La « bouvine », une tradition localebouvine;taureau;camargue;occitanie;

flickr.com

La « bouvine » se définit comme l’ensemble des traditions et pratiques autour du taureau de Camargue. La Camargue s’étend de l’ouest des Bouches-du-Rhône à l’est de l’Hérault. Ses adeptes se caractérisent par la « fe di biou» (la passion du taureau).

Dans cet article nous allons découvrir cette « bouvine » à travers :

– son territoire

– son histoire

– ses acteurs

ses activités

Son territoire

Géographie et climat

La « bouvine » est localisée sur la Camargue, une zone de 150 000 hectares formée par le delta du Rhône et les mouvements de retrait et de pénétration de la Méditerranée il y a plus de dix mille ans.

La Camargue a la forme d’un triangle dont la pointe nord est autour d’Arles (Bouches-du-Rhône), les extrémités de sa base littorale autour de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) à l’est et de la Grande-Motte (Hérault) à l’ouest.

camargue;occitanie;bouvine;

wikipedia.org

Elle se divise en 3 parties :

– la Camargue entre les deux bras du Rhône que sont le Grand Rhône à l’est et le Petit Rhône à l’ouest ;

– la Petite Camargue, sa partie en Occitanie-Pyrénées Méditerranée, à l’ouest du Petit Rhône, dans le département du Gard et l’est de l’Hérault.

– le Plan du Bourg, à l’est du Grand Rhône, dans les Bouches-du-Rhône.

La Camargue présente deux zones séparées par une zone de transition, l’étang du Vacarès:

– au nord, une zone lacustre d’eau douce, sur laquelle un système d’irrigation permet l’agriculture et plus particulièrement la riziculture,

-au sud une zone lacustre d’eau salée avec les marais salants de Salin-de-Giraud et d’Aigues-Mortes.

La Camargue bénéficie du climat méditerranéen et de ses excès : une période estivale longue et chaude, des précipitations irrégulières et violentes, des hivers doux et un fort ensoleillement.

Elle est balayée par le mistral qui accentue ces excès en cas de chaleur (dessèchement) ou de froid.

Population

La population camarguaise se concentre à la périphérie du territoire : Arles dès l’Antiquité, Salin-de-Giraud et Aigues-Mortes au Moyen-Age.

De grands propriétaires terriens issus des grandes villes créent des domaines. Une population d’ouvriers étrangers,(Espagnols, Maghrébins dans l’agriculture,Grecs, Italiens dans les salins) vient y travailler ; après la Seconde Guerre Mondiale, la France fait venir des Indochinois qui contribuent au développement de la riziculture.

Une communauté gitane issue d’Andalousie ainsi que des familles harkies sont implantées en Arles.

La densité de la population camarguaise reste faible (environ 10h/km²).

Économie

Dès l’Antiquité la Camargue est exploitée et habitée. De grands domaines agricoles y sont créés. La construction de digues débute au Moyen-Age, ; elle se poursuit jusqu’au XIXe siècle; l’agriculture et les salins progressent. Au XXe siècle le Rhône est canalisé ; riziculture et maraîchage se développent. Pour pallier la régression des espaces naturels, une politique de préservation se met en place à partir de 1988.

La Camargue a un relief plat mais comporte plusieurs milieux naturels : le littoral sableux, des graus ( terme occitan désignant un estuaire ou un chenal) et des lagunes créés par la mer, des marais et roubines (petits canaux) d’eau douce ; roseaux, iris, joncs, dans les zones d’eaux douces, salicornes et saladelles sur les sols salés recouvrent ces zones.

flamant rose;camargue;occitanie;

wikipedia.org

Ce territoire abrite aussi une faune très riche et demeure un lieu de halte migratoire pour de nombreux oiseaux d’eaux : canards, flamants roses, grues cendrées…

Si chevaux, taureaux et vaches spécifiques, adaptés à ce territoire et ce climat si particuliers, existent en Camargue depuis très longtemps, c’est dès le XIIe siècle qu’on trouve trace d’élevages organisés mais dans lesquels les animaux conservent une semi-liberté.

L’élevage des moutons (mérinos d’Arles) a longtemps existé sur les terres hautes de Camargue, occupées désormais en grande partie par des rizières.

Habitat

Le sol de la Camargue est essentiellement constitué d’alluvions et n’offre pas de pierres et peu de grands arbres pour fournir du bois pour les constructions.

camargue;occitanie;flamant rose;

flickr.com

Les cabanes et les abris de bergers, faits de terre, de petits troncs pour les charpentes et de sagne (chaume de roseaux des marais) pour la toiture dont l’abside est tournée vers le nord-ouest pour résister au vent dominant, constituent des habitations annexes, typiques de cette région.

Le mas désigne à la fois le domaine et l’ensemble des bâtiments agricoles. Sa façade est ouverte au sud et il est abrité du vent par des bosquets.

Costumes

Au XVIIIe siècle le paysan camarguais est vêtu d’une culotte « à la française » avec des bas ou des guêtres en peau, un gilet et une jaquette ; une ceinture de laine, généralement rouge, entoure la taille.

Le costume des femmes est celui des arlésiennes jusqu’en 1950. Il se compose d’un plastron en dentelle qui couvre la poitrine, d’un grand châle carré qui moule le buste, d’une longue robe en satin serrée à la taille. Il est orné de bijoux, agrafes, crochets qui se transmettent de génération en génération.

Les femmes mariées portent des boucles d’oreilles. La coiffe est spéciale ; elle nécessite des cheveux longs et est maintenue au sommet de la tête par un ruban ou un nœud de dentelle.

Ce costume est désormais porté seulement pour les fêtes et manifestations traditionnelles.

camargue;gardian;arlesienne;

pinterest.fr

Jusqu’en 1920, les gardians n’avaient pas de costumes spécifiques ; il est fixé par le marquis Folco de Baroncelli à la création de la Nacioun gardiano. Il se compose d’un pantalon avec un liseré noir(braio) et d’un gilet (courset) en peau de taupe, d’une veste en velours noir, d’une chemise imprimée de couleurs voyantes et d’une cravate (regate); sa taille est prise dans une ceinture de toile (taillolo) ; il est coiffé d’un chapeau de feutre noir (valergo).

L’histoire de la bouvine

Les taureaux et les chevaux

La race du taureau de Camargue est mentionnée dans des écrits de l’époque gallo-romaine. Ce taureau semi-sauvage, a une robe noire et luisante, des cornes en forme de lyre ; c’est un animal imposant mais léger, de 1,40m en moyenne pour les mâles et 1,20m pour les femelles, d’un poids de 250 à 400kg, ce qui le rend apte à la course. Souple, rapide et combatif, le taureau de Camargue est élevé pour les courses, jeux et fêtes taurines ; il est également classé AOC pour sa viande.

taureau de camarue;occitanie;bouvine;

flickr.com

L’élevage des taureaux et des chevaux en Camargue a toujours donné lieu à des jeux dans les cours des mas.

Le taureau de Camargue par son aspect sauvage et indomptable est devenu au XIXe siècle l’objet d’une véritable passion la « fe di biou ».

Courses camarguaises et jeux taurins sont au centre de l’activité taurine de cette région.

L’élevage du taureau joue un rôle important dans la vie sociale et culturelle locale.

Ce rôle a conduit les éleveurs à la sélection d’animaux combatifs, qui acquièrent l’expérience du jeu. Les meilleurs taureaux deviennent de véritables stars.

L’élevage du cheval de race Camargue est indissociable de celui du taureau.

Il est lui aussi mentionné dès l’Antiquité. Son origine donne lieu à plusieurs thèses. C’est un petit cheval (1,32 à 1,34m), gris blanc, robuste et nerveux, traditionnellement élevé en semi-liberté.

La « Nacioun gardiano »

L’intérêt pour taureaux, chevaux, gardians et traditions tauromachiques, en bref pour la « bouvine » est le fruit d’une mise en valeur apportée au XXe siècle par la « renaissance mistralienne ».

Le 16 septembre 1909 le marquis Folco de Baroncelli, ami de Mistral, crée la « Nacioun gardiano »(la Nation Gardiane). Son objectif est de défendre et de maintenir les traditions camarguaises. Il participe à la sauvegarde de la Confrérie des gardians qui manque de disparaître.

Ses acteurs

Les gardians

Le gardian est un ouvrier agricole qui travaille dans une manade.

La manade est à la fois le troupeau et le lieu d’élevage des taureaux et chevaux de Camargue. Elle est dirigée par un régisseur (le baile-gardian) ou par le patron (pelot ou mestre).

Le gardian travaille à pied muni d’un bâton court (le calos) ou à cheval avec une longue gaule de frêne ou de châtaignier munie d’un trident (le ficheiroun).

Il a la charge d’assurer toutes les tâches que nécessite l’élevage des taureaux :

– la muselade : introduction dans le cartilage du nez du jeune veau d’une muselière (petite pièce de bois plate et allongée) destinée à l’empêcher de téter et ainsi le sevrer.

– la ferrade : application au fer rouge de la marque de la manade sur la cuisse gauche du bouvillon d’un an. La ferrade donne lieu à une fête qui attire les spectateurs.

-le triage : sélection et mise à part dans le troupeau des veaux destinés à la ferrade ou aux courses.

– le bistournage : castration des jeunes anoubles destinés à la course

– l’abrivado et la bandido : encadrement des taureaux du pré aux arènes et retour.

-la roussataïo : traversée du village par un troupeau de juments poulinières avec leurs poulains encadrées par les gardians

Les raseteurs

Professionnels ou amateurs, ils sont les acteurs principaux de la course camarguaise. Vêtus de blanc, leur nom inscrit en noir sur leur tee-shirt, ils affrontent le taureau pour enlever les attributs primés dont il a été équipé.

Ils sont assistés par les tourneurs, anciens raseteurs, vêtus de blanc, leur nom inscrit en rouge sur leur tee shirt, qui placent ou rabattent le taureau.

Les taureaux

Les taureaux utilisés pour la course camarguaise sont dits « cocardiers » ; ce sont des taureaux castrés dont le brio, l’intelligence du combat et l’agressivité en font les dieux des arènes camarguaises. Ils participent à six ou sept courses par an pendant quatorze ou quinze ans. A leur mort, ils sont enterrés debout, la tête tournée vers la mer. Les plus célèbres ont des statues à leur effigie.

Les chevaux

Montures des gardians, ils contribuent au travail.

Leur tempérament vif, leur robustesse, leur morphologie les rendent aptes au travail qu’on leur demande.

Leur monte et leur harnachement sont adaptés.

La selle camargue est profonde, avec un haut pommeau en cuir rembourré et un troussequin enveloppants d’une hauteur maximale de 15 cm ; elle permet au cavalier d’être calé et bien stable lors de brusques changements de direction. Elle est équipée d’une croupière et repose sur un tapis de selle à carreaux : le couvertoun

Les étriers sont fermés par une cage en fer forgé qui évite aux pieds de rester coincés en cas de chute.

Le mors est équipé de longues branches et les deux rênes, séparées, se tiennent dans une seule main. Une martingale empêche la selle de reculer et la tête du cheval de trop se relever

Il est à noter que l’équitation camarguaise est reconnue depuis 1995 par la Fédération française d’équitation comme une discipline équestre à part entière.

Les aficiounados

Ce sont les nombreux passionnés, ceux qui ont la « fe di biou »(la foi du taureau). Ils participent en tant qu’acteurs ou spectateurs à toutes les activités taurines.

Les activités

Les courses

La course camarguaise

Dite aussi course libre ou course à la cocarde, elle débute toujours par la capelado (défilé des raseteurs accompagnés de jeunes femmes en costume d’arlésienne) sur l’air d’ouverture de Carmen.

flickr.com

Les raseteurs sont munis d’un crochet, sorte de peigne métallique, qui leur permet d’arracher les attributs placés sur la tête du taureau.

crochet raseteur;course camarguaise;

 

Les attributs primés sont

-la cocarde, ruban rouge, attaché à l’aide d’une ficelle au centre du front du taureau

deux glands, pompons de laine blanche, accrochés par un cordon à la base de chaque corne

– la ficelle enroulée autour de la corne avec un nombre de tours déterminé par le classement du taureau.

Les attributs ont une valeur pécuniaire mais aussi de points et doivent être récupérés dans l’ordre.

attributs course camarguaise;occtanie;

L’arrivée du taureau dans l’arène est annoncée par une sonnerie de trompette jouant L’er du biou.

Hommes et animaux sont notés selon des règles bien précises par un jury officiel.

Le meilleur cocardier de la saison remporte chaque année un prix : le Biou d’Or qui fait la fierté de sa manade !!

Il est à noter que cette consécration et cette considération du taureau de Camargue n’empêchent pas un grand nombre d’amateurs de courses camarguaises d’être de fervents aficionados de corridas avec mise à mort.

La course de vachettes

Spectacle camarguais elle se pratique avec de jeunes vaches peu dangereuses, dont les cornes sont emboulées pour éviter les blessures, elle permet aux jeunes amateurs d’affronter l’animal ; elle est parfois complétée par le lâchage d’un tout jeune veau pour les enfants.

Les jeux

Les jeux de gardians

Outre le saut de cheval à cheval (le gardian saute sur un autre cheval qui n’est pas sellé), ou le saut de cheval à taureau (le gardian saute du cheval sur le taureau), des jeux mettent au défi l’habileté des gardians :

Le jeu du bouquet : le gardian doit s’emparer d’un bouquet de fleurs et résister aux assauts des autres gardians un certain temps pour l’offrir ensuite à une Arlésienne qui le récompense de sa bravoure et de sa ténacité, par un baiser.

Le jeu des oranges : le gardian lance son cheval au galop, et s’empare d’une orange posée sur la paume de la main d’une Arlésienne (bras tendu à l’horizontale), ou posée sur un plateau.

Le jeu de l’aiguillette : les gardians, munis d’une longue lance (l’aiguillette), s’élancent au galop autour de l’arène et vont,, sans ralentir, à l’aide de l’aiguillette, s’emparer d’un anneau placé au bout d’un poteau

Les jeux « grand public »

L’encierro (l’enfermement) consiste à lâcher les taureaux sur un parcours clos, une rue fermée par des barrières, où des amateurs téméraires (les attrapaïres) viennent les exciter et leur échappent en se réfugiant derrière des ballots de pailles déposés à cet effetabrivado;bandido;camargue;occitanie;

L’abrivado (trajet pendant lesquels les taureaux encadrés par les gardians vont du pré, ou du camion, vers le corral attenant aux arènes) ou la bandido (trajet inverse) donnent lieu à divertissement pour les jeunes qui essaient de faire échapper les taureaux…

toro piscine; camargue;bouvine;

flickr.com

Le taureau -piscine permet à des jeunes de s’amuser avec un animal et de l’attirer dans une piscine peu profonde au centre d’un espace clos.

Le taureau à la corde ou taureau à la bourgine (nom local de la corde) consiste à promener un taureau attaché à une corde dans les rues de la ville en essayant d’éviter sa fureur. C’est la plus ancienne forme de jeu taurin. Peu à peu modifiée par sécurité (cornes de l’animal emboulées, circuit fermé, etc..), elle est désormais interdite.

J’espère que cet article vous a plu. Ne manquez pas une de ces traditions si vous passez par là et surtout, si vous n’êtes pas un(e) habitué(e) respectez les consignes de sécurité qui vous sont données!

S’il vous a intéressé, donnez vos commentaires, vos suggestions ; faites connaître ce blog autour de vous !

Si ce n’est déjà fait, inscrivez vous et vous recevrez personnellement, en plus, mes « billets hebdomadaires ».

JE M’INSCRIS