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La citoyenne Sorgue, une féministe en Aveyron

La citoyenne Sorgue, une féministe en Aveyron

Citoyenne Sorgue, c’est ainsi qu’on nommait Antoinette Durand, épouse Cauvin. Bien qu’elle ne soit pas native de l’Aveyron, elle mérite qu’Occitanie-découvertes lui consacre un article en raison de la place qu’elle a tenue dans ce département.

Dans cet article découvrons

  • la femme

  • l’activiste

  • sa fin

La femme

Ses origines

Antoinette Durand naît le 17 avril 1864 à Paris, dans le 8ème arrondissement, 6 rue Balzac.

Elle est la fille de Joseph-Pierre Durand et la petite-fille de Antoine Durand. Son grand-père Joseph, Antoine Durand est né le 6 février 1792 à Rodez (Aveyron) et décédé le 20 juillet 1869 à Gros , commune d’Onet-le-Château (Aveyron). Connu sous le nom de Durand de Gros, il transforme ses domaines de Gros et d’Arsac (Aveyron) grâce à l’irrigation ; Saint Simonien, puis fouriériste, il rédige un « Essai sur les causes qui s’opposent aux progrès de l’agriculture et sur les moyens de les détruire ». Il dérange par ses idées le conservatisme aveyronnais ; opposé au coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851, il est arrêté et exilé en Algérie, d’où il revient en 1859 sans avoir dérogé à ses idées républicaines.

Son père, Joseph-Pierre Durand de Gros, né à Gros, le 16 juin 1826, commence des études médicales mais, comme son père, républicain et fouriériste, il doit se réfugier à Londres lors de l’arrestation de ce dernier.Il y découvre les premières expériences de suggestion hypnotique ;après avoir repris ses études médicales aux États-Unis, à Philadelphie, il devient le promoteur de ces méthodes ; de retour en France en 1860, il publie de nombreux ouvrages sur la physiologie, la psychologie philosophique, la philosophie médicale et la métaphysique des sciences. Il décède le 17 novembre 1900 dans son domaine d’Arsac, à Gros (Aveyron).

Sa mère Elisabeth (Lisaveta Petrovna) Chripkoff, est la fille du général russe Pierre Chripkoff, attaché militaire à l’ambassade de Russie à Washington.

Après le décès de Joseph-Antoine Durand la famille revient vivre dans l’Aveyron, au domaine familial.

La femme

Antoinette est une jeune femme cultivée, douée d’un grand talent oratoire.

Dans la lignée de ses père et grand-père , elle affiche très vite des positions politiques avancées et engagées.

Elle épouse le 16 février 1885 , à Nice, Jean Baptiste Auguste Cauvin né à Contes dans les Alpes-Maritimes. Auguste Cauvin, autodidacte, a créé un journal satirique en 1880, « Le Fantasio », racheté par le maire de Nice en 1883 ;il renouvelle l’expérience aussitôt et crée avec son frère un autre journal satirique « Le Diable à quatre » où il dénonce des malversations locales ; condamné pour diffamation, il se réfugie en Italie, à San Remo, où il fait la connaissance d’Antoinette. Il continue sa carrière de journaliste, militant révolutionnaire, et devient rédacteur du « Soir » sous le pseudonyme de « d’Arsac » (nom du domaine de son épouse).

Antoinette de son côté met ses qualités oratoires au service du socialisme en Aveyron et utilise son renom pour répandre ses idées au plan national, voire international. Élégante, toujours vêtue d’un corsage rouge, elle prend avec aisance la parole dans les congrès et réunions du partie socialiste.

L’activiste

De l’Aveyron au plan national

Elle joue un rôle important dans la création de plusieurs groupes socialistes révolutionnaires du département de l’Aveyron.

Elle prend une part active aux mouvements sociaux de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Usant de ses talents oratoires, de son charisme et de ses convictions révolutionnaires passionnées, elle attise la conscience révolutionnaire des mineurs dans les grèves sanglantes de Decazeville en 1886 ; en 1907, elle encourage la révolte des cabanières de Roquefort ; elle incite les agriculteurs à lire « La Dépêche » et à chanter « L ‘Internationale » si bien qu’il la surnomme « la fenno del diaple » (la femme du diable).

Au delà de l’Aveyron, elle soutien les grèves des mineurs de Lens, celles des travailleurs du textile de Limoges.

Rodez (Aveyron, France), musée Denys Puech, buste en marbre de Madame Cauvin ou la Citoyenne Sorgue en 1897

CC BY-SA 4.0

Elle représente le Parti socialiste révolutionnaire de l’Aveyron, à Paris, aux congrès généraux socialistes et en 1905 au Congrès du Globe qui voit la création de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière). Elle sera la représentante de la fédération française de ce dernier au congrès de Nancy en 1907.

A l’international

Ses talents, sa réputation, son engagement, la conduisent à participer à des mouvements en 1905 et 1907 dans de grandes villes de l’Italie du Nord : Turin, Milan, Gênes.

Elle contribue à l’organisation de la grève des dockers en Angleterre.

Avec son époux, elle crée en Amérique du Sud une colonie anarchiste qui est un échec.

Elle diffuse en Grande Bretagne les idées et les méthodes syndicalistes françaises, ce qui fait dire qu’elle est « la femme la plus dangereuse d’Europe.

Féministe de la première heure

Elle se positionne contre les anarchistes et les anti-parlementaires en faveur du droit de vote des femmes bien qu’elle pense que :

« la femme prolétaire ne s’émancipera qu’en menant la lutte syndicale, c’est-à-dire la lutte économique ».

Elle prône également la disparition de « l’immorale structure familiale »du mariage, la liberté sexuelle et celle de l’avortement.

Elle revendique l’égalité des femmes, persuadée que seule leur émancipation économique leur permettra de l’atteindre.

Ses surnoms

Antoinette Cauvin fut appelée par les socialistes aveyronnais la « citoyenne Sorgue ». Plusieurs interprétations justifient ce surnom :

  • une origine allemande, le mot « sorge » signifiant problème, souci dans cette langue, donné à celle qui les apporte…Cela expliquerait le surnom de Madame Trouble que lui donnèrent les anglais…

  • une origine locale liée à la rivière aveyronnaise : la Sorgues

  • – un acronyme du nom de son domaine, déjà ajouté à ceux de ses père et grand père (de Gros)…

Elle est parfois également surnommé la « Louise Michel aveyronnaise »ou comme cité précédemment, « la fenno del diaple » (la femme du diable) par les agriculteurs locaux.

La fin

La Première Guerre mondiale

La citoyenne Sorgue est une antimilitariste, anarchiste, révolutionnaire reconnue.

Lorsque survient la guerre, elle est oublie son antimilitarisme et est une des rares anarchistes favorable à la guerre. Elle apporte son soutien à la défense nationale. En 1914 elle participe à une campagne d’information pour le gouvernement français auprès de ses amis italiens et anglais.

En 1921, au théâtre de Rodez, elle donne une conférence dans laquelle elle affiche sa critique de la révolution russe et proclame la nécessité de refonder le Bloc de gauche. Ses auditeurs déçus ne reconnaissent plus leur leader.

Le retrait

Comme son père et son grand-père, Antoinette Durand de Gros, s’applique à mettre en œuvre ses idées sur son domaine d’Arsac, sans succès. Son domaine est peu à peu vendu.

Après la guerre elle vit en Grande-Bretagne la plupart du temps.

Elle décède misérable et épuisée le 18 février 1924 à Londres, à l’hôtel Bonnington sur Southtamton Row et est incinérée au Colombarium de Golders Green

J’espère que cet article vous a permis de découvrir ce personnage de notre région, avant -gardiste du féminisme et de la révolution sociale, un peu oublié.

Pour mieux la connaître vous pouvez vous référer au livre de Jean-Michel Cosson « La Trilogie Durand de Gros : apôtres de la sciences et martyr de la liberté ».

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  1. Cosson

    Bonjour. Étant l’auteur du livre « La trilogie Durand de Gros » dont fait partie la citoyenne Sorgue, je suis ravi que vous évoquiez ce personnage si exceptionnel malheureusement tombe dans l’oubli comme d’ailleurs l’œuvre scientifique de son père. Toutefois, Sorgue ne critiquait pas les anarchistes du moins les anarcho-syndicalistes comme l’était Émile Pouget son compatriote. Son parcours politique est plus compliqué que cela. Elle était surtout une activiste et moins une théoricienne, pratiquant la greviculture et écrivant très peu. Voilà pour ces quelques mots. Très cordialement. Jean-michel Cosson

    • Le parcours de la citoyenne Sorgue est en effet compliqué et mérite sans doute plus qu’un article de blog! Je vous remercie de ces précisions. J’espère toutefois que l’article aura suscité des curiosités et donné envie aux lecteurs d’Occitanie-découvertes d’en connaître davantage sur ce personnage oublié de notre région; c’est son modeste but.
      La référence de votre livre donnée en conclusion répondra aux curieux. Bien cordialement. Anne-Marie

  2. Comte Valette

    J’ignorais cette révolutionnaire, cette Louise Michel aveyronnaise, cette socialiste, cette féministe, cette « fenno del diaple » (femme du diable).
    Je suis ravie de l’avoir un tout petit peu découverte.

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