Occitanie...découvertes

Pas à pas…découvrez les coutumes…entrez dans les spécificités de cette région…pour la découvrir et l'aimer.

renoir;lavandieres;

Autrefois …la lessive

Autrefois …la lessive

La lessive, jusqu’à la démocratisation de la machine à laver dans la seconde moitié du XXe siècle, constituait un important et laborieux travail laissé principalement à la charge des femmes.

Avec l’évolution des techniques, la modification des matières qui rendent le linge plus fragile, la lessive traditionnelle, son rythme et ses pratiques se sont modifiées progressivement. Certaines familles aisées ou citadines ont pendant un certain temps fait encore appel à des professionnelles pour faire leur lessive. Des personnes itinérantes, circulant d’un village à l’autre, ont continué à aller de maison en maison pour accomplir les lessives mais cela s’est peu à peu perdu

Comme dans le précédent article de la catégorie « langage », « Autrefois, le cochon »,j’évoque un certain nombre de nos mots de francitan, de patois francisé, dont l’usage se perd en même temps que les actions qu’ils concernent.

Dans cet article, j’évoque :

– les bugadières

– la bugade

– le lavoir

– coutumes et traditions sur le sujet

Les bugadières

Dans les années 1950, la machine à laver n’a pas encore investi les foyers…

Aussi, si le « petit » linge courant est lavé par la ménagère, les draps, les torchons, les mouchoirs (et oui, pas de mouchoirs jetables en ce temps!) sont confiés à des personnes dont c’est le métier. En Occitanie, on les appelle des « bugadières » (lavandières). Elles passent une fois par mois récupérer le linge concerné, le « gros linge ».

lessive;autrefois;

isundgau.com

La bugade

Pour faire la « bugade » (lessive), les bugadières commencent par séparer (reconéisser) le linge blanc de celui de couleur puis le « désaliver », c’est-à-dire le tremper abondamment et le brosser sommairement pour enlever la saleté superficielle. Elles le déposent ensuite dans la « tina », cuve trouée à la base qui communique avec « lo tempot », trou dans le sol ou avec un « baquet », grand récipient.

lessive;baquet;

wikipedia.org

Elles versent sur le linge le « lessiu », lessif ou potasse, à l’origine obtenu avec de la cendre de bois. Elles vont ensuite « caudéjer » , renouveler cette opération qui consiste à verser de l’eau chaude et du lessif sur le linge.

Le lavage terminé la bugadière sort le linge de la « tine » (« désintinar »), et le laisse s’égoutter et refroidir sur des « banquets » (tréteaux): la « bugada » se repose. Le lendemain, placé dans une corbeille, elle l’emmène au lavoir ou à la rivière pour terminer et rincer la lessive.

bugade;lessive;

francescax8.unblog.fr

Sur une planche de bois réservée à cet effet ou sur les bords en pente du lavoir, la bugadière va savonner (au savon de Marseille), brosser, battre avec un battoir en bois (lou batedor), le linge afin d’en extirper la saleté, puis le savon, et de l’essorer.

Le linge blanc est plongé dans de l’eau claire froide contenant du « bleu d’azur » (pastille d’un produit bleu enfermée dans un morceau d’étoffe destiné à blanchir le linge).

Vient ensuite la phase finale : le séchage. Le linge est « espandi »(étendu) dans l’herbe ou sur des « espandidors »(étendoirs).Vient ensuite la phase finale : le séchage.

Le lavoir

Présent dans de nombreux villages, il reste le monument lié à la lessive d’autrefois.

Le lavoir est un bassin public alimenté en eau, détournée ou captée sur le parcours descendant d’une source ou d’un cours d’eau.

Il est généralement couvert pour protéger les bugadières des intempéries.

Le lavoir se compose de plusieurs éléments :

– la fontaine où arrive l’eau,

– le rinçoir où on dégage le linge des dernières saletés et du savon, souvent divisé en deux : le « refrescator » qui reçoit l’eau de la fontaine et se déverse dans le « lavador » ,

– une ou deux barres en bois horizontales qui installées au-dessus du rinçoir permettent d’égoutter le linge avant de l’espandir,

– l’aire de travail en pierre de taille,

– l’accès est dallé ou pavé.

lavoir;occitanie;

wikidia.com

Le lavoir n’est pas seulement un bâtiment où les femmes lavent leur linge.

Il est un espace public ouvert, rempli de vie et de cancans.

Lieu de vie convivial réservé aux femmes, on y échange des conversations loin des maris et des pères ; il est le double du café du village réservé aux hommes !

Il est parfois réputé pour un lieu de médisance : « Eici lou linge ven blanc maï negre li gent » (« Ici le linge vient blanc mais on salit les gens »).

Il est cependant un lieu de solidarité et d’entraide ne serait ce que pour tordre les draps à deux pour les essorer ou pour partager le « lessiu ».

Désertés par les bugadières, les lavoirs sont aujourd’hui des éléments du patrimoine local.

lavoir;aveyron; occitanie;

occitan-aveyron.fr

Coutumes et traditions

Le temps de la lessive

La « grosse lessive » se fait une fois par mois, au pire deux fois par an.

On ne fait pas la bugade n’importe quand. Ainsi un proverbe précise :

 Que fai bugado en Caremo ,li bugadiero moron dins l’an. 

(Qui fait la lessive pendant le Carême, la « bugadière » mourra dans l’année)

« Que fai bugado en Caremo ,li bugadiero moron dins l’an. 

(Qui fait la lessive pendant le Carême, la « bugadière » mourra dans l’année)

Des femmes d’exception

Les « bugadières » sont considérées comme des femmes solides, de bonne santé et de fort caractère, et leur travail reconnu comme pénible.

Ainsi Frédéric Mistral dans « Lou Trésor doù Félibrige » écrit :

 Tan plan l’ivèr coume l’estiéu, li bugadiero van au riéu.  

(Tant l’hiver que l’été, les bugadières vont au ruisseau )

ou encore

Li bugadieros dóu riéu manjarien soun ome viéu. 

(Les bugadières du ruisseau, mangeraient leur mari (tout) vif ).

Sources : 

https://occitanica.eu/

« Le chant de la cigale, mot et expressions ensoleillées du Midi »de Gilbert Lhubac aux éditions Le Papillon Rouge

« Les Bugadières de Grabels »de Joseph-Eugène Claustre  (Lou dragas, Grabels, 1996 )

https://m.facebook.com/notes/fileuses-doraison/

Jespère que ce petit tour de francitan et de coutumes oubliées vous a rappe des souvenirs.

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  1. bonzoms claudine

    A Grabels on connait bien les bugadières, et il y a la fête des bugadières où certaines portent le costume. Ces femmes qui lavaient le linge pour les ‘riches’ de la ville de Montpellier, ont fait souvent ‘bouillir la marmite’ quand leurs maris de vignerons avaient de mauvaises récoltes.
    Merci d’avoir rappelé cet épisode de la lessive !

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