Découvrez le carnaval occitan…

Le carnaval fait partie des manifestations festives qui reviennent aux côtés des fêtes religieuses telles que Noël ou Pâques.
Reliée aux cycles de la nature, cette fête tient un rôle important dans l’organisation symbolique du temps social.
Le carnaval remonte à la nuit des temps. Les peintures rupestres représentant des silhouettes déguisées d’hommes sauvages en sont le premier témoignage.
Certains carnavals modernes ont conservé cette référence à l’homme sauvage. Il fait office de chaman, de passeur entre le monde invisible et surnaturel et le monde terrestre.
De la Suisse au Brésil, l’exaltation de l’homme sauvage, médiateur entre l’ordre et le chaos, entre l’hiver et le printemps, entre la vie et la mort, reste vécue de l’intérieur avec ardeur par ses protagonistes.

L’histoire du Carnaval

Mais d’où vient cette coutume ?

Plusieurs hypothèses existent concernant les origines du Carnaval.
Sa célébration au moment des passages d’une saison à l’autre, ses inversions, ses débordements tolérés , etc…le rapproche des Saturnales romaines. Au cours de celles ci, qui se déroulaient en décembre, les esclaves se substituaient à leurs maîtres.

…et ce mot

L’étymologie du mot « carnaval » reste aussi mystérieuse…
En 1268, on trouve trace de l’expression, « quarnivalle » mais il faut attendre le XVIème siècle pour trouver la forme actuelle.
La piste latine y voit le dérivé de carnelevare (mot latin formé de carne, « chair » et levare, « ôter » qui signifie littéralement entrer en carême).
Mais ce serait alors une construction postérieure au Xe siècle, date communément admise pour son apparition.
En prenant cette étymologie en rapport avec le Carême, l’Église entérinait ainsi son intention de récupérer une cérémonie païenne, en la plaçant sous la dépendance du Carême.

 

Les évolutions

Les débordements accompagnant les festivités de carnaval furent très tôt une source d’inquiétude pour les autorités, religieuses comme civiles ; elles y voyaient des risques potentiels pour leur autorité. Elles tentèrent, à défaut de pouvoir supprimer une fête si populaire, d’y mettre un frein et furent progressivement rejointes par l’État.

A la Renaissance, ces manifestations prennent un tour plus politique et les incidents se multiplient (Sarlat, 1574, Romans, 1580), entraînant la réaction des autorités. Au XVIe siècle de nombreux décrets sont édictés limitant les libertés autrefois accordées au cours de cette période.

Les XVIIe et XVIIIe siècles accentuent la part de révolte contenue dans le langage carnavalesque. Le retour à la méfiance s’accroît dans les  pouvoirs politiques. Il en sera ainsi au cours des siècles suivants, sans toutefois jamais mettre à bas complètement les festivités du Carnaval.

Malgré ces atteintes politiques, et la parenthèse des conflits armés de 1914-1918 et de 1939-1945, carnaval retrouve un second souffle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il constitue, encore aujourd’hui, un temps fort à la veille du printemps.

Les années 60-70 réconcilient la fête et la politique et aujourd’hui encore, le théâtre occitan contemporain puise une part de son inspiration dans les formes traditionnelles du Carnaval.

Le carnaval aujourd’hui…

Pendant le carnaval, les inversions de toutes sortes (de sexes, de classes, voire même d’espèce), le port de masques et autres travestissements envahissent l’espace public.

Cette pratique communautaire possède néanmoins des règles, des commémorations et des rites qui lui sont propres.
Leur ensemble célèbre le passage d’une saison à une autre et le renouveau de la nature.  Il ouvre une parenthèse dans laquelle débordements, défoulements et transgressions sont tolérés par les autorités.
Les carnavals sont un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique.

Pendant leur période , les habitants de la ville sortent déguisés, masqués ou maquillés…
Ils se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter confettis et serpentins, défiler autour d’une parade, de chars décorés et de personnages humoristiques, géants, grosses têtes, parfois étranges….
Certains sont de grande renommée comme ceux de Venise, de Rio, de Nice ou de Dunkerque, et d’autres encore

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Le carnaval en Occitanie

Pratique bien vivante, en Occitanie comme dans le reste du monde, il évolue selon les époques et les lieux. Réinventant constamment ses formes en s’appuyant sur un héritage qui lui est propre, il s’adapte à la société dans laquelle il se développe. Il est un miroir déformant de la société. Il demeure un temps à part, une parenthèse de défoulement et de fête à la sortie de l’hiver.
Il existe autant de carnavals que de villes et villages, chacun ayant ses propres références, sa propre histoire
Les carnavals occitans, présentent de nombreux traits communs aux carnavals du Nord de la France et du reste de l’Europe, mais loin de la majesté luxueuse de celui de Venise….
Ils s’inscrivent dans le cycle des festivités populaires entre Noël et Carême . Leur date et leur durée fluctuent selon les époques et les régions (épiphanie, 2 février, 3 février, mars, avril,etc.).Ils précèdent généralement la période de Carême, dans un jeu d’opposition entre débordements et pénitences, gras et maigre, etc….

Les personnages du carnaval en Occitanie

Monsieur Carnaval

Au sein du cortège on retrouve un grand nombre de personnages autour de la figure-clé de Carnaval. Ils portent principalement et traditionnellement des noms occitans renvoyant fréquemment à leur fonction au sein du cortège.
Carnaval lui-même est affublé de différents noms en fonction des lieux comme par exemple « Bourrache Ier roi des buveurs » (à Canet-d’Aude en 1955), ou encore « Caramentrant » ou l’Òme Carnaval (Monsieur Carnaval ou Bonhomme) – être perfide et mal intentionné – puisque, traditionnellement, c’est lui qui personnifie les malheurs de la société et de chacun. Il doit donc être jugé et mis au bûcher afin d’expier ses fautes en emportant tous nos malheurs.
Avant cette fin inéluctable, Carnaval est exposé aux regards de tous au cours du « passa-carrièra » (passage dans les rues) qui le promènera d’un bout à l’autre de la ville .
Monsieur Carnaval est bien souvent de très grande taille, réalisé en pâte à papier, jute et paille et dont les traits visent à en faire un être répugnant et maléfique.

                                                         midilibre.fr

…et sa suite

Caronha, son épouse, est tout aussi maligne que lui.
Tous sont déguisés, souvent en « pétas » (vieux morceaux de chiffons).
Plus particulièrement dans le département de l’Hérault, d’ étranges animaux trouvent leur place dans des fêtes votives, des défilés locaux, souvent à l’occasion du carnaval : ce sont des animaux totémiques.
Ils ont trait à l’origine légendaire, à l’histoire ou à la vie de la cité ; ils conservent pour les habitants une importante valeur symbolique et identitaire.
Leur forme est parfois très originale et fantaisiste ; leur poids, leur taille sont variables.
Ils sont souvent constitués d’une structure en bois, recouverte de toile, à l’intérieur de laquelle des porteurs se placent pour les faire avancer lors des défilés.

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Lou Camel, animal totémique de Béziers

Au bûcher.…

Le temps de la fête se finit invariablement par le jugement du Roi Carnaval, tenu collectivement et encore souvent écrit et interprété en occitan, et son immolation. Ces jugements constituent un moment-clé des fêtes. Carnaval est accusé de tous les maux , de tous les malheurs traversés au cours de l’année écoulée. Fêté, adoré jusque-là par les participants, Carnaval devient dès lors le bouc-émissaire sur qui se déversent toutes les frustrations.


occitanie-tribune.fr

Le temps du carnaval, la fête, la licence, le défoulement dans l’espace public sont tolérés, y compris les masques et autres travestissements. Par ces attributs les Hommes explorent leur part animale. Hommes sauvages, paillasses, « pétassons » (personnes habillées de chiffons), ours, sont autant de costumes fréquents dans les cortèges occitans. Les masques de carnaval y ajoutent l’anonymat et accentuent l’aspect grotesque.
Temps de remise en cause et d’inversion, carnaval conserve encore ses origines païennes. Sa fonction sociale au travers de ces diverses pratiques, a toutefois quelque peu perdu sa dimension symbolique.

Ambiance occitane du carnaval

Chants

Des chansons en occitan accompagnent les festivités du carnaval : , « Adiou paure carnaval » (« adieu pauvre Carnaval », chant qui accompagne Carnaval au bûcher), « Carnaval es arribat » (« Carnaval est arrivé »), ou la danse des soufflets.
L’évolution de la langue à diverses époques, la mise en scène de personnages issus du folklore et de mythes locaux sont autant de témoignages des spécificités du carnaval en Occitanie.

Danses

Les danses proposées sont souvent satiriques ou licencieuses, mettant fréquemment en scène des couples, et principalement des jeunes gens.
-lou « chivalet » qui voit un cheval-jupon porté par un seul homme qui danse au son de fifres et tambours

– lou « branle de la chemise » : les hommes et les femmes doivent sortir et danser à la tombée de la nuit. Les hommes s’habillent en chemise et bonnet de nuit de femme. Les femmes s’habillent en chemise et bonnet de nuit d’homme. La tradition veut que chacun tienne une bougie allumée entourée de papier huilé blanc ou rouge selon la couleur politique. Le but étant de brûler la queue postiche accrochée à la chemise de la personne de devant. Tous sautillent pour éviter de se faire griller et déambulent au son du hautbois,en chantant, dans les rues du village.
– la buffatière ou danse du« buffet » (soufflet) : cette danse viendrait du Moyen-Age. A cette époque, elle  est réservé aux hommes. Le visage noirci, coiffés d’un bonnet de nuit, vêtus d’une longue chemise de nuit blanche, ils marchent en file indienne et « arrosent » de farine les spectateurs, à l’aide de soufflets. Lorsque les évolutions du groupe le conduisent auprès d’une femme réputée de mœurs légères, une marque noire (à la suie) lui est appliquée sur la figure, en opposition à la teinte blanche des enfarinés environnant.


J’espère que cet article vous aura donner envie d’assister, voire de participer à un carnaval en Occitanie. N’hésitez pas  me faire art de vos commentaires ci dessous.

Ces nombreuses manifestations festives traduisent le sens de la fête et des traditions qui règnent dans notre région.

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Anne-Marie