Des écoles de langues régionales

Des écoles ont été créées pour dispenser, outre un enseignement général, les langues régionales. En Occitanie-Pyrénées Méditerranée, ce sont des calendretas pour l’enseignement de l’occitan et des bressolas pour celui du catalan.

Dans cet article, découvrons ces écoles :

– les langues régionales et leur enseignement

– les écoles bilingues d’Occitanie-Pyrénées Méditerranée

Les langues régionales et leur enseignement

Les langues régionales

Depuis Charlemagne et sans doute même avant, chaque région de France parle sa langue , tandis que la langue écrite est le latin utilisé par l’Église catholique.

En décembre 1490, par l’ordonnance de Moulins, Charles VIII , soucieux d’asseoir son pouvoir par rapport à l’Église oblige l’emploi du « langage françoys ou maternel », en remplacement du latin, dans les interrogatoires et procès verbaux.

En 1510, Louis XII exige que « les procez criminels et les dites enquestes,….soient faites en vulgaire et langage du pais ».

En 1535, l’ordonnance d’ Is-sur-Tille de François Ier prescrit que les actes soient rédigés en « françoys ou à tout le moins en vulgaire dudict pays ».

Une langue nationale

François Ier par l’ordonnance royale de Villers-Cotterets (1539) assoit le statut du français.

Elle est une façon de réduire, une nouvelle fois, le pouvoir de l’Église en augmentant celui de la monarchie qui a désormais, de ce fait, les plus grands pouvoirs administratifs.

Cette pénétration du français est limitée à la langue écrite.

L’imprimerie précipite cet usage .

Les érudits de l’époque contribuent à associer la notion de « dialecte » et de « patois » à un usage inférieur par rapport à la « langue »française jugée supérieure, raffinée, royale !!!!

Au XVIème siècle lorsque l’Académie française est créée, l’un des premiers académiciens, Claude Favre de Vaugelas définit le « bon usage » en français : «  La façon de parler de la plus saine partie de la Cour ».

Bien qu’encore assez différente du français contemporain, notre langue officielle s’installe.

Le peuple continue d’ignorer cette langue qui commence à se codifier dans la région de Paris.

La population paysanne est illettrée et dans les campagnes, seuls les notables lisent et écrivent le français.

A la veille de la Révolution française, un quart seulement de la population parle français ; le reste parle au nord la langue d’oïl, au sud la langue d’oc et leurs différents dialectes ou patois, le breton, le basque, le catalan, l’alsacien, le flamand, le francique lorrain….

La discrimination, outil d’unification

La Révolution française va au-delà de l’ordonnance de Villers-Cotteret : les Jacobins imposent le français comme « langue universelle des lumières » et comme langue maternelle pour tous. L’usage des patois et dialectes est synonyme de « régression sociale ».

L’unification du français débute par Talleyrand et se poursuit par Jules Ferry. 

Au début du XXème siècle un bilinguisme coexiste avec le français.

L’école publique obligatoire de Jules Ferry finit par imposer la langue française dans toutes les couches de la société assez rapidement dans les régions de langue d’oïl mais plus difficilement ailleurs.

Pour éliminer le breton, l’occitan, le catalan, le basque, le corse, etc…des méthodes coercitives sont mises en œuvre : humiliations des jeunes élèves dans les écoles, mépris, actions et discours visant à rendre honteux l’usage des dialectes et patois.

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wikipedia.org

Les langues régionales dans notre région

L’occitan est couramment parlé dans notre région jusqu’ avant la Seconde Guerre Mondiale ; il y a à cette époque des endroits où le français n’est parlé qu’à l’école.

Cela laisse des traces jusque dans notre parler actuel, que nous qualifions de francitan et qui est un mélange d’expressions ou de mots d’origine occitane dans notre langage courant.

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quercy.net

Ce rapide tour de l’histoire de notre langue française et sa relative « jeunesse » dans nos usages en région explique la subsistance de nos accents et de nos expressions locales.

Le retour des langues régionales

Après la Seconde Guerre Mondiale, de timides initiatives tendent au retour des langues locales.

En 1951, la loi Deixone (du nom de son initiateur Maurice Deixone) est la première loi française qui autorise l’enseignement facultatif du basque, du breton, du catalan et de l’occitan. Le corse, considéré comme un dialecte italien est écarté dans un premier temps ; il sera rajouté par décret en 1974.

En 1992, l’Assemblée générale du Conseil de l’Europe adopte la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Depuis 2008, les langues régionales sont reconnues au plus haut niveau du cadre juridique français, par leur mention dans la Constitution (article 75-1).

La loi de 2013 énonce explicitement que l’enseignement de langues régionales doit être « favorisé ».

Les Français restent majoritairement favorables à la reconnaissance officielle des langues régionales ; bien que le code de l’éducation précise que « les langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de la France, leur enseignement est favorisé » , il dépend des régions où elles sont en usage mais reste boudé par les élèves…

Les plus parlées demeurent l’Alsacien (43%) et le Corse(42%).

Des écoles bilingues

En 1969, la première école associative en langue basque, Ikastola d’Iparralde, est créée à Arcangues (Pyrénées-Atlantiques); en 1977, la première école en langue bretonne, Diwan, voit le jour à Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère); en 1976, la première école en langue catalane, Bressola, ouvre ses portes à Ponteilla (Pyrénées-Orientales) et en 1979, la première calandreta , en langue occitane, à Pau (Pyrénées-Atlantiques).

Ces initiatives permettent un léger essor des langues régionales.

Les écoles bilingues d’Occitanie-Pyrénées Méditerranée

Les calendretas

Les calendretas (en occitan « petites alouettes ») sont des établissements scolaires bilingues français-occitan; comme précisé précédemment la première école a vu le jour en 1979 à Pau (Pyrénées -Atlantiques) ; elle est suivie rapidement par celles de Béziers (Hérault), Toulouse (Haute-Garonne) et Montpellier (Hérault), le premier collège en 1997 à Lattes et à Grabels ( Hérault).

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ostaldoccitania.com

Ce sont des établissements scolaires associatifs, laïques et gratuits qui pratiquent l’immersion linguistique précoce. L’enseignement dispensé suit les programmes de l’Education Nationale.

L’enseignement s’y fait en deux langues : français et occitan.

La pédagogie pratiquée est basée sur l’autonomie de l’élève ; chacun avance à son rythme.

L’implication des parents est forte ; ils sont souvent à l’origine de la création de ces établissements scolaires et sont très présents.

La région Occitanie-Pyrénées Méditerranée compte 43 écoles (19 en Midi-Pyrénées, 24 en Languedoc) regroupant plus de 3000 enfants et 4 collèges et 1 lycée ( 1 collège en Midi-Pyrénées, 3 collèges et 1 lycée en Languedoc) avec 280 élèves.

Les bressolas

La bressola ( le berceau en catalan) est un établissement bilingue français-catalan, équivalent de la calendreta, dans les Pyrénées-Orientales.

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la-clau.net

Comme précisé plus haut, la première bressola a vu le jour en 1976.

Très rapidement les écoles bilingues français-catalan vont remporter un grand succès ; en 2014 , le réseau associatif qui compte plus de 700 élèves dans 6 établissements est dépassé par la demande.

L’enseignement de la langue régionale

La circulaire du Ministère de l’Education nationale du 12 avril 2017 préconise que l’enseignement des langues régionales se fait au même titre que celui des langues vivantes. Les langues régionales contribuent à l’amélioration des compétences des élèves ainsi qu’à la diffusion de la diversité linguistique.

En 2017, 12 pôles d’enseignement bilingues existent dans les Pyrénées-Orientales: Argelès, Bourg-Madame/Angoustrine-Dorres, Cabestany, Céret /Le Boulou/Le Perthus, Elne, Font-Romeu, Ille-sur-Têt, Le Soler, Perpignan, Prades, Rivesaltes, Thuir.

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disciplines.ac-montpellier.fr

Les académies de Toulouse et de Montpellier ont multiplié les enseignements de l’occitan dans un grand nombre d’établissements qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Quel avenir pour les langues régionales ?

Cette question refait surface périodiquement.

La situation de ces langues est variée ; outre l’effectif de leurs locuteurs, leur âge est préoccupant ; en dépit des enseignements bilingues, le nombre de pratiquants de l’occitan de moins de 17 ans est quasiment nul. Dans les Pyrénées-Orientales, le catalan a retrouvé un léger engouement avec la reconnaissance du catalan comme langue de la Catalogne espagnole mais la pratique de la langue régionale dans les familles reste faible.

Si les langues régionales subsistent dans les régions, on constate aujourd’hui la coexistence de :

– la génération des grands-parents monolingue (langage régionale) de plus en plus rare, ou bilingues (langue régionale et français),

-des parents bilingues passifs (langue régionale comprise mais non parlée),

– et enfin celles des enfants monolingues francophones.

Les linguistes sont divisés sur l’avenir à donner à ces langues: les uns militent pour la promotion de l’usage vivant de ces langues dans leur région d’origine, les autres plaident pour leur conservation au titre de patrimoine culturel national. Ces positions n’induisent pas les mêmes programmes. Dans le premier cas, à travers l’usage scolaire et institutionnel de ces langues, on cherche à leur redonner une certaine forme de souveraineté locale, dans le second, on les intègre à la culture savante.

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