Jean Moulin, résistant biterrois

Jean Moulin, un chapeau, une écharpe…une photo… c’est l’image qui apparaît lorsque son nom est prononcé…

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Élève moyen, amoureux de la langue occitane, passionné de dessin…rien dans les débuts de sa vie ne laisse présager de ce que sera son destin…et pourtant…

Dans cet article, vous trouverez un rappel de sa courte vie :

– une jeunesse « ordinaire »

– une carrière administrative

– un efficace homme de l’ombre

– une reconnaissance nationale

Une jeunesse « ordinaire »

Une famille simple

Jean, Pierre, Moulin naît à Béziers (Hérault) , 6 rue d’Alsace, le 20 juin 1899.

Son père Antoine, Émile, professeur d’histoire-géographie , enseignant laïque, libre penseur, franc-maçon, radical socialiste, est issu d’une famille d’artisans et de paysans de Basse Provence . Il est le premier intellectuel de la lignée. Admirateur de Frédéric Mistral, poète et amoureux de la langue occitane, il transmet cet amour à son fils.

Sa mère, Blanche Pègue, provençale, croyante et catholique , d’une solide éducation s’occupe de sa famille et assure l’éducation religieuse de ses enfants sans opposition de son époux.

Ils auront 4 enfants : une fille Claire, décédée en bas âge en 1887, un fils Joseph, décédé à l‘âge de 19 ans en 1907, une autre fille , Laure née le 3 décembre 1898, qui, jusqu’à sa mort à Montpellier en 1974, œuvre à la mémoire de son frère Jean. Elle fait publier son journal « Premier combat » et lui consacre une biographie qui fait référence auprès de tous les historiens.

Un élève moyen

Jean Moulin est un élève moyen qui poursuit sa scolarité au Lycée Henri IV de Béziers. Passionné de dessin, il aime aussi la langue occitane que son père, poète dans cette langue, admirateur de Frédéric Mistral lui a transmis.

En 1917, il est inscrit à la faculté de droit de Montpellier où il poursuit ses études, toujours en élève moyen….

Grâce à l’influence de son père, il est nommé attaché au cabinet du préfet de l’Hérault.

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Parallèlement il fréquente les milieux artistiques, se passionne pour les voitures de sport, le ski, les beaux vêtements…la belle vie !

Ses obligations militaires

Il est mobilisé le 17 avril 1918 et affecté au 2ème régiment du génie à Metz (Moselle), puis à Charmes (Vosges) ; il se prépare à monter au front quand l’Armistice est signée. Il poursuit sa vie militaire en Seine-et-Oise, puis à Verdun et Chalon-sur-Saône, occupant diverses activités selon les besoins : menuisier, terrassier, télégraphiste…Il est démobilisé début novembre 1919.

Un rapide mariage

Après sa demande en mariage à Jeannette Auran, rencontrée en 1920, rejeté par le père de cette dernière, Jean Moulin épouse le 27 septembre 1926, Marguerite Cerruti. Cette dernière ne supporte pas la vie de province et leur divorce est prononcé le 19 juin 1928.

On lui prête de nombreuses liaisons et certains le considèrent comme « un homme à femmes, séducteur…un vrai tombeur »…d’autres lui suppose des relations homosexuelles qui ne sont pas confirmées…..

Jean Moulin, une carrière administrative

Débuts de carrière et de militantisme

Le 4 novembre 1919 , il reprend ses fonctions à la préfecture de Montpellier où il est promu chef-adjoint de cabinet fin 1920.

En 1921, il obtient sa licence en droit. Simultanément il est vice- président de la section locale de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) et membre des jeunesses laïques et républicaines.

Le 6 février 1922, il est nommé chef de cabinet du préfet de Savoie à Chambéry.

Une rencontre importante

Sous-préfet d’Albertville de 1925 à 1930, il est le plus jeune sous-préfet de France.

En 1925, il fait une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière en la personne de Pierre Cot, jeune préfet de Savoie.

Ce dernier est une étoile montante de la gauche non communiste. En 1932, il entre au gouvernement en qualité de Ministre des Affaires Étrangères et nomme Jean Moulin chef-adjoint de son cabinet.

Une carrière dans « la préfectorale »

En 1930, Jean Moulin quitte Albertville. Il est promu sous-préfet de 2ème classe à Chateaulin (Finistère).

En 1933, il est sous-préfet de Thonon-les-Bains et occupe parallèlement les fonctions de chef de cabinet de Pierre Cot, devenu Ministre de l’Air.

Promu sous-préfet de 1ère classe, il est nommé le 19 janvier 1934 sous-préfet de Montargis mais préférant rester au cabinet de Pierre Cot, il n’occupe pas ce poste.

Le 1er juillet 1934, il est secrétaire général de la préfecture de la Somme , à Amiens. Il y reste jusqu’en juin 1936 .

Sous le Front Populaire, Pierre Cot , resté Ministre de l’Air, en fait son homme de confiance. Il le nomme chef de cabinet pour mettre discrètement en œuvre la politique de Léon Blum durant la guerre d’Espagne : il est chargé de l’acheminement aux républicains espagnols d’un certains nombre d’avions, alors que la doctrine officielle du gouvernement du Front Populaire est la neutralité.

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Il rejoint l’administration préfectorale en 1937, nommé préfet de l’Aveyron à Rodez , il devient le plus jeune préfet de France . En juin 1940, il est nommé à Chartres, préfet du département d’Eure-et-Loir.

Cependant toujours un artiste

Son tempérament artistique ne l’a pas quitté. Il fréquente des artistes connus au cours de ses diverses affectations : le poète Saint-Paul-Roux de Camaret, le peintre Max Jacob de Quimper, des sculpteurs comme Govanni Leonardi…

Il reprend le dessin sous le pseudonyme de Romanin. Il illustre le recueil de poèmes du morlaisien Tristan Corbières, publie des caricatures et des dessins humoristiques dans des revues.

Jean Moulin,un efficace homme de l’ombre

Un premier acte 

Le 17 juin 1940, , à la préfecture de Chartres, des officiers allemands demandent à Jean Moulin de signer un texte condamnant de prétendus méfaits commis par des tirailleurs sénégalais de l’armée française. Il refuse catégoriquement et est arrêté. Désespéré, il tente de se trancher la gorge dans la nuit ; il est sauvé de justesse. Cet acte marquera son entrée en résistance.

Il reprend ses fonctions de préfet à Chartres et encaisse sans commentaires les premières lois de Vichy…mais il est relevé de ses fonctions le 2 novembre 1940.

La résistance

Jean Moulin rejoint Paris, puis la zone Sud. Pendant un an, sous le nom de Joseph Mercier, il cherche à entrer en contact avec les premiers résistants.

En septembre 1941, il décide de partir pour Londres via Lisbonne. Le 25 octobre 1941, il rencontre le général De Gaulle. Ce dernier, chef de la France libre, peine à se faire reconnaître par les résistants de l’intérieur, encore peu nombreux, peu actifs et divisés.

Il charge Jean Moulin de coordonner l’action des mouvements de Résistance dans la zone Sud.

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Jean Moulin est parachuté près de Saint Andiol, le village de sa famille, à proximité de Salon-de-Provence, le 1er janvier 1942. Il parvient à convaincre les chefs des trois grands mouvements de cette zone (Henry Frenay, créateur de Combat, Emmanuel d’Astier de la Vigerie fondateur de Libération Sud et Jean-Pierre Lévy à la tête de Franc-Tireur) de séparer l’action militaire de l’action politique, de fusionner leurs éléments paramilitaires en une Armée secrète placée sous le commandement du général Charles Delestraint, puis, plus tard de constituer les mouvements unifiés de la Résistance.

Simultanément, Jean Moulin crée le comité général d’études (CGE) chargé de préparer les mesures législatives et administratives à prendre à la libération.

Démuni, sans agent de liaison, sans dactylo, sans secrétaire, chiffrant et déchiffrant lui-même les télégrammes, préparant ses rendez-vous, avec des risques considérables il demande à Daniel Cordier, un marchand d’art bordelais issu de l’Action française, rencontré le 1er août 1942, de devenir son secrétaire.

Une double vie

Joseph Mercier (son nom dans la clandestinité), sans jamais faillir à sa mission clandestine,  poursuit, sous son vrai nom Jean Moulin, une vie officielle qui lui sert de couverture.

Officiellement domicilié à Saint Andiol, il se rend souvent à Montpellier où habitent sa mère et sa sœur. A Nice, il inaugure le 9 février 1943 ,une galerie d’exposition, de vente de peintures, de dessins et de sculptures portant son nom d’artiste :la galerie Romanin. Il en confie la gestion à une amie,Colette Pons . A Paris ,il visite des galeries, achète des toiles….

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Le Conseil National de la Résistance

Jean Moulin (Régis, Max, Rex ou autres pseudonymes qu’il utilisera) met sur pied une véritable administration clandestine de la Résistance et devient l’intermédiaire obligé entre la Résistance intérieure et le général de Gaulle dont il fait accepter l’autorité. Le 27 mai 1943 se tient , à son domicile parisien de la rue du Four, le premier Conseil National de la Résistance (CNR) qu’il préside.

Une fin tragique

Quelques jours plus tard, le général Delestraint, , chef de l’Armée secrète est arrêté par les Allemands.

Pour prendre les mesures qui s’imposent, Jean Moulin convoque les chefs de la Résistance en zone sud le 21 juin 1943 à Caluire (Rhône). Suite à une probable trahison, il est capturé et emmené à la Gestapo à Lyon avec d’autres résistants. Rapidement identifié comme le chef de la Résistance intérieure, interné au Fort Montluc, il est torturé par le chef de la Gestapo de Lyon,Klaus Barbie. Transféré à la Gestapo de Paris , puis à Neuilly, et déporté par train vers l’Allemagne, il meurt des suites des sévices subis le 8 juillet 1943 en gare de Metz sans avoir jamais trahi.

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Une reconnaissance nationale

Dans une note de 1946, le général de Gaulle écrit «Max, pur et bon compagnon, de ceux qui n‘avaient foi qu’en la France, a su mourir héroïquement pour elle ».

Plus tard dans ses « Mémoires de guerre » il lui rend hommage « Cet homme, jeune encore, mais dont la carrière avait déjà formé l’expérience, était pétri de la même pâte que les meilleurs de mes compagnons ».

Les cendres de Jean Moulin sont transférées au Panthéon le 19 décembre 1964 . André Malraux ,Ministre des affaires culturelles, fait de lui, à cette occasion « le symbole » de l’héroïsme français , en l’associant à tous les résistants français, héros de l’ombre, connus et inconnus qui ont permis de libérer la France au prix de leur souffrance, de leur vie et de leur idéal de liberté.

Ce discours est considéré comme un des plus grands discours de la République Française.

Jean Moulin est le résistant le plus célèbre et le plus honoré de France.

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Il est le quatrième homme dont le nom figure au fronton des établissement scolaires français : 434 écoles, collèges ou lycées portent son nom après Saint Joseph, Jules Ferry et Jacques Prévert mais devant Jean Jaurès lien

J’espère que cet article vous aura remis en mémoire l’histoire de cet occitan, héros de l’ombre

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