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Les glacières en Occitanie

Les glacières en Occitanie

Les glacières sont des cavités souterraines dont la température constante, proche de zéro degré Celsius, permet le stockage de la glace toute l’année. Bien que leur utilisation remonte à l’Antiquité, ce n’est qu’à la Renaissance, à la cour de Louis XIV, que la technique est reprise en France mais de manière marginale.

C’est seulement au XVIII-XIXèmes siècles que leur utilisation se généralise en particulier dans le sud de la France.

Dans cet article examinons de plus près

– l’histoire des glacières

– leur technique

– les glacières de notre région

L’histoire des glacières

Une origine lointaine

Des textes hittites (entre le XVIIème et le XIIème siècle avant Jésus-Christ) font mention de transports de glaces.

En Chine, la glace est utilisée pour la conservation des aliments dès le Vème siècle avant Jésus-Christ.

Des tablettes cunéiformes de Mésopotamie du Nord évoquent la construction et l’utilisation de glacières dans les villes de Mari, Terga et Saggaratum au début du IIème siècle avant notre ère .

Les Grecs utilisent la glace qu’ils conservent dans des fosses et ce malgré les avertissements d’Hippocrate qui condamne son usage car il la dit pleine d’impuretés.

Les Romains utilisent la neige compactée pour conserver les aliments qu’ils transportent et rafraîchir leurs boissons. Dans les thermes, l’eau est conservée froide dans le frigidarium grâce à la glace. Sénèque en vante ses vertus médicinales.

Pendant toute l’Antiquité la glace est utilisée pour stopper les hémorragies, soulager la fièvre, la gangrène, les coliques.

Plus récemment

En Russie, les moujiks construisent une fosse sous un petit abri, dans laquelle ils entassent de la neige ou de la glace, qu’ils recouvrent de chaumes pour conserver leurs aliments.

En Iran, des glacières identiques sont appelées yakhchals.

Au Moyen-Âge, la glace est surtout utilisée pour des pratiques médicales. On retrouve toutefois, dans des châteaux de cette époque, des fosses maçonnées dont la construction ressemble à des glacières :châteaux de Cordès (Puy-de-Dôme), Blandy-les-Tours, Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne).

A la Renaissance, l’usage et la consommation de la glace se répand dans toute l’Europe.

Le roi Henri III (1551-1589) utilise de la neige pour rafraîchir ses boissons. Louis XIV en est friand et la construction de glacières va se répandre dans tous les châteaux de l’époque.

L’usage de la glace se démocratise au XVIIème siècle et la construction de glacières se multiplie.

Au XIXème siècle, le nombre de glacières construites est de plus en plus important ; des glacières communales voient le jour.

La fabrication de la glace s’industrialise.

Le commerce de la glace se développe.

Les glacières disparaissent avec l’industrialisation de la glace et le commerce de la glace avec la démocratisation du réfrigérateur.

Leur technique

Au début

Les premières glacières sont des grottes ou cavités naturelles dans lesquelles la température reste voisine de zéro. Fermées, simplement aérées par une ouverture située en hauteur, la température est peu variable, maintenue par la circulation de l’air ; en période de froid , neige et glace s’accumulent naturellement dans la cavité ; en période plus chaude, l’air froid, plus lourd reste dans la glacière ; la glace fond très lentement et l’eau de fusion reforme de la glace dès que survient le froid.

Plus tard, les glacières sont de simples fosses creusées dans la terre. De la glace ou de la neige tassée y sont entreposées, recouvertes de paille, de feuilles ou de branchages.

Des glacières dans les châteaux

Les glacières s’organisent et se construisent au fur et à mesure que se répand l’utilisation de la glace.

Dans les châteaux, des espaces sont emménagés pour la conservation de la glace: la glace récoltée sur les plans d’eau en hiver est stockée dans de grandes pièces enterrées ou dans de vastes puits, généralement situés au nord ; la glace est isolée du sol et de l’air extérieur par de la paille et des branchages ; des seaux d’eau, qui en gelant se solidifie et comble les vides, sont ajoutés régulièrement ; l’eau de fonte est collectée dans la partie basse et évacuée.

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chantilly-tourisme.com

La grande glacière du château de Chantilly mesure 9,25 mètres de diamètre et 11 mètres de profondeur ; elle peut contenir six cents tonnes de glace .

Des glacières artisanales et communales

Au XVIIème siècle, l’usage de la glace et son commerce se développent, entraînant la construction de nombreuses glacières.

Le sud de la France, en raison de son climat, est grand consommateur de glace.

Les hivers, en ce temps-là, sont beaucoup plus froids qu’aujourd’hui. La neige et la glace sont récupérées pour alimenter ces glacières.

Certaines demeurent artisanales mais parfois des communes construisent une ou plusieurs glacières pour répondre aux besoins de leurs habitants.

On retrouve la trace de ces glacières dans de nombreux toponymes : place de la glacière, rue de la glacière, chemin des glacières, etc…

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villagesperchesenmontagnenoire.com

Schéma d’une glacière

La glace est fabriquée à partir d’eau, gelée sur au moins 15 cm d’épaisseur, ou de neige. La récolte se fait en principe la nuit.

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La neige ou les blocs de glace sont transportés à dos d’âne ou d’homme, dans des hottes, dans des chariots vers les glacières. Cette matière première est tassée dans la glacière et arrosée pour solidifier les couches.

Industrialisation de la fabrication de la glace

En 1859, un ingénieur français, Ferdinand Carré, dépose le brevet d’une machine capable de fabriquer des pains de glace. L’industrialisation de la fabrication de glace est née. Elle remplacera, après la Première Guerre Mondiale, les glacières délaissées, notamment à cause du manque de main d’œuvre pour le remplissage, le nettoyage et le débit des pains de glace .

L’utilisation de la glace industrielle continuera jusque dans les années 50 où le réfrigérateur et son freezer la remplaceront.

Le commerce de la glace

Au début les glacières sont données en fermage. Le fermier débite la glace au pic et la vend sur place.

En 1701, Louis XIV oblige les particuliers propriétaires de glacières à les déclarer et réglemente la vente de la glace. De grandes villes achètent alors au roi le privilège de commercialiser la glace.

La Révolution Française fait de l’usage du froid une nécessité quotidienne ; l’accroissement de la population des villes conduit à la construction de grandes glacières urbaines, à la multiplication de glacières privées.

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Les glacières de notre région

La gestion du commerce de la glace

La production et le commerce de la glace tiennent une grande importance dans notre région en raison de la chaleur qui y règne en été.

De 1659 à 1775, la « ferme de la glace » est réglementée et placée sous monopoles.

Ces monopoles sont plus ou moins bien gérés ; les glacières sont alimentées selon les lieux par les neiges de l’Aigoual, de la Montagne Noire, des Pyrénées ; le coût de l’approvisionnement des glacières, qui se fait par transport de la neige ou de la glace, à cheval ou à mulet, est relativement élevé ; les concessionnaires doivent fournir une quantité imposée de glaces, payer des droits et vendre la glace au prix fixé dans le contrat.

Les propriétaires des monopoles changent souvent soit pour défaut de rentabilité, soit pour défaut de paiement des droits, soit pour insuffisance de production.

Les conflits, litiges, différends sont nombreux.

Après la Révolution Française le commerce et la fabrication de la glace dans notre région suivent la même évolution qu’ailleurs.

Les glacières communales de notre région

Elles sont très nombreuses et en faire une liste exhaustive est difficile; toutes les communes possèdent une ou plusieurs glacières.

Certaines, abandonnées, ont totalement disparues.

Pour d’autres, des traces de leur emplacement subsistent sur des plans cadastraux, sous forme de bâtiment ou seulement par toponyme.

D’autres encore sont répertoriées, classées monuments historiques ; parfois mêmes restaurées ou en cours de restauration, elles donnent lieu à des visites.

Les glacières visibles aujourd’hui

Jusqu’en 1925, pour obtenir une glace naturelle, les «glaciers» des villages de la Montagne Noire, au plus froid de l’hiver, recueillent la neige sur le pic de Nore et la stockent dans des glacières.

Au pied du Pic de Nore, à 820 mètres d’altitude, dans l’Aude, à la limite du département du Tarn, le village de Pradelles-Cabardès compte encore au moins neuf glacières.

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wikipedia.org

Des caravanes de glaciers descendent en soirée vers la plaine minervoise pour desservir en glace les villes de Lézignan, Narbonne, Carcassonne, parfois même Béziers ou la Haute-Garonne.

Ils traversent d’autres communes qui possèdent elles aussi leurs glacières comme Ventenac-Minervois, Saint Nazaire d’Aude, Cuxac d’Aude, Coursan, Salles d’Aude, Fleury d’Aude, etc…

Aujourd’hui « la route de la glace » est une randonnée balisée de 130 km du Pic de Nore à la Méditerranée.

Au pied du massif de la Clape, à Vinassan (Aude), un bâtiment du XVIIème siècle , ancienne glacière, est encore visible ; à Cuxac d’Aude, sur les pentes du Mont Caretou, au nord du village, les glacières restaurées, sont ouvertes à la visite depuis 2017.

A Ginestas (Aude), la glacière, bien conservée, forme avec l’auberge et le pont un bel ensemble architectural. Elle est une des seules restantes parmi les glacières construites pour les auberges du canal du Midi qui offraient « la couchée » aux voyageurs.

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Ginestas

petit-patrimoine.com

Dans la cité de Carcassonne (Aude) subsiste la toiture de l’ancienne glacière.

A Narbonne (Aude), une glacière, dans la cour de l’hôpital, conservait la glace pour les soins thérapeutiques.

A Castelnaudary (Aude), en 2004, à l’occasion de travaux d’aménagement du square Victor Hugo, les vestiges bien conservés d’une glacière aménagée dans une tour médiévale ont été découverts.

A Agde (Hérault), la grande glacière communale date de 1680 ; construite au point haut de la ville, près des remparts, en basalte, elle mesure 6m50 de diamètre et sa hauteur varie de 7m80 à 8m50. Elle produit de la glace jusqu’en 1884. A proximité , se trouve une glacière plus modeste de 4m95 de diamètre et de hauteur ; les deux glacières utilisent le même réseau d’écoulement pour les eaux de fonte. Elles sont ouvertes à la visite ; une troisième glacière, plus vaste que la première, est située entre la cathédrale et le Palais des Evêques ; elle appartenait au Comte-Evêque d’Agde.

A Castelnau-le-Lez (Hérault), près de Montpellier, 19 rue Salengro, se trouvent deux glacières datant du XVIIème siècle, qui ont fonctionné jusqu’au XIXème siècle ; véritables igloos en pierres de Castries, elles sont en excellent état de conservation. Ouvertes au public, elles sont aujourd’hui transformées en hall d’exposition.

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Glacière de Castelnau-le-Lez

montpellier.aujourdhui .fr

Des traces d’autres glacières subsistent :

– à Grabels (Hérault), les vestiges d’une glacière sont découverts en 2009.

à Béziers (Hérault), dans le faubourg.

à Millau (Aveyron), au lieu-dit La Maladrerie.

à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le cadastre fait mémoire d’une glacière à l’angle des rues du Bourg Vieux et du Grand Fossé.

à Auch (Gers) ne subsiste de la glacière qu’une tour, au pied de l’escalier, en contrebas, au nord-ouest des allées d’Etigny.

– en Haute-Garonne, au château de Bonrepos, la famille de Pierre-Paul Riquet, propriétaire des lieux et dépositaire du droit de commercer la glace sur le canal du Midi, possède une glacière.

– à Montauban (Tarn-et-Garonne), l’ancienne glacière du Moulin de Palisse se visite.

De nombreuses autres glacières sont répertoriées dans notre région par les services du Patrimoine.

Cet article est déjà bien long et il n’est pas possible de toutes les énumérer ici. Toutefois j’attire votre attention sur ce type d’architecture ; n’hésitez pas à solliciter vos guides sur ce sujet, lors de vos visites touristiques dans la région

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  1. Jean-Pierre HUTTER

    Bel article Anne-Marie ! Il existe une très belle glacière à l’entrée de St Laurent le Minier sur la gauche

  2. AGNES AUPIED

    Bravo pour cet article sur les glaciaires ….. il est fort complet de ses origines à nos jours
    ( devenues des lieux incontournables de visites ou expositions). Le progrès ne les a pas fait disparaitre totalement mais la glaciaire puis le réfrigérateur et le congélateur les ont amplement remplacés…. vive le progrès . Encore merci Anne-Marie.

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