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Les fourches de Sauve

Les fourches de Sauve

Les fourches de Sauve sont la spécialité de ce village du Gard depuis des siècles.

Dans cet article découvrons :

– un arbre

– les fourches de Sauve

Un arbre

Le micocoulier

Il est impossible de parler des fourches de Sauve sans évoquer le micocoulier.

Cet arbre, Celtis australis, appartient à la famille des Ulmacées (comme l’orme) et pousse à l’état naturel dans la France méditerranéenne, l’Italie, l’Espagne.

Dans le Gard, on l’appelle aussi fanabrégou, fanabréguier, falabréguié, mélicoquié, bélicoquié ou picopoulié ! A Sauve, on l’appelle fourchier…et pour cause !

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Sauve

Sauve est un village médiéval du Gard, bâti à flanc de rocher, en bordure du fleuve Vidourle.

Aux portes des Cévennes, Sauve fait partie de l’arrondissement du Vigan et de la communauté de communes du Piémont cévenol.

Son terrain

Cet arbre robuste, au feuillage sombre, pousse dans des terrains arides et rocailleux, connus à Sauve sous le nom d’issarts.

Il produit des fruits, les micocoules, petites boules de la taille d’un petit pois, au goût de miel d’où son appellation, parfois, de mélicoquié.

Dans tout le sud méditerranéen poussent des micocouliers ; ces arbres hauts de 20 à 30 mètres, parfois vieux de plus de 600 ans, ombragent les places des villages (les plans), les bords de routes…ils sont rivaux des platanes.

Son utilisation

Le bois souple et résistant de ses branches servait autrefois à la fabrication de baguettes de fusil, de brancards pour chaises légères, de cercles pour tonneaux. On en fait encore des attelles, et, dans les Pyrénées-Orientales, des manches de fouet (il existe une espèce de fouet que l’on appelle le Perpignan).

A Sauve, on l’utilise pour fabriquer des fourches.

Les fourches de Sauve

La culture du micocoulier à Sauve

Les hypothèses sur son origine sont multiples.

Elle aurait été rapportée par des missionnaires venus de Chine…

Plus plausible, ce serait la famille Bermond, d’origine sarrazine, satrapes (gouverneurs) de la province de Sauve au VIIIème siècle qui l’aurait importée.

Une chose est sûre, la culture du micocoulier existe à Sauve au XIIème siècle car le cartulaire de Maguelonne (les évêques de Maguelonne étaient barons de Sauve) en fait mention.

Pourquoi des fourches ?

Le micocoulier pousse à même la roche et sous forme de fourche.

Comme l’olivier, bien connu dans notre région, il peut renaître de souches multiséculaires. Cette pérennité de la souche permet la production en continu, de fourches , tous les ans, sur la même souche.

La présence, à l’aisselle des feuilles, de trois bourgeons qu’on nomme « fleur de lys » est à l’origine de trois rameaux qui deviendront les trois becs de la future fourche.

Les Sauvains ont su mettre à profit les bizarreries de la nature pour développer sur leur territoire la culture des micocouliers. Ici finis les grands arbres, de 20 à 30m, mais des terrains sur lesquels on cultive de jeunes arbrisseaux.

Le développement de l’arbre

C’est un long travail qui dure de cinq à sept ans : le « réblaquage » . Il consiste à tailler les rejets de la plante de manière spécifique et raisonnée pour obtenir une fourche.

On laisse pousser les « drageons » ou « fourchons » nés d’une racine ; chaque souche en donne une dizaine. Au bout d’environ un an, ils ont atteint une certaine taille et on les coupe à quelques centimètres du sol. L’année suivante des recrûs sortent de ce nouveau plant. Les plus fragiles sont éliminés. Les autres vont pousser jusqu’à environ 1m20.

Le « réblaquaïre » qui se promène toujours avec son « poudet »(petite serpe) en poche et sa jauge pour mesurer la grosseur du fourchon, élimine les branches adjacentes naissantes au fur et à mesure afin de conserver la sève dans la branche choisie pour devenir une fourche. La taille se pratique au printemps et en hiver.

Lorsque le fourchon a atteint la hauteur souhaitée pour le manche de la fourche, le cultivateur choisit la plus belle « fleur de lys », la plus vivace, qui donnera naissance aux trois becs de la fourche.

Le façonnage de la fourche

Lorsque les becs de la fourche ont atteint la longueur souhaitée, le « débiscaïre » va la couper, de novembre à mars, avant la remontée printanière de la sève.

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Connaissance du Pays d’Oc

Elle est remise au « pelaïre »(peleur) qui place les fourches vertes debout, dans un four alimenté par un feu de copeaux car il faut une chaleur sèche afin que l’écorce se sépare facilement du bois. A coup de serpettes, il pèle délicatement la fourche en lanières qui serviront à sa décoration.

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Connaissance du Pays d’Oc

La fourche, toujours dressée, passe dans les mains du « plégaïre » (plieur) qui va utiliser des outils spécifiques pour lui donner sa forme finale ; il va préciser la courbure à l’aide de la potence ; il redresse les becs éventuellement s’ils ne sont pas assez droits ou symétriques, en précise les écartements, en leur donnant leur forme et leur cambrure définitives.

Une lanière de l’écorce précédemment pelée est cravatée au manche.

Les fourches, toujours dressées, sont introduites dans un four étanche, sans cheminée, avec une porte scellée. Elles cuisent ainsi à la fumée, à 120 degrés, pendant environ 18 heures. A la sortie du four, elles sont débarrassées de leurs cravates qui donnent le motif décoratif ou la marque de l’artisan, lequel apparaît car le bois de la partie qu’elles recouvrent n’a pas été atteint par la fumée.

Les becs sont alors appointés et affinés avec une plane.

L’utilisation des fourches de Sauve

Spécificité locale

C’est seulement à Sauve que sont fabriquées des fourches en micocoulier. Nulle part ailleurs, en Italie, en Espagne, en France, pas même dans les communes environnantes, où poussent des micocouliers à l’état naturel, on n’a eu l’idée de leur culture et de leur transformation en fourche.

Des fourches adaptées

Essentiellement destinées à des usages agricoles, la fabrication des fourches s’adaptent aux besoins.

Les « espaliadouires », plus forts, avec des becs plus longs servent à remuer les bottes de foins, les gerbes de blé, à séparer la paille du foin.

Les « ventadouires », de forme plus déliée et aux becs plus écartés, permettent d’éventer le blé.

La « charretière » est la plus longue et la plus large : c’est celle qui subsiste aujourd’hui.

Une activité fluctuante

Vers le milieu du XVIIème siècle, les fourches vertes se vendent trois livres la douzaine et leur commerce est libre.

Mais les fabricants s’entendent et font chuter les prix.

Dès l’Ancien régime, en 1688, sous Louis XIV, les producteurs de fourches de Sauve se regroupent dans une organisation qui pose les bases des futures coopératives.

Production, fabrication, vente des fourches sont alors réglementées.

Au XVIIIème siècle, des hivers rigoureux font périr tous les oliviers du territoire de Sauve. Ils sont alors remplacés par des plantations de micocouliers. Mais bientôt il y a surproduction et chute des prix ; les invendus sont brûlés.

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L’utilisation du métal, l’industrialisation et la mécanisation de l’agriculture donnent un coup fatal en entraînant le déclin des débouchés pour les fourches de Sauve.

La production de 70 à 80 000 fourches par an aux XVIIIème et XIXème siècles, ne cesse de péricliter ; la main d’œuvre est de plus en plus rare et surtout il y a de moins en moins de travailleurs qualifiés pour le travail délicat de la taille des micocouliers. Elle est aujourd’hui d’environ 300 fourches par an.

Légères, maniables et peu sujettes à la vermoulure, les fourches de Sauve restent recherchées par les haras, les clubs hippiques car leur usage est moins dangereux pour l’animal que celui de la fourche métallique ; l’industrie de la laine et du duvet l’apprécie car elle est antistatique ; elle est aussi utilisé dans les spectacles de reproductions historiques et en décoration.

Un conservatoire de la fourche existe à Sauve. N’hésitez pas à le visiter si vous passez à proximité.

Visites et ventes de fourches

Rue des Boisseliers 30610 SAUVE Tél : 04 66 80 54 46 – Fax : 04 66 51 63 79

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Connaissance du Pays d’Oc n°2-mars-avril 1973

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  1. AGNES AUPIED

    TRÉS INTERESSANT ….Merci Anne-Marie , cela me donne envie d’aller me promener à Sauve …et de ramener une fourche pour une décoration . A bientôt

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