Emma Calvé, une diva occitane

Emma Calvé est une diva du XXème siècle. Aveyronnaise ,fière et attachée à son terroir, elle a chanté dans le monde entier, de New-York à Saint-Pétersbourg, en passant par Paris, Milan et Venise.

Dans cet article, découvrons ce personnage

– une jeune aveyronnaise

– ses débuts volontaristes et travailleurs

– sa renommée de cantatrice

– la femme

– la reconnaissance et l’oubli

Une jeune aveyronnaise

Une famille

Rosa Noémie Emma Calvet naît à Decazeville (Aveyron) le 15 août 1858 à 11 heures, rue Chante Grillon, dans une famille modeste.

Elle est la fille de Justin, Emile Calvet (1824-1902) et de son épouse, Adèle, Léonie Astorg (1835-1921).

 

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Dans ce bassin minier, son père, entrepreneur, boise les galeries de mines. Plus tard la famille déménage successivement vers Roquefort et Tournemire, où le père participe aux travaux de construction de la ligne de chemin de fer Béziers-Paris

Dans un article des Annales de la Littérature de 1967, André Lebois écrit :

« Le rossignol du Rouergue est donc né pour la fête de Napoléon et de la Vierge Marie, et en plein midi. Fille du soleil, de l’ambition conquérante et de l’esprit religieux. Douée, d’après les auditeurs de ses premiers cris, d’une rare vigueur de poumons. Sa maison natale était rue Chante-Grillon!Canta grelh! Sa mère avait un répertoire de chansons inépuisable ; sa tante rayonnait d’une beauté qui faisait dire Esclaro lou païs !…Voilà bien des signes autour de ce berceau ! »

Elle a deux frères cadets :Paul-Justin qui décède à 10 ans et Adolphe, Charles, Edouard ; ce dernier, enseigne de vaisseau, aura un fils, Elie, Emmanuel, Eugène (1904-1929) , premier prix du conservatoire de Paris dont Emma sera proche.

Une éducation religieuse

Emma Calvé grandit sur le Larzac, à Labastide-Pradines ( Aveyron), village d’origine de son père, puis à Roquefort et Tournemire.

Elle fréquente diverses institutions d’éducation aveyronnaises, à Saint-Affrique, à Tournemire, à Millau.

Elle est une élève brillante, réussit un concours d’entrée aux PTT.

Mais déjà elle se distingue par sa voix qui aurait fait dire à l’évêque du lieu, Monseigneur Bourret, au cours d’une fête scolaire : « C’est la voix du bon Dieu que cette enfant a dans la gorge, il faut qu’elle fasse carrière. »

Ses débuts volontaristes et travailleurs

Ses débuts parisiens difficiles

Sa mère, ambitieuse pour ses enfants, monte avec eux à Paris.

Emma poursuit des études de chant et intègre l’école du comédien, chanteur, ténor marseillais Jules Puget (1820-1877). Ce dernier lui conseille d’abandonner le « t » final de son nom (on ignore pourquoi…) : Emma Calvé est née !

Admise au conservatoire de Paris, elle y termine ses études de chant en 1882.

Sa mère ne possède que de faibles rentes et quelques maigres mandats expédiés par son père parti travailler en Amérique du Sud où il a du mal à survivre ; elle fait des ménages. La famille mène une vie de privations.

Dans l’espoir de les aider, Emma va passer une audition en cachette au café-concert l’Eldorado. Elle y interprète naïvement l’air de la Favorite « O mon Fernand… ». Interrompue par les rires et les quolibets dès les premières mesures, elle s’enfuit en larmes, humiliée.

Son professeur, Jules Puget , a qui elle confie sa mésaventure, lui procure un engagement pour des concerts classiques dans des sociétés philharmoniques.

Les débuts d’une grande carrière

En 1881, c’est encore Jules Puget qui lui obtient un contrat pour le théâtre de la Monnaie de Bruxelles, où elle effectue ses vrais débuts dans le rôle de Marguerite du Faust de Gounod, puis dans celui de Chérubin des Noces de Figaro.

De retour à Paris, elle reprend des cours et apprend de nouveaux rôles avec Mathilde Marchesi de Castrone, célèbre mezzo-soprano allemande. Sa large tessiture lui permet d’interpréter des rôles de soprano lyrique comme de soprano dramatique.

En 1883, le baryton Victor Maurel, directeur du Théâtre italien, lui donne sa chance ;l’année suivante, Carvalho l’engage à l’Opéra-Comique où elle débute, avec succès. Les critiques louent sa jolie voix.
En 1884, elle signe un contrat, à la Scala de Milan pour La Flora Mirabilis de Samara.

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wikipedia.org

De retour à Paris, elle va voir Gounod qui l’encourage à travailler, à se perfectionner sans relâche, et la dirige vers un nouveau professeur, Rosine Laborde.

Sa renommée de cantatrice

La reconnaissance italienne

En 1885, après une saison au Théâtre italien de Nice (dans Les Pêcheurs de Perles, Hamlet, Faust), Sonzogno, le grand éditeur de Milan, lui offre un engagement de trois ans au cours duquel elle se produira sur les plus grandes scènes lyriques d’Italie. Florence, Rome, Naples, Venise lui font un accueil triomphal. 

Après une représentation d’Ophélie dans Hamlet d’Ambroise Thomas à la Scala de Milan elle est félicitée par la célèbre tragédienne Eléonora Duse en personne ! Ce sera le prélude d’une grande amitié.
Au terme de cette tournée italienne, Emma Calvé est reconnue comme une grande chanteuse d’opéra et une excellente comédienne.

Le triomphe de Carmen

Après quelques années en Italie, Emma Calvé part pour l’Amérique où elle remporte un grand succès. De retour à Londres elle triomphe au théâtre de Covent Garden.

En 1892, elle revient à Paris, rentre à l’Opéra-Comique où elle interprète différents rôles , toujours avec succès. Arthur Léon Carvalho, directeur de l’Opéra-Comique, lui propose de reprendre le rôle de Carmen de Bizet. Ce rôle créé par la cantatrice Célestine Galli-Marié n’a pas été repris depuis la retraite de cette dernière. Elle part en Espagne pour s’imprégner du rôle. La première a lieu le 25 novembre 1892. C’est un triomphe !

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wikipedia.org

Emma Calvé emmène ce rôle (et d’autres) dans le monde entier .

Une renommée universelle

Elle interprète ses rôles sur les plus grandes scènes du monde et dans tous les pays. Elle fait un tabac partout où elle passe.

Covent Garden et le château de Windsor en Angleterre, où elle chante en présence de la reine Victoria, le Métropolitan Opéra à New York, Boston, Chicago, l’Inde, le Japon, la Russie, l’Australie…elle est acclamée dans le monde entier.

À l’Université de Columbia , le public la rappelle plus de vingt fois et pour le disperser on est obligé de l’arroser avec des lances à incendie !


La femme

Une mystique ?

On la dit intéressée par l’ésotérisme et l’occultisme.

De 1892 à 1899, elle fréquente Camille Flammarion et son épouse ; chez eux on parle d’occultisme ; le grand astronome est passionné par ce sujet dans le cadre de ses études sur les phénomènes paranormaux.

Parmi ses amis proches, elle compte un authentique gourou indien, le Swani Vivi Kananda qu’elle a rencontré à Chicago où il donne des conférences et qui la fascine.

Elle aurait même fréquenté le mystérieux abbé Bérenger Saunière, curé du village audois de Rennes-le-Château….

Une aveyronnaise fière de l’être

Emma Calvé, malgré son immense succès et la fréquentation des grands de ce monde, reste fière de ses origines modestes et provinciales.

Elle aime son Rouergue natal, sait chanter en occitan. Il lui arrive souvent au cours de ses récitals, d’interpréter des chansons occitanes ou dans l’intimité, d’esquisser quelques pas de bourrée qu’elle danse merveilleusement bien paraît-il…

En 1894, elle acquiert le château de Cabrières , sur la commune de Compère, entre Millau et Séverac, dans son Aveyron natal.

Une femme de coeur

Soprano célèbre, Emma Calvé est également une femme généreuse.

En 1892, elle prête sa voix et finance la construction du clocher du Sacré Coeur de Millau (Aveyron).

En 1913, elle chante à Saint Affrique (Aveyron) pour financer la restauration de l’orgue de l’église.

En 1926 elle ouvre une école de chant et un sanatorium au château de Cabrières.

Ayant fréquenté dans sa petite enfance des enfants d’ouvriers à Decazeville, puis plus tard ceux des agriculteurs du Larzac, elle garde une profonde estime pour la classe ouvrière. Elle n’hésite pas en 1911, puis en 1935 à soutenir avec son argent, les longues grèves des ouvriers gantiers de Millau.

Une patriote

Dès le début de la Première Guerre mondiale, la générosité et le patriotisme d’Emma Calvé vont s’exprimer.

Dès 1914, elle entreprend une tournée en Amérique pour récolter des fonds au profit des blessés de guerre et de la Croix Rouge.

« À mon tour de faire mon devoir, écrit-elle. Ma pauvre mère éplorée, mes amis, disent qu’il y a grand danger, de traverser l’Atlantique à cause des torpillages. Et après ? Est-ce que nos soldats hésitent à aller au front ? »

En avril 1915, au théâtre Lafayette de New York, elle demande que la soirée soit donnée au nom de la Croix Rouge française ; après avoir interprété la Marseillaise, elle enchaîne sur « Le chant du départ » et à la fin , déploie sur le sol un drapeau français.

En 1916, au Bazar des Alliés-Central Palace, à New York, devant 30 000 spectateurs, elle interprète « La Marseillaise », vêtue en Alsacienne, drapée d’un drapeau tricolore ; elle chante le dernier couplet « Amour de la patrie… » à genoux et en larmes… et fait la quête dans un casque : elle récolte 50 000 dollars.

A San Francisco, à la demande du public, elle chante « Le clairon » de Déroulède. Dans la salle environ 200 Allemands sont présents ; ils sifflent la chanteuse…Les spectateurs vexés se lèvent et crient ‘Vive la France, à bas les boches ! »

Après l’armistice du 11 novembre 1918, elle continue d’agir pour les blessés et les orphelins de guerre.

Elle engrange ainsi des milliers de dollars qu’elle transmet à l’Ambassadeur de France.

Quelle vie sentimentale ?

Peu de chose sont connues sur la vie sentimentale d’Emma Calvé.

De 1892 à 1897, elle a une liaison avec l’écrivain dramaturge Henri Cain qui , profitant d’une tournée américaine de la diva, jette son dévolu sur une jeune soprano bordelaise, Julie Guiraudon, qu’il épouse en 1904.

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Henri Cain wikipedia.org

Elle a ensuite une liaison orageuse avec Jules Bois, romancier dramaturge marseillais, son cadet de dix ans, féru d’occultisme.

Concernant sa vie sentimentale , elle dit elle-même:

« Ayant tout sacrifié au théâtre, je n’ai pas mérité le bel amour qui contente et qui dure. »

Sa vie familiale se résume à la grande affection qu’elle porte à son neveu Elie, Emmanuel, Eugène Calvet (1904-1929) , premier prix du conservatoire de Paris , Elle le considère comme son fils. Il meurt subitement , en scène en 1929. Très affectée, elle vend le château de Cabrières qu’elle lui destinait.

La reconnaissance et l’oubli.

La reconnaissance

Le soir de la 1000 ème représentation de Carmen, après avoir chanté l’hymne occitan , Se Canto, Emma Calvé annonce qu’elle renonce à la scène :

 « Mon bon sens rouergat me suggère qu’à quarante-sept ans, on n’a plus le droit de jouer les amoureuses  » déclare-t-elle. 

Elle cesse de jouer mais continue de courir le monde en donnant des concerts.

Elle est nommée chevalier de la Légion d’Honneur le 25 septembre 1931 et reçoit sa décoration au cours d’une réunion d’amis, des mains du ministre Mario Roustan. Il est dit qu’au cours de cette réunion ,elle raconte de savoureuses histoires, truffée de mots patois et notamment rappelle à Mario Roustan, le temps où, jeune homme, il escaladait les murs du château de Cabrières pour se promener sur les terrasses…

Une fin de vie solitaire

Après s’être retirée en 1910, dans son château de Cabrière, elle y enseigne le chant.

Elle le vend à un industriel gantier de Millau après la mort de son neveu en 1929 et séjourne à Peyreleau (Aveyron) dans la maison nommée Vieux Logis .

Elle termine sa vie dans le dénuement au château de Creissels (Aveyron) chez Madame Hubin et au couvent des sœurs du village.

Atteinte d’un cancer du foie, elle est hospitalisée à la clinique du Docteur Parès à Montpellier.

Elle meurt le 6 janvier 1942 à l’âge de 83 ans dans la quasi solitude et est enterrée dans le cimetière de Millau.

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L’oubli

Cette diva, si riche et généreuse, après une vie de succès quasiment aussi célèbre que la Callas, amie des plus grands de ce monde, restée toute sa vie l’enfant des Causses, fidèles à ses origines rurales et rouergates, est pourtant oubliée.

Elle a enregistré de nombreux disques mais il y a peu de repiquages…

La Principauté de Monaco lui rend hommage en 2017, en émettant un timbre-poste à son effigie ; elle a chanté à l’Opéra de Monte-Carlo.

Un film d’animation de Michel Ocelot en 2018 lui donne une version fictive de la diva.

Des associations millavoises, organise des conférences à son sujet et Emilya Archimbaud, membre de la Chorale Emma Calvé de Millau a édité sa biographie.

https://fr.m.wikipedia.org/

https://www.artlyriquefr.fr/

http://www.vivreaupays.pro/

https://www.centrepresseaveyron.fr/

https://www.forumopera.com/

http://www.portail-rennes-le-chateau.com/

https://aveyron.com/histoire-culture/fameux-rouergats/emma-calve-histoire

Biographie ar Emiliya ARCHIMBAUD, membre de la Chorale Emma Calvé de Millau

Résumer en quelques lignes la riche carrière de cette cantatrice est forcément réducteur.

J’espère que cet article vous a permis de la connaître un peu et vous a intéressé(e), donnez vos commentaires, vos suggestions ; faites connaître ce blog autour de vous !

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