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Fanfonne Guillerme, grande dame de la Camargue

Fanfonne Guillerme,

grande dame de la Camargue

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Fanfonne Guillerme , parisienne de naissance mais occitane de cœur, reine de la Camargue, seule au sein d’un milieu masculin, à une époque où le rôle de la femme est encore au foyer, est la première femme manadier.

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Dans cet article je vous présente cette femme exceptionnelle pour son époque :

– Une enfance et une adolescence parisienne et bourgeoise

– L’amour de la Camargue

– Une vie consacrée à la « bouvine » et aux traditions

– La grande dame de Camargue

– Les honneurs et la reconnaissance

Une enfance et une adolescence parisienne et bourgeoise

Une naissance parisienne

Fanfonne Guillerme est née Antoinette Guillerme le 31 octobre 1895 à Paris.

Elle est la quatrième d’une fratrie de six enfants.

Son père Frédéric Guillerme, issu d’une famille de grands magistrats et de scientifiques parisiens, est propriétaire d’une entreprise de transports.

Sa mère Alice Larnac est la fille de Julien Larnac et Elisabeth De Ville. Ces derniers sont installés à Aimargues (Gard), dans un important domaine « Le Petit Teillan » qui deviendra plus tard « le Mas de Praviel ».

Une vie bourgeoise

Antoinette grandit à Paris, 55 avenue Kléber, dans le 16ème arrondissement.

Enfant turbulente, elle dit qu’elle est« un peu garçon manqué » ; sa préceptrice, Tita, une suisse-allemande, lui donne le surnom de Fanfan qu’elle prononce Fanfon en raison de son accent, et devient Fanfonne.

Les enfants de la famille Guillerme passent leurs vacances chez leurs grands parents maternels, au milieu des chevaux et des taureaux.

Fanfonne et sa sœur Hortense font leurs débuts hippiques ; elles montent en amazone, et pratiquent de longues promenades à cheval au Bois de Boulogne. Leurs parents sont d’excellents cavaliers et suivent avec intérêt les progrès de leurs filles. Sa mère a monté sa jument Judith pendant les quatre premiers mois de sa grossesse ce qui faisait dire à Fanfonne qu’elle montait à cheval avant de naître !

Le retour en Camargue

En 1904, un incendie ravage l’entreprise familiale.

La famille Guillerme quitte Paris et s’installe définitivement dans la propriété familiale d’Aimargues, le « Mas de Praviel ».

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Entre les communes gardoises d’Aimargues au Nord, du Cailar à l’Est, de Saint Laurent d’Aigouze au Sud et Marsillargues (Hérault) à l’Ouest, la famille voit passer « bandido » (retour des taureaux des arènes vers le pré) et « abrivado » (conduite des taureaux des pâturages aux arènes) en route pour Marsillargues ou les prés du Cailar ; les gardians s’arrêtent dans la cour du mas et on leur offre la cartagène (cartagena, en occitan, boisson alcoolisée typique du Languedoc ).

Fanfonne cultive son amour du cheval et de la « bouvine », ensemble des traditions et des pratiques sportives de la tauromachie camarguaise  !

Une vie sentimentale attristée

En 1911, Fanfonne se fiance à Jean Hecht.

Originaire de la région de Sedan, ce beau jeune homme , petit fils du baron Haussmann par sa mère, est le fils d’une famille amie des Guillerme et des Larnac.

Fanfonne et Jean sont très amoureux et projettent de se marier dès que ce dernier aura terminé ses études.

Le 2 août 1914, Jean Hecht est incorporé dans les dragons.

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Envoyé au front sur la Marne, il revient peu de temps après fortement mutilé.

Afin de ne pas être un handicap moral et physique pour Fanfonne, il décide de rompre et de rendre sa parole à sa fiancée.

Fanfonne ne connaîtra plus d’amour de sa vie. Elle se plaira même à dire que ses enfants sont les taureaux !

L’amour de la Camargue

Une immersion précoce

En 1906, sa mère achète une doublenque (une vache de deux ans) promise à la mise à mort dans les arènes d’Aimargues. Les enfants ravis de cette acquisition la baptisent Bichette, du nom de son gardian ! Bichette devient la coqueluche de la famille.

En septembre 1907, suite à des intempéries et de sévères inondations, la manade du marquis de Baroncelli trouve refuge au mas et y passe l’hiver. Une partie des cocardiers et des vaches sont là et les enfants Guillerme vont se rapprocher de plus en plus des « bioù » et de la culture camarguaise.

Bichette sera même intégrée à ses congénères de la manade Baroncelli et constituera ainsi avec sa descendance le début de la future manade Guillerme.

Une adolescence « gardiane »

L’amitié entre les familles Guillerme et Baroncelli, encourage le goût de Fanfonne pour la tradition camarguaise.

Elle partage la vie des gardians, n’hésite pas à traverser la Camargue de nuit, à cheval , pour être présente à un triage de vaches au petit matin.

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Fanfonne est profondément attachée à la terre et aux traditions camarguaises. Elle participe à toutes les manifestations de la « Nacioun Gardiano » en compagnie des manadiers : le Marquis de Baroncelli, Jean Bérard, Mathieu Raynaud…

En 1913 , elle rencontre Frédéric Mistral à l’occasion du cinquantenaire de « Mireille » de Gounod à Saint Rémy de Provence et en reste marquée.

La gentillesse, le sourire, la témérité de Fanfonne provoquent parmi les gens de la « bouvine » une réelle admiration.

Appréciée de tous, elle fait avec eux son apprentissage du métier.

Les manades

La manade Grand-Guillerme

En 1920, Alice, la mère de Fanfonne crée, avec Jean Grand une manade qui prendra le nom de Grand-Guillerme.

Marius Fabre en est le premier gardian durant deux années.

Il est remplacé par René Chabaud, un homme reconnu dans le métier. Auprès de lui Fanfonne fait ses armes et devient une grande manadière.

La manade Fanfonne Guillerme

Fanfonne prend la direction de la manade en 1956 et en change le nom ; ce sera désormais la manade Fanfonne Guillerme.

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Le but de ces manades n’est pas de produire de grands cocardiers mais plutôt d’assurer de nombreux « abrivados ».

Malgré cela quelques bons éléments participent aux courses à la cocarde et laissent leurs noms dans l’histoire de la « bouvine » : Bouchard, Rampau, Cyrano, Mystérieux et l’Aigues Mortem…

Une vie consacrée à la « bouvine » et aux traditions

La « Nacioun gardiano »

Le 16 septembre 1909 le marquis Folco de Baroncelli, ami de Mistral, crée la « Nacioun gardiano »(la Nation Gardiane). Son objectif est de défendre et de maintenir les traditions camarguaises. Il participe à la sauvegarde de la Confrérie des gardians qui manque de disparaître.

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Première implication de Fanfonne Guillerme

L’ intérêt et l’ adhésion à la culture camarguaise de Fanfonne Guillerme sont une évidence.

Sa proximité avec le Marquis de Baroncelli, les membres de la « Nacioun Gardiano »,  son intégration dans le milieu de la « bouvine » , son amour des traditions, la conduisent à participer, le 17 novembre 1921, à la levée des tridents à Nîmes.

Cette manifestation rassemble une foule immense et une centaine de cavaliers de la « Nacioun Gardiano » conduite par le Marquis Folco de Baroncelli et l’avocat manadier Bernard de Montaut-Manse ; elle permet de débouter la SPA de son action en justice contre les corridas de Nîmes.

La croix camarguaise

Le 7 juillet 1926 Fanfonne Guillerme inaugure la croix camarguaise aux Saintes Maries-de-la-Mer .

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Cette croix, conçue par le peintre Hermann-Paul, à la demande du Marquis de Baroncelli, est fabriquée par Joseph Barbançon, forgeron aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Inspirée de l’ancre de marine, elle symbolise la « Nacioun Guardiano » , associant les gardians, les pêcheurs et les Saintes Maries dans les trois vertus théologales :

– la croix et ses tridents de gardians expriment la foi

– l’ancre des pêcheurs symbolise l’espérance

– le cœur représente la charité des Saintes Maries, disciples féminines de Jésus venues s’établir en Camargue.

La grande dame de Camargue

Au sein de la manade

Fanfonne Guillerme « la patronne » travaille au quotidien avec le « baïle »

( régisseur) René Chabaud.

Ce dernier sait s’entourer de gardians compétents qu’il forme.

Ils constituent une équipe rodée à toutes les épreuves au sein de laquelle Fanfonne est respectée et admirée.

Entre les courses , les transhumances semestrielles et les travaux quotidiens, la manadière est étroitement liée à l’activité de ses taureaux et de ses hommes.

Après leurs mariages, ses frères quittent la manade. Sa sœur Hortense remplace Pierre dans les propriétés d’Aimargues (Gard) et de Marsillargues (Hérault).

En 1936, Fanfonne se retrouve seule, avec René Chabaud, aux affaires de la manade. Ce dernier se retire en 1950, laissant la place à Jacques et Armand Espelly qu’il a lui même formés.

L’évolution de la manade

Le troupeau s’étoffe peu à peu ; les besoins changent ; l’avenir se tourne vers une course camarguaise plus spectaculaire. Fanfonne intègre ce changement et soutien son « baïle » dans la transformation de l’élevage.

Leur travail donne vite des résultats : en 1956, Pi Pan, petit taureau, très fougueux enflamme les spectateurs et le monde des « afecionados »( amateurs de taureaux).

La production d’une série d’excellentes vaches cocardières confirme l’évolution : Guirlande, Tortue, Mimosa s’inscrivent au palmarès des plus prestigieuses cocardières.

Fanfonne et la Camargue

Fanfonne, fidèle aux chevauchées solitaires, court par les drailles de Camargue, à n’importe qu’elle heure du jour ou de la nuit, sur son fidèle Prince .

Elle poursuit son œuvre, animée d’une véritable philosophie, inébranlable, tenace, vouée entièrement à la défense et à l’amour du pays.

Figure respectée et admirée du milieu camarguais, le poète languedocien Paul Vézian lui dédie un poème « La Reino di Gardian ».

Elle est à l’origine de la reconnaissance du cheval Camargue en tant que race pure par les Haras Nationaux en 1968.

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La même année, son taureau Galapian est Biou d’or, il sera suivi en 1983 par Segren.

Les honneurs et la reconnaissance

De son vivant

Le 21 février 1975, Fanfonne Guillerme est choisie par le gouvernement comme ambassadrice de la Camargue au grand rassemblement féministe organisé pour l’année de la femme. Les invitées se sont particulièrement illustrées dans leur rude métier exercé dans la plupart des cas par des hommes

Le 7 décembre 1986 , à Beaucaire (Gard), elle reçoit la première médaille du Mémorial de la Course camarguaise frappée par le Conseil Général du Gard.

Elle est présidente d’honneur du club taurin aimarguois.

Sa disparition

Le 22 janvier 1989, à 94 ans, Fanfonne Guillerme s’éteint dans son Mas de Praviel. Le monde méridional est dans la peine. Elle repose au cimetière protestant de Nîmes.

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En 1960, le chroniqueur Pierre Vignon écrit de celle qu’on nomme Mademoiselle Fanfonne:

« Une très grande manadière. La familiarité avec laquelle le monde afeciounado appelle la manadière Melle Fanfonne, étant peut-être la plus belle traduction des sentiments de vive sympathie, d’admiration et, chez les plus purs, de vénération, à notre tour nous nous permettrons d’employer le prénom populaire. Fanfonne est le type même de la femme attachée à la bouvine. Fanfonne s’honore de cinquante années d’abrivados où toujours elle excella et excelle encore malgré son âge. Elle a vécu et participé  à ces abrivados héroïques où seuls quelques cavaliers encadraient les bêtes. »

A titre posthume

La ville d’Aimargues et la « Nacioun gardiano » organise chaque premier dimanche de mars un rassemblement de la « bouvine » pour lui rendre hommage.

Figure emblématique d’Aimargues, le 22 octobre 1995 une plaque commémorative à son nom est apposées sur le boulevard éponyme ; en 2010 un buste en bronze de Fanfonne est sculpté par le bronzier Claude.

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En 2011 les instances départementales et régionales, avec la municipalité d’Aimargues décide la création d’une statue de Fanfonne, sur son cheval Prince, galopant dans les marais auprès des deux Biou d’or Galapian et Segren. Elle est inaugurée le 4 mars 2012 sur la place du château.

J’espère que cet article vous a permis de mieux connaître, peut-être de découvrir Mademoiselle Fanfonne, cette femme qui a su s’imposer dans un milieu très masculin et machiste.

Pour mieux en mesurer la prouesse, sachez qu’un débat anime encore le monde de la « bouvine » aujourd’hui :

la Nacioun gardiano et la confrérie des gardians ont confirmé, au printemps 2018, « lors des manifestations que nous organisons nous-même les femmes à cheval ne sont pas tolérées. Pour l’instant, on y reste opposés, parce que c’est la tradition, que nous sommes là pour la perpétuer et pas la changer »(NDLR : dans ces manifestations les femmes montent en croupe des gardians à cheval) ; la « Nacioun gardiano » précise cependant qu’« elle a depuis longtemps accueilli des femmes pour siéger à son conseil d’administration et dans ses commissions ».

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  1. mireille GB

    C’est un comble que la nacion gardiano qui vénère à juste titre Fanfonne Guillerme exclue les femmes à cheval au nom d’une soit- disant tradition qui dans la réalité n’a fait qu’évoluer depuis le début du XX S (voir l’histoire de la course camarguaise)
    Vous n’êtes pas sans savoir que tout ce qui touche à la bouvine est bien menacé… Il serait plus intelligent d’évoluer et de rassembler au lieu d’exclure au nom d’une tradition machiste imbécile….!

  2. Ollivier

    Bonjour
    Fanfonne : Quelle femme exceptionnelle , quelle énergie, quel caractère, quelle modernité.
    Une femme libre qui a su s’imposer comme une figure incontournable de la Camargue. Respect 🌹

  3. CHEVALLIER anne marie

    MERCI POUR CET ARTICLE CAR J AI TOUJOURS ENTENDU MON GRAND PERE PARLER DU MARQUIS DE BARONCELLI ET GRACE A LUI MA MAMAN AVAIT DEFILEE EN TENUE LORS DES DEFILES DES SAINTES J AI UNE PHOTO

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