseigneur Henri Lheureux, amorce leur retour en grâce.

La reconnaissance et la pérennité

En 1994, l’Église reconnaît la confrérie. Désormais les évêques associent la confrérie aux cérémonies diocésaines.

Chaque année la procession de la Sanch attire des milliers de touristes, photographes, curieux, agnostiques, croyants… Quelles que soient leurs motivations, on constate que très vite une chaude ferveur entoure la manifestation.

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Elle est un rituel historique, une fresque moyenâgeuse mais surtout un symbole fort de l’attachement des Catalans à leurs traditions, l’incarnation de l’identité catalane pendant la période pascale.

Outre la procession de l’après midi du vendredi saint à Perpignan, des processions nocturnes, à la lueur de flambeaux, ont lieu à Collioure et Arles-sur-Tech.

J’espère que cet article vous a plu. Si vous avez l’opportunité d’assister à cette manifestation surtout saisissez là !

Découvrez aussi la sardane, autre marqueur de l’identité catalane!

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Sources :

https://www.les-pyrenees-orientales.com/

http://perpignan.catholique.fr

https://www.mairie-perpignan.fr

https://www.perpignantourisme.com/

https://mediterranees.net

http://forum-catalan.fr//

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  1. Colette Delcol

    Anne-Marie , magnifique cette fresques du moyen âge !!! Ce symbole très fort , des Catalans pour leurs traditions , et leur identité Catalane , pour les Fêtes Pascales ??? Merci à toi , que du plaisir toutes tes recherches ( BRAVO ) !!! Amitiés Colette

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